Au plus près de Barbara, à pas de velours

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Point d’orgue d’une année riche en hommages, une exposition à la Philharmonie de Paris redonne vie à partir de vendredi à Barbara, disparue il y a vingt ans, via un émouvant parcours en musique, brossant le portrait d’une artiste plus surprenante qu’il n’y paraît.

“L’idée est de traverser le miroir, d’aller plus loin que +la dame en noir+”, souligne Clémentine Deroudille, qui avait déjà été aux commandes de la rétrospective consacrée à Georges Brassens en 2011.

Admiratrice de l’inoubliable interprète de “L’Aigle noir” ou de “Göttingen”, elle a choisi de privilégier l’émotion et de montrer, aux admirateurs comme aux néophytes, “combien Barbara est vivante”.

Cela passe d’abord par la voix de la chanteuse qui guide les visiteurs et à la présence de grands rideaux en velours, rouge mais aussi gris, évoquant la scène, ce lieu où elle a connu “sa plus belle histoire” avec un public subjugué par son intensité et sa voix au vibrato unique.

L’exposition emmène d’abord le visiteur sur les traces de Monique Serf, petite fille juive née dans les années 30, marquée par la guerre et une enfance meurtrie, avant qu’elle ne devienne Barbara Brody en 1950 à Bruxelles, où elle s’essaye à la chanson, puis enfin Barbara tout court à son retour à Paris.

On découvre ensuite la “chanteuse de minuit” qui éclot sur la rive gauche, puis l’artiste devenue incontournable jusqu’à sa mort en novembre 1997 à l’âge de 67 ans.

Avec force manuscrits, lettres et partitions annotées, on lève le voile sur le processus de création de celle qui fut une des rares femmes auteur-compositeur-interprète de son temps.

– “Petits zinzins” –

Composant sans relâche, elle a laissé derrière elle de multiples documents comme ses “petits zinzins”, des ébauches de textes griffonnés, et des enregistrements sur cassettes ou bandes pour ses musiciens.

Ses costumes de scène et des photographies montrent également comment elle a créé son personnage de “dame en noir” et a réussi à devenir une incarnation vivante du spectacle.

Ces documents, souvent rares et émouvants, ont été fournis par le neveu de la chanteuse, Bernard Serf, son ancienne secrétaire et l’association “Barbara Perlimpinpin”, détaille Clémentine Deroudille, qui a effectué ce travail de recherche avec le réalisateur Mathieu Amalric, auteur d’un film en forme de jeu de pistes autour de la figure de Barbara, sorti début septembre.

Mais l’exposition s’attarde aussi sur la face moins connue de Barbara: celle d’une femme aimant plaisanter, tricotant à ses heures perdues et appréciant le confort douillet de sa maison à Précy-sur-Marne, via des vidéos d’archives et même des messages laissés sur répondeur à ses proches.

L’émotion est à son comble dans une grande salle embrassant les 17 dernières années de la chanteuse.

Celles où elle devient une chanteuse populaire avec “L’aigle noir” (1970), s’aventure le temps d’une pause au théâtre et au cinéma, se lance dans des concerts aux allures de grand-messe à Pantin – sur le site même de la Philharmonie -, au Châtelet et à Mogador. Des années aussi où sa voix s’abîme.

Tout y est: reconstitution de sa maison à Précy-sur-Marne et de son jardin, magnifiques portraits photo de l’artiste et au fond de la salle, son piano et sa chaise à bascule. Tous les vendredis, des artistes viendront sur cette scène interpréter des titres de Barbara, sous des lampions évoquant ceux de Mogador.

N’oubliant pas la dimension engagée de l’artiste, qui s’est investie auprès des malades du sida dans les années 80 et a chanté en prison, l’exposition se termine par la reconstitution de sa loge, avec des paniers de préservatifs à disposition pour le public et des télégrammes à lui adresser. Autant de preuves d’amour d’une histoire qui n’a jamais tout à fait pris fin.

L’exposition se tiendra jusqu’au 28 janvier 2018.

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