L’opposition et la stratégie de l’enfumage

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Depuis quelque temps, le mantra politique que psalmodie l’opposition est rythmé et rimé par ce vocable : la cohabitation. Une lubie électorale déclamée à longueur de sorties politico-médiatiques. L’utopie d’un prochain séisme électoral projeté comme un horizon parlementaire sur la voie de la présidentielle de 2019. L’aujourd’hui de demain ! Un horizon improbable puisque ses apôtres sont étrangement taiseux sur le caractère présidentialiste du régime actuel. M’enfin ! Des manchots politiques, de surcroît tellement divisés qui rêvent ainsi de secouer le cocotier parlementaire ! A défaut de bras, du mordant suffit ? Allez savoir…

Dans une interview accordée à L’Observateur paru le mardi 25 avril 2017, le Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne, s’est illustré, avec pertinence et lucidité, traits caractéristiques de l’homme, en faisant ressortir les axes majeurs du bilan, certes non exhaustif, mais largement instructif, du Président de la République Macky Sall, dont la vision est fondée, rappelle-t-il, sur la restauration des «fondamentaux» économiques, politiques et sociaux lisibles dans la mise en œuvre du Plan Sénégal Emergent (PSE). Quelques pépites de cet entretien suffisent à renseigner sur l’immensité du chemin parcouru en cinq ans seulement. Le Premier ministre a relevé, ce qui fait la «compétence distinctive», pour dévaliser une expression consacrée en management, du Président Macky Sall dans le déroulement d’une politique marquée par «une dialectique de l’inclusion» paramétrée à plusieurs niveaux.

Il en est ainsi que l’inclusion politique qui se décline sous le mode d’appels récurrents au dialogue politique et le modèle d’un «gouverner ensemble». Un «gouverner ensemble» dont le visage est la coalition Benno Bokk Yaakaar. Et pourtant, combien de fois des météorologues politico-médiatiques avaient prononcé son oraison funèbre. En vain ! Jamais, sous notre République, une coalition de partis si divers n’a connu une si longue longévité. Souvenons-nous que celle qui avait porté Wade au pouvoir n’avait vécu que le temps d’une rose pour s’être vite fanée du fait de l’aridité optionnelle d’un «despotisme éclairé», pour ne pas dire d’un bonapartisme sectaire.

Le Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne a mis le curseur sur l’inclusion économique, sur fond d’une transformation structurelle de notre économie, axée sur une croissance du PIB qui affiche un taux supérieur à 6%, tout en reposant sur «une base productive largement répartie sur le plan territorial et des réformes et projets» qui «vertèbrent» une décentralisation touchant des zones rurales trop longtemps et injustement mises en marge du développement ? L’Acte III de la décentralisation consacrant une égale dignité des collectivités territoriales dans le processus du développement national, les résultats incontestables enregistrés par le Pudc, le Puma, les Promovilles, le renouveau de l’agriculture avec à la clé les résultats considérables notés dans l’objectif de l’autosuffisance en riz, concourent au renforcement des capacités productives des territoires et attestent de l’option d’une inclusion économique.

LA CROISSANCE SE BOUFFE !

Des rhétoriciens meublant la pauvreté de leur argumentaire par des assertions aussi lisses que des œufs de Pâques serinent souvent que «la croissance ne se mange pas». Absolument faux ! La croissance se bouffe car ses ingrédients sont dans les baisses de l’électricité, du loyer, des impôts sur les salaires et sur les charges sur les entreprises, du prix de l’essence et du gas-oil, dans le maintien ou la diminution des coûts des denrées de première nécessité. Sans le défi de la croissance, toutes ces nécessités sociales auraient été des chapes de plomb sur nos vécus quotidiens. Ce qui ne se mange pas mais qui, au contraire, démange socialement et économiquement, c’est plutôt la décroissance !

Or donc, c’est les résultats de la vertu de la politique de la croissance de plus en plus soutenue, qui ont stimulé l’inclusion sociale, en faveur surtout des couches déshéritées, et que le Premier ministre a fait ressortir en survol : «la Couverture maladie universelle, la Bourse de sécurité familiale, les lignes de crédit aux femmes, aux jeunes et à la Diaspora, la revalorisation des pensions de retraites, les réformes en cours des retraites, la défiscalisation en matière d’habitat social, la baisse des denrées de première nécessité et du loyer en milieu urbain et tout dernièrement de l’électricité avec une amplitude adaptée à l’échelle de revenu du consommateur». Sans compter d’autres secteurs comme les infrastructures routières, universitaires, scolaires, et dans les secteurs de la santé et de la pêche et on en oublie. Voilà les faits irréfutables. Durkheim n’affirmait-il pas que «les faits sont faits ?

Libres maintenant aux commentaires et aux (com)-menteurs d’essayer de faire l’impasse sur ces faits-là. Or, c’est sur ces faits qu’aucune cécité politique ne peut oblitérer et/ou ablater que se situe le vrai débat. Hélas, l’opposition l’évite et l’esquive par de bavardes voies de contournement. Mais on peut être contre le lièvre, mais il ne faut pas lui dénier sa capacité à courir vite ! On peut s’opposer au lion, mais il faut lui reconnaître son statut de roi de la forêt !

Que l’on se comprenne bien. Il ne s’agit point de récuser à l’opposition son droit à la critique même la plus féroce, sa légitimité même suspecte de ne pas s’inscrire dans le projet et la vision du pouvoir qu’il ambitionne avant tout de supplanter. Tout comme, il ne s’agit point ici de soutenir qu’en cinq ans, héritant en 2012 d’un Sénégal au bord du chaos économique avec le risque qui pesait alors sur le paiement des salaires et la disette aux portes du monde rural, le Président Macky Sall et son gouvernement ont conduit le Sénégal à un nirvana social, à un paradis où coulent le lait et le miel. Mais tenter à grands renforts politiques et médiatiques de faire croire à l’opinion sénégalaise que tout ce qu’il a construit et reconstruit depuis 2012 est broutille et roupie de sansonnet, ce n’est sûrement pas sérieux. Du tout alors !

HYSTERIE CONTESTATAIRE

Il est temps que l’opposition ait le courage intellectuel de faire sa révolution mentale et politique en comprenant que, suite à deux alternances, il est désormais ancré dans la nouvelle ère de notre démocratie que ce n’est pas le carnaval de tristes braillements qui changera, comme une baguette magique, l’illusion en réalité.  Les électeurs ont désormais appris à se faire eux-mêmes leur propre religion. Eux seuls, évaluant sur la base des capacités des uns et des autres, sur leur profil et leur trajectoire, sont dépositaires de la légitimité des femmes et hommes qui briguent leurs suffrages.

Le temps et les réalités du temps ne sont pas si anciens pour céder à l’amnésie du choc économique et social ayant provoqué les émeutes de l’électricité, les scandales financiers à répétition, les embastillements à profusion d’opposants, sur fond de convocations à la Lucky-Luke de journalistes à la DIC et d’arrogances de «Messieurs Jourdain» fabriqués par Wade. Entre ces faits et évènements que les Sénégalais ont vécus et qui les avaient profondément meurtris, il n’y a pas le temps de l’oubli. Du pardon, peut-être.

Les salmigondis rhétoriciennes qui restent à la surface des choses ne peuvent point gommer les mouvements de fond d’une gouvernance qui a fini de montrer que désormais rien ne sera plus comme avant. Or, l’opposition si bigarrée et si bizarre et dont le projet de candidature unique a déjà volé en plusieurs morceaux électoralistes, travaille à ce que tout revienne bouger afin que rien ne bouge.

Fuyant les vrais débats politiques, économiques et sociaux, l’opposition morcelée et dévastée, mais d’une uniformité terreuse dans le discours négationniste,  cherche à installer l’espace politique dans un championnat sans fin d’invectives, dans un climat de volière. Ce faisant, elle est hors débat du vrai débat. En effet, son discours anxiogène est marqué par le déni de la réalité et l’hystérie aveuglément contestataire. Des positions et postures qui ont le mérité de rester dans l’écume au lieu de scruter le fond, d’émettre comme dans un concert de dégoisements de prêcheurs qui activent jusqu’à la lassitude, depuis un certain temps, leurs logiciels programmés pour prédire l’apocalypse.

En panne de boussole, il ne reste aux opposants que la stratégie de l’enfumage. Chaque chef de parti de l’opposition se prend pour Moïse pensant que la porte océane de l’Assemblée s’ouvre à lui. Et de rêver de fées qui s’alignent pour orner déjà sa marche magique vers l’hémicycle. Le Graal quoi ! Pour l’heure, l’opération se réduit et se détruit à électriser l’opinion par des rumeurs les plus folles, par des contrevérités les plus fallacieuses les accusations les plus kafkaïennes, les impostures les plus réfrigérantes, avant de se fracasser, demain, dans les isoloirs. En effet, la majorité des électeurs sur lesquels les opposants continuent encore de se tromper, sont, par réalisme politique, adeptes du vote utile qui a barré hier et qui barrera demain la route à toutes les aspérités démagogiques, tous les bruits et toutes les fureurs stériles.

L’opposition avait promis une liste unique et à quelques mois seulement des élections, voilà que le puzzle unitaire pour ne pas dire l’alchimie utopiste est en dislocation avancée et dont l’image symbolique, en attendant le détachement d’autres pans, est la naissance de la coalition «Initiative 2017». En attendant la coalition des «perclus de 2012» en quête de revanche et de restauration, perclus qui n’espèrent plus des points d’appui que sur le vieux Wade, aujourd’hui physiquement et politiquement au manoir du passé. Ceux qui refusent d’atteindre la maturité politique tout comme ceux qui s’agrippent aux générosités pécuniaires du père et du fils Karim, reclus dans son eldorado qatari, n’ont ni la force ni le courage de Platon disant du poète Homère : «il nous est cher, mais la vérité nous est plus chère encore».

Soro DIOP

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