Cfa et souveraineté monétaire : Cette histoire que le gouverneur de la BCEAO « Koné » sans le dire

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L’année 2017 marquera, sans doute, un tournant décisif dans le mouvement des idées afférentes à l’avenir du Cfa. Kémi Seba et Cie ont, au moins, réussi à faire parler les décideurs au plus haut niveau.

C’est ainsi que le gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest, qui observe une réserve d’ascète, comme on observerait une règle prudentielle de banque,  a accordé récemment à Radio France internationale (Rfi) un entretien. De l’avis de M.Tiémoko Meyliet Koné, les Etats africains membres de la zone franc ont « délibérément décidé d’avoir cette monnaie ». A cet égard, interrogé sur la place du représentant de l’Etat français dans le Conseil d’Administration de cette institution financière sous régionale, il répond :

« Il ne faut pas confondre les choses. C’est la place d’un administrateur comme tous les autres. Il n’a pas un pouvoir de décision. Il n’a même pas, comme j’ai entendu dire, un droit de vote.  Il n’a pas de droits particuliers par rapport à un autre administrateur. Il exprime ses points de vue et ça c’est utile. On ne peut pas dans une Banque centrale gérer une monnaie qui est d’essence publique en étant dans le flou. Il faut que ce soit dans la transparence la plus totale. Tous les administrateurs qui sont là représentent soit les Etats…Le conseil prend les décisions. Si on doit prendre une décision en votant c’est à la majorité simple. C’est ça qui est prévu dans les textes.  Je n’ai jamais présidé un conseil où nous sommes obligés d’aller à un vote. Il y a un consensus qui se dégage toujours dans le sens de l’intérêt et des besoins des pays africains ».

Le gouverneur essaie ainsi de battre en brèche une idée répandue selon laquelle au sein du Comité de politique monétaire (Cpm), chargé de la définition et de la politique monétaire, siège un représentant du Trésor français avec voix délibérative, là où le président de la commission de l’UEMOA n’a qu’une voix consultative.

Qu’à cela ne tienne ! Les péripéties qui ont conduit à la dévaluation du F Cfa intervenue en janvier 1994 indiquent que les chefs d’Etat africains n’ont pas la haute main sur cette monnaie.

Pour rappel, c’est durant l’été 1992 que le Président François Mitterrand et le Fmi ont envisagé, pour la première fois, cette dévaluation après que des notes, des services habilités, leur furent transmises. Les présidents africains qu’il avait reçus s’y étaient opposés, particulièrement le président Omar Bongo. Mitterrand a failli opérer un rétropédalage, au grand bonheur de ses hôtes, à qui il a été proposé un autre plan de sauvetage dans la continuité des Plans d’ajustement structurel. On entend toujours résonner la voix du président Abdou Diouf, qui répète plusieurs fois : « Il n’y aura pas de dévaluation du F Cfa ». Malheureusement, le changement qui a eu lieu en France en 1993» avec le succès de la Droite aux législatives va accélérer les choses. Le nouveau Premier ministre, sous la période cohabitationniste, Edouard Balladur, ne fera aucune concession aux présidents africains pour matérialiser la volonté de l’Occident, malgré le lobbying d’enfer de Jacques Foccart. Matignon suivra à lettre les instructions du Fmi. Le 11 janvier 1994, quelques minutes après que la dévaluation a été décidée, les chefs d’Etat africains très en colère ont quitté Dakar à la hâte, laissant leurs ministres en charge de l’Economie et Finances seuls avec le ministre français de la Coopération Michel Roussin et le patron du Fmi, annoncer la nouvelle.

C’est en quoi une nouvelle dévaluation du F Cfa, qui aurait été discutée secrètement en haut lieu d’après plusieurs sources, prédispose à une vision tragique de l’avenir après l’audience que le Président Macron a accordée à Alassane Ouattara et à Macky Sall il y a de cela quelques mois. Si cette monnaie devra encore être dévaluée, on ne le dira pas avant la date fatidique, malgré les dénégations de M. Tiémoko Koné.

Cette petite histoire institutionnelle, le gouverneur de la BCEAO doit le connaitre. Autrement, on demandera à Alain Foka, qui l’a interviewé, de réactualiser le numéro de « Archives d’Afrique », diffusé hebdomadairement sur Rfi,  sur cet évènement.

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