LA PAIX ET LES ENJEUX SECURITAIRES : Réflexions sur les défis de la stabilité et de la sécurité en Afrique de l’Ouest (Par Général Lamine Cissé)

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La recherche de la paix et les enjeux sécuritaires qui en découlent  remontent loin dans le temps et certains historiens les situent à l’époque pharaonique
En effet confrontés à l’impérieuse nécessité d’assurer une juste répartition des eaux du Nil, (dans un pays où il ne pleut pratiquement jamais) entre « ceux de l’Amont » et ceux de «  l’Aval », les Egyptiens de cette époque ont pensé qu‘il était préférable d’avoir un Roi – Pharaon pour veiller à une distribution équitable des eaux. Cette doléance satisfaite, le paysan égyptien qui n’a plus beaucoup de temps pour la guerre, occupé qu’il est à semer, labourer et récolter le long de la vallée du Nil, a exprimé le  besoin d’être protégé des nomades et bandits qui pillent ses greniers et déciment son bétail. D’où la nécessité d’un ETAT qui assure l’ORDRE. C’est la naissance de l’Etat et de son bras armé qui va assurer la paix en faisant face aux enjeux sécuritaires de la communauté.
Cette situation se justifie par le fait que toute communauté est, par essence conflictuelle. De sorte que l’existence même de la communauté se mesure au conflit. Elle existe précisément parce qu’elle est conflictuelle, car  procédant d’une volonté organique, c’est à dire qu’elle se découvre. (c’est l’état de nature, disait Rousseau ).
Cette référence à l’époque pharaonique nous montre que la crise ou le conflit sont comme consubstantiels à la marche des sociétés humaines; les aspirations d’hier qui ont conduit à leur naissance sont toujours perceptibles dans le monde d’aujourd’hui, particulièrement en Afrique : Le Nil est, à nos jours, un sujet sensible, parfois crisogène  entre le Nord, en Aval et l’Est, en Amont de l’Afrique.
Tout ceci justifie le fait que l’approche wébérienne  nous ramène au paradigme pharaonique de la sécurité. En effet, selon Marx Weber, « l’Etat, pour asseoir sa domination et la faire accepter aux gouvernés doit exercer son pouvoir d’une manière qui apparaisse juste et fondée, les gouvernés acceptant de lui abandonner le monopole de la violence légitime, à l’intérieur d’un territoire géographique déterminé ».
Certains pourraient se poser la question de savoir pourquoi remonter à l’ère pharaonique et éviter l’époque coloniale.
D’abord, il faut rappeler que c’est  à la fin du 19eme siècle, en 1885 que Bismarck, au congrès de Berlin, a formalisé la colonisation en traçant les frontières sur carte avec, comme bénéficiaires, les puissances coloniales d’alors, qui constituent aujourd’hui la colonne vertébrale de l’Union Européenne : l’Angleterre, la France, le Portugal, l’Italie et l’Allemagne. Ce fut la fin de la conquête coloniale ;
Ne pas aborder cette phase tient au simple fait que les territoires coloniaux n’avaient pas de personnalité juridique internationale. Leur administration, leurs forces de sécurité et leur vie politique interne étaient des démembrements des pouvoirs centraux de la métropole. Ainsi, les administrateurs coloniaux appartenaient à la fonction publique métropolitaine, les armées coloniales restaient sous le commandement du Ministère de la Guerre ou de celui des Colonies, ce qui ne leur donnait pas une entière autonomie par rapport aux intérêts des populations indigènes qui, au demeurant, en dehors de quelques rares exceptions, étaient privées de la citoyenneté et du droit de vote. En dehors des conquêtes de l’hinterland pour démanteler les entités politiques traditionnelles, les conflits ou les guerres ( nous les avons vécus ), ne pouvaient  surgir qu’entre puissances colonisatrices. Il faut cependant remarquer que l’administration coloniale est toujours précédée et soutenue par l’établissement permanent de forces armées.
C’est  sous le prisme de cette introduction que je tenterai de dégager des éléments de

REFLEXIONS  SUR LES DEFIS DE LA STABILITE ET DE LA SECURITE EN AFRIQUE DE L’OUEST.

Analyser les nouveaux défis sécuritaires en Afrique, les comparer  aux anciens défis est un sujet assez vaste. Les nombreuses analyses, observations, opinions et interprétations qui ont été exprimées à ce sujet m’autorisent  à restreindre le  champ d’intervention à l’Afrique de l’Ouest, espace qui  englobe deux domaines qui se superposent. Le premier, l’espace sahélien qui s’étend sur plus de 2400 km est d’abord un espace écologique, puisqu’en proie à la sécheresse et à la désertification ; d’ailleurs, l’ensemble des Etats membres du Comité inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse au Sahel (CILSS), partagent des problèmes liés directement à l’écosystème et à la géopolitique du Sahel.
Le second est l’espace CEDEAO qui regroupe, même si c’est de manière partielle, plusieurs pays membres (Mali, Niger, Burkina Faso, Sénégal et le Cap Vert). Ces deux espaces écologiques et géopolitiques en partie superposés, partagent les mêmes défis en matière de sécurité et de développement.
Précisons aussi que dans ces réflexions, la sécurité s’entend dans son sens holistique, c’est-à-dire une compréhension englobant toutes les causes sécuritaires. Cependant, seuls les défis majeurs seront retenus, principalement la montée du terrorisme, l’insécurité terrestre et maritime, les effets liés aux changements climatiques et à l’avancée du désert. Ces thématiques sont opportunes en ce sens qu’elles permettent de connaitre davantage le phénomène de l’insécurité, le prévenir, dissuader et intervenir, et enfin coopérer internationalement pour mieux agir localement, afin de mieux coordonner, suivre et évaluer les stratégies de lutte contre l’insécurité et le terrorisme.
Les réflexions seront menées à travers deux périodes essentielles dans l’évolution des  espaces :

Des indépendances en 1960 à l’an 2000, avec  la fin de la guerre froide, 1990 :
Au cours de ces années, le type de violences qui prévalait en Afrique de l’Ouest s’était progressivement modifié et les conflits avaient donné lieu à des actes de violences politiques commis surtout par des acteurs non étatiques.

A mi-chemin de cette période, le mur de Berlin tombe  le 9 Novembre 1989 sous la pression populaire qui ne craignait plus l’intervention des troupes du Pacte de Varsovie, dont les Etats membres étaient empêtrés dans d’insondables difficultés économiques et de la remise en cause du modèle soviétique déclenchée par la glasnost et la perestroïka ; il n’y avait donc plus rien derrière quoi cultiver la peur du voisin. Ainsi, avec l’absence de probabilité d’interventions des deux anciens blocs, les conflits  changent de forme et d’intensité.

De 2000 à nos jours : Période des nouveaux défis (actuels) caractérisés par un double enjeu de gouvernance et de développement car la plupart des pays sont affectés par des vulnérabilités structurelles et une fragilité desdits Etats, qui sont de plus en plus exposés à des menaces multiformes qui prennent  une tournure et des formes nouvelles. L’extrémisme religieux et le terrorisme figurent en bonne place dans cette panoplie.

I). Des indépendances en 1960 à l’an 2000, avec la fin de la guerre froide

Pendant quatre décennies (de l’indépendance du Ghana en 1957 à celle du Cap-Vert en 1975),  cette région où la plupart des Etats ont accédé pacifiquement à l’indépendance, a connu une relative stabilité. Le nombre de conflits durant cette période post coloniale est moins élevé dans cette région que dans tout le reste de l’Afrique. Exception faite de la guerre séparatiste du Biafra au Nigéria (1967-1970) (près de deux millions de victimes). Par la suite, l’Afrique de l’Ouest a connu une période relativement stable jusqu’en décembre 1989 qui marque le début de la guerre civile au Libéria qui va replonger la sous-région dans la violence politique et les luttes intestines.
En 1998, la guerre civile en Guinée-Bissau a accru le nombre de victimes de conflits en Afrique de l’Ouest, avant de prendre fin un an plus tard. D’autres antagonismes vont secouer la sous-région, notamment, l’éclatement d’un conflit armé en Côte d’Ivoire, le retour de la guerre au Liberia, avant la mise à l’écart   de Charles Taylor en août 2003, la poursuite de la stabilisation de la Sierre Leone, la détérioration de la situation politique et économique de la Guinée, les élections de 2005 en Guinée-Bissau.
Le phénomène s’est accéléré en 2010 avec la  flambée de violences au Mali et au Nigéria.
Au cours de ces années, le type de violences qui prévalait en Afrique de l’Ouest s’était modifié, car les conflits avaient donné lieu à des actes de violences politiques commis surtout par des acteurs non étatiques (Dozos, ou autres chasseurs traditionnels) occasionnant des soulèvements sociopolitiques et des rebellions. Les pays les plus touchés furent ceux  du bassin du fleuve Mano – Côte d’Ivoire, Sierra Leone, Libéria et Guinée -. Ils vont toutefois parvenir à mettre fin aux violences et à établir les conditions d’une pseudo-stabilité mais sous un lit de circulation d’armes légères et de petits calibres (ALPC). Toutefois, la sécurité intérieure et transfrontalière de ces Etats et ceux de leurs voisins, sera menacée à la fois par des trafics illicites, mais aussi par des groupes armés et/ou des groupuscules terroristes marqués par leur propension à multiplier des ramifications transfrontalières. La situation intérieure dans plusieurs de ces États, sera minée soit par l’instabilité politique quasi chronique soit par l’insécurité causée par des groupes armés ou encore par les revendications et enjeux liés à la gouvernance, à la situation humanitaire et aux droits de l’homme .

Parallèlement à cette période d’instabilité, la croissance économique depuis 2005, n’a cessé d’augmenter dans la sous-région, tirée par le cours élevé des matières premières qui a surtout profité aux pays riches en ressources naturelles. Cependant, l’émergence d’une population de plus en plus jeune, mobile, éduquée et avide de se faire entendre va changer les choses et accélérer l’ouverture des pays de l’Afrique de l’Ouest.

Les mouvements migratoires vont être le principal moteur économique de la sous-région. L’avènement des réseaux sociaux, le développement des innovations technologiques et la mondialisation des échanges vont offrir à cette génération une multitude d’opportunités et des moyens de s’exprimer et d’agir qui étaient impensables quelques décennies auparavant. Cela impose en même temps plus de responsabilités et davantage de transparence aux pouvoirs publics.

Malgré ces formidables progrès, la région est encore confrontée à de nombreux défis. L’apparition de nouveaux défis tels que le trafic de drogue, la piraterie maritime, la circulation des ALPC et les extrémismes religieux au Nigéria et au Mali ont menacé les institutions des pays les plus affectés.

Enfin, les ravages de l’épidémie de virus Ebola ont également révélé la faiblesse des institutions dans les pays en situation de post-conflit comme la Sierra Leone et le Libéria de même que les conséquences de l’instabilité politique en Guinée. Par ailleurs, cette crise sanitaire nous a rappelé que les conflits se répercutent lourdement sur les générations  futures.

Ces conflits et l’insécurité multiformes qui en a découlé, vont engendrer en permanence des tensions politico-militaires dans ces pays sur fond de développement de  trafics divers alors que ces Etats, face à ces nouveaux défis sécuritaires, disposaient de très peu de capacités d’anticipation et d’adaptation.

En conséquence, seule la mise en place d’une stratégie de coopération régionale pertinente pouvait leur permettre de tenter d’enrayer le phénomène. Comme l’a si bien montré le Professeur Massaër DIALLO (DIALLO M. La réforme du système de sécurité en Afrique de l’Ouest) IEPS 2011, « Le système régional de sécurité doit être bâti sur le double principe de la complémentarité et de la solidarité… ». Dans cette perspective, la CEDEAO doit poursuivre ses efforts pour affiner  son rôle de pôle d’organisation de la cohérence, de la complémentarité, de coordination des stratégies nationales, sous régionales et régionales de réponses aux défis et menaces qui font obstacle à l’intégration, la paix et le développement.

Toutefois, les organes de la CEDEAO ont été rudement mis à l’épreuve des faits, car l’exigence de sécurité en Afrique comme ailleurs ne renvoie plus simplement à celle de l’Etat et à la protection de la souveraineté. La sécurité de l’Etat, de son territoire et de ses institutions va désormais  de pair avec la protection des personnes et des populations : le concept de sécurité humaine. Celles-ci ont besoin d’être mises à l’abri de la peur et de la maladie, des autres menaces physiques, morales et/ou politiques. Il faut, désormais avoir une approche globale, intégrée et inclusive de la stratégie et des politiques destinées à relever les défis de l’insécurité nourrie par le déficit de développement.

A la fin de cette  période, (1960 à 2000) l’on constatera très tôt, d’une part, que cette approche globale qui augmente les besoins et sert de soubassement à la réalisation du concept de la sécurité humaine, a multiplié les acteurs de la sécurité, et que, d’autre part, des sociétés privées de sécurité, sont par ailleurs devenues des acteurs importants pour la résorption du chômage. Ceci découle du caractère évolutif de la sécurité, et celui multiforme de l’insécurité, dans toutes leurs  dimensions, et ne permettant plus aux  seules Forces de l’outil régalien, acteurs statutaires et étatiques, de garantir la sécurité à tous les citoyens d’un même pays.

On peut, valablement citer, parmi ces Agences privées de sécurité,   acteurs statutaires et non étatiques, l’exemple de la SAGAM INTERNATIONAL, qui compte parmi les plus gros employeurs et qui vient de boucler ses trente ans de présence au Sénégal. SAGAM a largement dépassé le niveau de simple gardiennage  et s’impose dans la haute technologie.
De  même,  l’Agence d’Assistance à la Sécurité de Proximité ( ASP )  déploie  des éléments visibles dans tous les secteurs névralgiques du pays, en appui aux gendarmes aux  policiers étatiques. Elle vient de fêter ses quatre ans, avec, à son actif 10.000 jeunes  recrutés et 3.000 intégrés dans la police, la gendarmerie et ailleurs ; le projet « un ASP un métier » par le biais de la formation professionnelle viendra renforcer de manière sérieuse la vigueur de la classe moyenne sénégalaise.

II) De l’an 2000 à nos jours

LE TRAFIC DE DROGUE, UNE MENACE POUR TOUTE L’AFRIQUE DE L’OUEST

La sous-région est devenue au cours des deux dernières décennies, une plaque tournante, une importante zone de transit (devenue zone de consommation) de la cocaïne latino-américaine, à destination d’autres parties du monde.
La drogue, principalement la cocaïne, qui y transite est produite en Amérique latine, notamment au Pérou, en Colombie et en Bolivie, ces pays à eux seuls produisent plus de 1000 tonnes de cocaïne par an, dont le quart est à destination de l’Europe. Les narco-trafiquants ont compris que pour développer leur commerce, ils sont obligés de se positionner dans ces pays dits émergents, qui ont une importante frange de population (plus de 50%) constituée « de moins de 25 ans ». Parallèlement à cette recrudescence, la sous-région connait également une hausse des saisies de ces drogues, ces dernières années. Selon un rapport de 2009 de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), près de 100 tonnes de cocaïne auraient transité par l’Afrique de l’Ouest sur cinq ans ; soit plus d’une tonne et demi de drogue dure par mois, dont une bonne partie est consommée par la jeunesse de l’Afrique de l’Ouest. Cela va en crescendo car, dans son rapport de 2016, on peut lire que « la proportion totale de saisies de cocaïne » dans cette région, sur la période 2009-2014, « a augmenté de 78 % ». Ce document nous apprend aussi que même si la Guinée-Bissau demeure le point d’attraction de la cocaïne dans ce trafic, c’est le Cap-Vert qui arrive en tête, suivi de la Côte-d’Ivoire, de la Gambie, du Nigeria et du Ghana.
Pierre LAPAQUE, le représentant régional de l’ONUDC, lors d’une conférence de presse relative à la présentation de ce rapport, a également jugé inquiétant le lien entre narcotrafiquants et terroristes. « On s’aperçoit qu’il y a des connexions, même s’il est difficile de donner des chiffres ».
Pour juguler le mal et en finir avec l’insécurité qu’il engendre, outre les saisies d’importantes quantités, suivies d’arrestations et d’interpellations de dealers, d’importantes opérations de destruction des foyers de drogue sont organisées de même que des consultations médicales destinées aux toxicomanes. Toutefois, le combat contre ce fléau n’est pas seulement l’affaire de la police qui, de par l’insuffisance de la couverture policière, (180 policiers pour 100.000 habitants, c’est la moyenne continentale, alors qu’elle est de 363 agents, plus du double, pour 100.000 habitants en Asie,) a montré ses limites objectives.  Aujourd’hui, le principal défi de nos autorités est d’isoler la sous-région des différents chemins qu’emprunte la drogue dure (cocaïne, héroïne). Pour atteindre cet objectif, il faudra en premier lieu, renforcer la présence d’experts dans les réseaux internationaux de lutte contre la drogue. A titre d’exemple, le programme West Africa Coast Initiative-WACI a été créé par différents organes des Nations unies (UNODC, le Bureau Régional des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), le Département des Opérations de Maintien de la Paix  (DPKO) en collaboration avec INTERPOL, afin de soutenir la mise en œuvre du « Plan d’action régional de la CEDEAO pour la lutte contre le trafic de drogues illicites, le crime organisé et l’abus de drogues en Afrique de l’Ouest ».

En février 2010, les ministres de l’Intérieur des quatre pays concernés ont adopté « l’engagement de Freetown » pour la mise en œuvre du programme WACI. La pierre angulaire de WACI est la création d’unités de lutte contre la criminalité transnationale (UCT) dans chaque pays. Les UCT sont des unités d’élites dotées d’un personnel détaché des organes nationaux de la force publique, formé et équipé pour lutter contre la criminalité transnationale organisée et le trafic de drogue. Elles coopèrent avec les bureaux nationaux d’INTERPOL, les services de renseignement, la police judiciaire, la gendarmerie, les services d’immigration et les services de douanes.

Toujours dans le cadre de cette lutte, le projet Airport Communication Programme (AIRCOP) a été lancé en octobre 2011, à Dakar, par les Nations Unies et les autorités sénégalaises. Le projet est coordonné par l’UNODC et mis en place par l’Organisation Mondiale des Douanes (OMD) et INTERPOL. L’objectif est de renforcer les capacités de lutte anti-drogue dans une dizaine d’aéroports internationaux d’Afrique de l’Ouest, du Maroc et du Brésil. Le projet prévoit notamment la création de cellules aéroportuaires anti-trafics (CAAT) qui sont des équipes spéciales composées de représentants de la police, de la gendarmerie et des douanes disposant d’un mandat de contrôle au niveau des aéroports internationaux concernés par le projet.

Toutefois, pour que tous ces projets atteignent leurs objectifs et  fassent preuve d’efficacité, les autorités doivent être capables d’établir un échange d’informations sécurisé en temps réel entre les pays d’origine, de transit et de destination des trafics, principalement de cocaïne. Elles doivent aussi pouvoir tirer profit des stratégies qu’adoptent de plus en plus certains pays européens et qui consistent à effectuer les saisies au plus près des pays qui produisent la cocaïne, pour constituer une sorte de bouclier protégeant leurs territoires…

L’AFRIQUE DE L’OUEST UN NOUVEL ELDORADO DE LA PIRATERIE MARITIME

Mesurer l’ampleur de la piraterie maritime en Afrique de l’Ouest où l’essentiel des pays qui composent cet espace ont une façade maritime, n’est pas chose aisée. Ses ressources côtières et marines, tout comme les autres ressources environnementales, continuent d’être exploitées d’une manière qui ne profite pas aux populations. A titre d’exemple, la pêche illégale, clandestine et non réglementée coûte chaque année à l’Afrique subsaharienne environ un milliard de dollars US. L’absence de moyens de surveillance des eaux territoriales (Le Benin, le Togo et même le Nigeria ne disposent pas de navire en bon état affecté à la surveillance de leurs eaux territoriales) laisse les pays côtiers de l’Ouest africain sans défense face à la pêche illégale. Sûrs de se livrer à leurs activités sans être troublés, des navires pêchent bien au-delà de leurs quotas et créent ainsi un manque à gagner pour les Etats dont les ressources halieutiques sont ainsi pillées. Selon l’ONG internationale Greenpeace, «la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN) est en train de gangrener les océans du monde et l’Afrique de l’Ouest fait partie des zones qui paient le plus lourd tribut. »
Une enquête parue dans le journal « Le Monde », dans son Edition du 11 octobre 2016, a montré aussi que les eaux nigérianes, avec 24 attaques de pirates depuis le début de l’année, sont devenues l’un des épicentres mondiaux de la piraterie : sur les 44 équipages kidnappés dans le monde, plus de la moitié l’ont été au Nigeria. Le pétrole du delta du Niger, plus importante réserve d’hydrocarbures du continent, est au cœur de ces luttes sur mer : depuis le début de l’année, quasiment toutes les attaques pirates ont visé des transporteurs de l’or noir puisé dans le Delta. Ces attaques lancées au Nigéria contre le secteur pétrolier ont coûté des milliards de dollars US en réparations et manque à gagner ; elles ont également participé à la déstabilisation des prix au niveau international et contribué au désastre environnemental le long du littoral nigérian causé par le déversement de plus de deux milliards de litres de pétrole. L’Afrique de l’Ouest peine à relever ces défis de sécurité maritime, et n’a pas la capacité de sauvegarder sa part des eaux.

La mise en place de systèmes de surveillance  des côtes pouvant s’avérer coûteuse, de nombreux pays africains ont préféré investir dans les forces terrestres plutôt que dans les unités maritimes, rendant par là-même impossible tout type de surveillance plus poussé que la simple observation côtière. Enfin, la gestion maritime et les services de police en mer ne relèvent jamais de la responsabilité d’un seul organisme et nécessitent donc un niveau de coordination et de collaboration.

Toutefois de timides efforts sont faits pour lutter contre cette piraterie. En 2013, à l’appel du secrétaire général des Nations unies Ban Ki-Moon, un mémorandum, instituant une lutte mutualisée contre la piraterie, avait été signé à Lomé, entre la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC), la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la Commission du golfe de Guinée (CGG). Il n’a, en quatre ans, produit aucun résultat palpable.

Le Centre régional de sécurité maritime de l’Afrique de l’Ouest (CRESMAO),  d’Abidjan, créé en 2014, est chargé de coordonner l’action des garde-côtes dans la zone. Mais ce centre, faute de moyens, est quasiment non  opérationnel.

L’une des solutions pour dépasser ces contraintes est d’investir de manière stratégique dans le secteur de la science et de la technologie avec la création d’un réseau de capteurs qui permet de couvrir de grands espaces, de recueillir des informations et de fournir des données brutes de manière à faciliter les partenariats et autres collaborations nécessaires à une véritable sécurité maritime

L’AFRIQUE DE L’OUEST FACE AU DEFI CLIMATIQUE

Les sécheresses successives, les inondations, la violence des vents, le déphasage des saisons, affectant ainsi les systèmes d’organisation humains et les écosystèmes ont progressivement modifié le sort des populations de l’Afrique de l’Ouest, les obligeant à s’adapter à cette nouvelle donne climatique. Même si la sous région reste l’une des plus touchées par l’insécurité alimentaire dans le monde, la majorité de la population de cet espace compte avant toute chose sur l’agriculture qui est la source principale de revenus. Cette situation, par ailleurs,  pourrait se voir renforcée car, à ce  changement climatique, s’ajoutent certaines pratiques actuelles en cours, comme celle qui amène  des investisseurs étrangers ou locaux à se précipiter sur  les bonnes terres en vue de les exploiter à leur propre compte. Autant de données qui font que la crise alimentaire guette en permanence  les pays d’Afrique de l’ouest, particulièrement ceux qui avaient été  touchés par l’épidémie Ebola, qui avait entraîné une baisse des récoltes et une désorganisation des circuits de commercialisation des produits vers les villes.

Cette crise alimentaire a aussi révélé au grand jour, deux vérités dramatiques. D’une part, il est apparu avec plus de netteté que les choix économiques opérés et les modèles de développement suivis durant plusieurs décennies dans cet espace sont  globalement hasardeux et impertinents par rapport à la réalité. En privilégiant la monoculture d’exportation au détriment de l’agriculture vivrière, celle-ci étant confinée à un rôle secondaire, on a, en effet, créé les conditions d’une dépendance accrue des populations ouest africaines aux marchés mondiaux. D’autre part, cette crise a aussi mis en lumière la forte articulation entre les politiques commerciales, les choix agricoles et les questions alimentaires.

LES EXTREMISMES RELIGIEUX 

Les conflits et l’insécurité sont multiformes et les États ouest africains disposent toujours de très peu de capacités d’anticipation et d’adaptation. Au contraire, des facteurs aggravants tels que la porosité des frontières, l’extrême pauvreté matérielle des populations, la mauvaise gouvernance des ressources du sol et du sous-sol (hydrocarbures et minerais), ainsi que la défaillance des services publics de l’État dans certaines parties de leurs territoires exacerbent même les conflits. Face au terrorisme, La plupart de ces États n’ont tout simplement pas les moyens de garantir le contrôle de leurs frontières et de leur vaste territoire. Le Mali, par exemple, a une superficie presque deux fois plus grande que  celle de la France et fait la taille du Texas et de la Californie réunis. Sa frontière est aussi grande que la frontière américano-canadienne, alors qu’elle ne longe pas un, mais sept autres États.
Pour répondre efficacement aux situations insurrectionnelles, la réforme des secteurs de sécurité et de défense doit permettre le déploiement des dispositifs de sécurité capables de stabiliser les régions. Il faut Restaurer la confiance avec les forces de sécurité en mettant en place un réseau civil transfrontalier permettant de fluidifier l’échange d’informations et de lutter contre la progression du radicalisme religieux dans la région.

Une autre particularité, en même temps préoccupation majeure, demeure le recrutement et la formation d’Africains par des groupes terroristes internationaux. Seule, une poignée de terroristes endurcis a émergé d’Afrique subsaharienne. Le Nigérian arrêté en décembre 2009 aurait  été recruté à Londres et entraîné au Yémen ; il avait bénéficié d’une bonne éducation et venait d’une famille aisée. Un grand nombre de « terroristes » somaliens auraient été, en fait,  recrutés aux États-Unis et en Europe.

La quatrième donnée réside dans le fait que les nouveaux visages de l’insécurité appellent aujourd’hui une implication plus poussée des citoyens, individuellement et collectivement, à travers la société civile. Sa participation est une nécessité absolue  et ses membres peuvent et doivent participer à l’émergence d’une implication personnelle, collective et citoyenne dans le domaine de la sécurité, aussi bien dans  les débats que dans les recherches de  solutions.
Elle doit Informer, sensibiliser et développer les consciences par rapport aux menaces à la sécurité nationale, investir dans l’éducation spirituelle et surtout Encadrer, protéger et assister les populations des zones sensibles.

Enfin la lutte contre le terrorisme implique aussi la fin de cette inégalité tant planétaire qu’au sein des Etats où une minorité  s’approprie une fraction croissante du revenu national, enfantant presque la misère et donc souvent le terrorisme ; le tout sécuritaire pour le sécuritaire a des limites qui exigent que l’on s’attaque à l’essence, c’est à dire au  co-développement.

Transition politique en Afrique de l’Ouest

La vie politique en Afrique de 1960 à 1990 est fortement marquée par  l’instabilité et des coups d’Etat. De nombreux coups d’état sont enregistrés partout, à l’exception du Sénégal.
Pour rappel, les coups d’état les plus spectaculaires furent ceux du/de :
Togo, 13 janvier 1963: Sylvanus Olympio, père de l’indépendance renversé  par le Sergent chef  Eyadema qui devient président. Olympio est mort à cette occasion.
Ethiopie, 12 septembre 1974: Mengistu Hailé Mariam a mis fin à l’Empire d’Hailé Sélassié 1er ; la République est proclamée et l’Empereur est mort.
République Centrafricaine, 1965, coup d’Etat de Jean-Bedel Bokassa ; David Dacko s’exile.
le 20 septembre 1979, un nouveau coup d’état: l’Empereur Bokassa est déchu et s’exile.
Burkina Faso, plusieurs coups d’état, le plus célèbre, celui de 1983, avec Thomas Sankara, il est renversé le 15 octobre par Blaise Compaoré ; il est mort.
Tunisie, 7 novembre 1987: Habib Bourguiba le père de la nation est déposé ;
Liberia, en avril 1980, le sergent Samuel Doe, 29 ans, tue le président William Tolbert, et le remplace
Mali, en 1969, le Lieutenant Moussa Traoré renverse   Modibo KEITA ; il sera renversé par un autre coup d’état en mars 91 par Amadou Toumani Touré.
Le 22 mars 2012, à quelques jours de la fin du mandat du président Amadou Toumani Touré, nouveau coup d’état par le capitaine Amadou Sanogo
Zaïre, coup d’Etat, en 1965 de Mobutu Sése Séko, il est renversé par un autre coup d’Etat,  le 17 mai 1997, par KABILA,
Côte d’Ivoire, 24 décembre 1999: Henri Konan Bédié, l’héritier destitué par le Général Robert GUEI, c’est le début d’une longue période de troubles.
Madagascar, plusieurs coups d’état, le dernier en  mars 2009, la rue pousse Marc Ravalomanana à la sortie.
Les coups d’état de Libye, Mauritanie, Ghana, Ouganda, Guinée Bissau , Gambie, Sierra Leone, Guinée-Conakry, Nigeria se chiffrent à plus de 15.

C’est  dire que l’AFRIQUE, des indépendances à ce jour, a connu près 70 coups d’Etats.
Il faut dire, à haute voix qu’un coup d’Etat est toujours pour un pays, un signe de régression dans tous les domaines. On ne bouscule pas les Institutions de la République de manière anti démocratique

Les Conférences Nationales, 

La quasi-totalité des Etats d’Afrique subsaharienne francophone a connu un processus de transition dans les années 1990. Cette vague de tentatives de démocratisation résulte d’une conjonction de facteurs tant internes qu’externes.
la vague de contestations des années 90, encouragée la chute du mur de Berlin

le fameux sommet de la Baule,  avec le discours  du Président Mitterrand
les plans d’ajustement structurel des Institutions de Breton Woods
l’accentuation de la crise économique et sociale
et l’effet d’entrainement consécutif à la Conférence béninoise.

Un vent de démocratisation et de liberté a vu susciter de grands espoirs sur le continent. Pour la première fois en Afrique, au Benin, une conférence nationale, se proclamant « souveraine» est convoquée. Plusieurs conférences nationales des forces vives de la nation, vont ensuite se tenir dans ces années 90. L’expérience sera reprise au Gabon, au Congo, au Niger, au Mali, au Togo, au Zaire et au Tchad. Elle est donc un mécanisme spécifiquement africain, bien que déclenchée de l’extérieur.

La Conférence nationale va être perçue comme un espace public de la parole, ce qui a conduit certains observateurs à la comparer, à tort ou à raison, à la célèbre palabre africaine. Mais elle a surtout été une structure institutionnelle génératrice de nouveaux pouvoirs qui a initié les valeurs démocratiques : Des élections ouvertes à des candidats de l’opposition vont être organisées, même si personne n’était dupe pour espérer voir du jour au lendemain des dictateurs organiser des élections et accepter de les perdre.  Certains les ont qualifiées de ‘’Démocratie à pas de caméléon’’.

En tout cas, le Sénégal a contourné cette formalité pour poursuivre son mouvement démocratique ; il a, en même temps, échappé au plan d’ajustement structurel, en évitant de casser la branche sur laquelle le pays était assis. ( sortie  politico économique populaire du Président Abdou Diouf ).

Les Assises nationales du Sénégal ont-elles été conçues comme une conférence nationale souveraine?

En  mars 2000, le pays a connu sa première alternance (quasiment la première en Afrique).
Au fil des années, le Sénégal, à l’instar de nombreux pays de la sous région, a connu des difficultés surtout aux plans économique et social ; les effets de la  crise financière mondiale de 2008, le taux de chômage élevé et la difficulté de contrôle de l’immigration clandestine entre autres, ont favorisé l’initiative des Assises nationales.

Ouvertes le 1er juin 2008, après plusieurs mois de préparation, les Assises nationales du Sénégal ont enregistré la participation d’une centaine d’organisations de la Société civile, l’essentiel des syndicats, organisations professionnelles, organisations de défense des Droits de l’Homme, Organisations Non Gouvernementales, organisations de femmes, organisations de la diaspora, organisations confessionnelles et les partis politiques.

Elles ont rendu leurs conclusions à Dakar, le 24 mai 2009, sous la présidence de Monsieur Amadou Mahtar MBOW, ancien Directeur Général de l’UNESCO – qui a assuré par ailleurs la Présidence de son Comité national de pilotage et de son Bureau national – en présence de nombreuses personnalités du monde politique, religieux, économique, social et culturel, des représentants du Corps diplomatique et des Organisations internationales. Certaines de ses  conclusions sont prises en compte.

La situation actuelle

Le LIBERIA est dans une situation politique inquiétante avec l’annonce de la cour suprême intimant l’ordre à la « National Election commission » (NEC) de n’organiser le second tour des élections qu’après la révision des recours déposés, dont celui de « Liberté Party » qui sortait 3ème premier au tour ;

Au Togo, l’opposition réclame une  modification de la constitution, pour une limitation et la définition de la durée du mandat du Président de la République.

Tous ces Conflits palpables présagent des situations  conflictuelles qui risquent d’augmenter avec la nouvelle vague d’élections présidentielles à partir de 2018 prévues dans la sous région.

CONCLUSION/RECOMMENDATIONS : 

Face à ces défis sécuritaires transnationaux, se concentrer, comme par le passé, uniquement sur la coopération militaire relève d’une erreur majeure. Relever ces défis de manière efficace exige également la constitution d’un partenariat qui va soutenir les institutions en charge de la sécurité et l’adhésion des gouvernements africains à cette coopération, sans attendre d’être exemptés de certains objectifs politiques relatifs à la démocratie, à la gouvernance et aux droits de l’homme.

En outre le partenariat public –privé dans le domaine de  la sécurité  devrait figurer dans la gamme des priorités car l’évolution des   sociétés privées de sécurité témoigne  du niveau des besoins légitimes de sécurité des différents secteurs socioéconomiques du pays que l’État ne peut satisfaire ; devenant ainsi un multiplicateur de force, ces sociétés privées constituent un baromètre fiable dans l’analyse de la situation sécuritaire.

L’analyse de toutes ces alternatives démocratiques, nous  poussent à retenir un fait : débarrasser un pays d’un régime autoritaire ou d’une dictature, ne signifie pas nécessairement bannir l’autoritarisme pour de bon dans ce pays et y faire régner la sécurité. La tenue d’élections multi partisanes et régulières, qui est une nécessité absolue, ne garantit pas non plus  l’institutionnalisation de pratiques démocratiques, dans les pays où la démocratie est encore fragile. C’est la raison pour laquelle,  la société civile doit rester forte et vivante dans tous les pays africains. Elle devra constituer une source de vivacité démocratique, un rempart pour la défense de la sécurité des personnes et des biens, même si celle ci demeure une des fonctions essentielles de l’Etat.

Général Lamine Cissé

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