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Monday, December 17, 2018
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Restaurer des bibliothèques coloniales, le pari fou de deux Kényanes

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Malgré la vétusté de la bibliothèque McMillan, un imposant bâtiment à colonnades des années 1930, une petite dizaine d’habitants de Nairobi ont fait le déplacement pour profiter de la tranquillité du lieu et des rares ouvrages disponibles.

Bientôt, ces usagers pourront profiter d’un espace moderne et rénové. C’est le pari d’Angela Wachuka, éditrice, et Wanjiru Koinange, auteure, qui œuvrent à la restauration de trois bibliothèques de Nairobi laissées à l’abandon depuis des décennies.

“Je refuse de vivre dans une ville où les enfants peuvent grandir sans jamais être entrés dans une bibliothèque. C’est le cas aujourd’hui à Nairobi”, explique à l’AFP Wanjiru Koinange, qui a grandi dans la capitale kényane.

Les jeunes femmes ont lancé en 2017 l’association Book Bunk afin de moderniser McMillan, installée dans l’effervescent quartier des affaires de Nairobi, ainsi que les bibliothèques de Makadara et Kaloleni, des quartiers résidentiels de l’est de la capitale.

“Notre approche est la même pour les trois bibliothèques, mais elles seront destinées à des publics différents,” précise Wanjiru Koinange, jeune auteure de 32 ans.

McMillan, la plus grande, sera généraliste, tandis que Kaloleni sera spécialisée dans la littérature jeunesse et Makadara dans la littérature pour adolescents.

Malgré son mauvais état, la bibliothèque de Makadara, hébergée dans un bâtiment quelconque des années 1970, attire selon Mme. Koinange jusqu’à 180 jeunes du quartier chaque jour, une affluence qui témoigne de la demande pour ces installations.

– “Démocratiser la collection” –

Dans une capitale bruyante et encombrée, on vient y profiter du silence. “Je suis venue pour étudier parce que c’est calme, il n’y a pas de bruit”, témoigne Caren Mumbua Musembi, une étudiante de 20 ans dont c’est la première visite.

Bernard Ouma Ogutu, étudiant en comptabilité à l’Université Kenyatta de Nairobi, passe ses journées ici. “C’est difficile de trouver un ouvrage précis, mais il y a une bonne connexion internet, donc avec un ordinateur on trouve ce qu’on veut pour étudier”.

Aujourd’hui, aucun catalogue n’existe pour répertorier les livres, ni les impressionnantes archives de journaux kényans. Un important travail de classification est donc nécessaire.

“L’accessibilité ce n’est pas juste l’affluence dans la bibliothèque, c’est également démocratiser la collection”, relève Angela Wachuka, 36 ans, qui organise également des événements littéraires dans le cadre de Book Bunk.

Dans ce sens, l’éditrice souligne également l’importance d’offrir un large choix d’ouvrages.

Deux imposantes défenses d’éléphants accueillent encore le visiteur à l’entrée de McMillan, ouverte en 1931 en mémoire de l’explorateur William Northrup McMillan. Le bâtiment, de style colonial, contient surtout des livres du début du XXème siècle, publiés bien avant l’indépendance du Kenya en 1963.

On y trouve pêle-mêle des ouvrages sur l’aristocratie britannique ou encore un pavé sur l’histoire des taxis londoniens. Mais très peu d’auteurs kényans.

– ‘Littérature contemporaine’ –

“C’est très important pour nous d’avoir des auteurs africains et de la littérature contemporaine”, poursuit Mme. Wachuka, qui n’entend pas en revanche effacer le passé colonial que reflètent les collections actuelles.

“Nous voulons garder l’histoire du lieu parce que c’est important, le bâtiment n’existerait pas sans McMillan, mais nous voulons aussi y ajouter de notre histoire,” confirme Mme. Koinange, au milieu de piles de livres prenant la poussière dans une salle d’archives.

Les deux jeunes femmes veulent aussi intégrer d’autres formes de narration comme des contenus multimédias, notamment des podcasts.

En créant Book Bunk, les deux amies ont obtenu l’aide de l’administration de Nairobi. “Nous avons signé un accord qui nous autorise à collecter des fonds, à diriger et à rénover” les trois bibliothèques, ajoute l’auteure.

En plus de financements du gouvernement local, elles prévoient de lancer en septembre 2018 une campagne de levée de fonds afin de réunir les cent millions de shillings (850.000 euros) nécessaires à ce projet auquel les deux femmes entendent dédier cinq ans de leur vie.

Pour Angela et Wanjiru, l’enjeu n’est rien de moins que de permettre aux habitants de Nairobi de raconter et de transmettre des histoires: “Le but est d’encourager la circulation de récits dans la ville. Les bibliothèques sont le lieu où vivent ces histoires”.

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