La série “Aurore” interroge la “sauvagerie” qui nous habite

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Dans “Aurore”, mini-série diffusée à partir du 11 janvier sur Arte, la cinéaste Laetitia Masson interroge le cycle de la violence à travers un meurtre commis par une enfant : “une sauvagerie nous habite tous”, estime-t-elle.

Auteure de la trilogie “En avoir (ou pas)” (César du meilleur premier film en 1996), “A vendre” et “Love me”, Laetitia Masson signe, avec “Aurore”, sa première série TV.

“+Aurore+ est très vaguement inspirée d’un fait divers des années 60 en Angleterre”, a déclaré la cinéaste à l’AFP: les crimes de Mary Bell, jugée coupable en décembre 1968 – à onze ans- du meurtre la même année de deux garçons : Martin Brown (4 ans) et Brian Howe (3 ans).

“C’était une petite fille perverse, animée par la volonté de faire du mal et vivait dans un milieu beaucoup plus violent”, précise la réalisatrice, “mon Aurore n’est qu’une petite fille perdue, qui ne sait pas où est le bien et le mal”.

Trois épisodes de 52 mn et une distribution de choix, Elodie Bouchez, Lolita Chammah, Aurore Clément, Anna Mouglalis, ont offert à la cinéaste toute la latitude d’examiner le cycle de la violence et ses racines, à travers le meurtre commis par cette gamine de 10 ans, et aussi la responsabilité, la rédemption, le pardon et la vengeance, une fois adulte.

– ‘des monstres potentiels’ –

La petite, dont la mère se prostitue, livrée à elle-même, fait souvent l’école buissonnière jusqu’au jour où la faim au ventre, elle commet l’irréparable pour le paquet de biscuits d’un enfant de 5 ans qu’elle va étrangler.

“C’est un faisceau de circonstances qui la mène au crime”, dit l’artiste, refusant de stigmatiser famille ou environnement. “Dans un milieu aisé, ce serait par un trop plein de tout, pour Aurore, c’est le trop peu”, dit-elle.

La réalisatrice de 51 ans ne voulait surtout “pas radicaliser ni singulariser l’histoire” mais plutôt susciter “un questionnement universel”. “Une sauvagerie nous habite tous, nous sommes tous des monstres potentiels”, juge-t-elle, “c’est même incroyable qu’il ne se passe pas davantage de drames”.

Trente-six mineurs étaient incarcérés en France pour homicide volontaire sur 6189 détenus au total pour ce motif en 2014, selon le ministère de la Justice.

C’est en se sentant “responsable de ses actes” que la chaîne de la violence peut être brisée, estime la cinéaste, “c’est en tout cas une hypothèse que la série propose”.

– Une scène de meurtre ‘complexe’ –

Le meurtre est tourné, avec une remarquable sobriété, dans une scène aussi troublante que rare à la télévision et au cinéma. L’enfant tueur est “un sujet tabou”. “Je ne voulais pas que l’acte d’Aurore soit complaisamment filmé”, dit la réalisatrice.

“Ils sont pleins de vie alors jouer la mort…” ajoute-t-elle, admettant que la scène était “complexe”. “On ne fait pas faire ça à des petits enfants”.

La réalisatrice assure s’être montrée très vigilante à l’égard des petits comédiens: “Je me disais : + tu n’as pas le droit de faire ne serait-ce qu’une mini griffe de traumatisme à ces enfants au nom du cinéma”.

Elle leur avait bien expliqué qu’ils participaient à une oeuvre de fiction: “Mon point d’appui était le jeu”. A l’opposé de leurs personnages, les petits “étaient très sages mais avec cette part de l’enfance, un peu opaque et abyssale, qui ne cache rien de sombre mais où quelque chose résiste et ne se montre pas.”

La cinéaste avait songé à inscrire son drame dans les environs de Boulogne-sur-mer. Puis redoutant “le cliché”, elle a opté pour Port-Saint-Louis en Camargue où elle avait tourné un portrait documentaire consacré à l’architecte Rudy Ricciotti (Mucem).

“Enfant, il errait dans les marais salants sous un soleil implacable comme dans les westerns”, explique-t-elle, “+Aurore+ est un western revisité dans une forme qui est celle de l’enfance”.

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