Maraboutage, musique : Fallou Dieng sort de sa réserve

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IGFM – Ces dernières années, il est resté en retrait de la vie musicale sénégalaise. Son dernier opus, «Momé vent», a disparu presque aussitôt qu’il est apparu. Le vent a-t-il définitivement tourné pour celui que l’on surnomme «le chef d’état-major général des ambianceurs». Rien n’est moins sûr ! Fallou Dieng soutient dur comme fer, qu’il a toujours sa place dans la musique et qu’il ne compte pas raccrocher de sitôt. La preuve par un nouvel album qui sera disponible dans quelques semaines. En attendant, il nous livre sa part de vérité sur sa carrière, un peu en berne, et fait des révélations inédites. Fallou se lâche…

Depuis quelques années, la carrière de Fallou Dieng est en berne. Qu’est-ce qui l’explique ?

C’est vrai que je suis absent de la scène musicale depuis un bon moment. N’empêche, je n’ai pas déserté les studios d’enregistrement. Mais dans toute chose, il faut parfois prendre du recul. Après la sortie de l’album «Momé vent», je me suis fait rare car j’ai subi un choc. Je n’ai jamais voulu en parler ou m’apitoyer sur mon sort. Cela m’a causé des soucis, notamment aux pieds et cela a aussi été un obstacle dans ma carrière. J’ai donc traversé une période assez sombre, mais je l’ai acceptée avec philosophie. Le Bon Dieu en a décidé ainsi et j’ai fait avec. J’ai géré la situation, sans jamais crier sur tous les toits.

C’était grave à ce point ?

Non, je ne dirais pas que c’était grave, mais c’était assez sérieux car mes pieds ont été touchés. Cela m’a affecté quelque temps et j’en ai profité pour faire un break, histoire de reculer pour mieux sauter. J’ai fait plus de 25 ans dans la musique, avec plus de 20 albums à mon actif, je ne vois pas ce qui peut me faire courir. En plus de cela, il y a eu de profondes mutations dans le domaine de la musique. Les productions ne marchent plus. Les artistes sortent des singles et n’ont rien en retour. Par le passé, il suffisait d’avoir du talent pour exister, mais aujourd’hui, il faut en plus du talent, des moyens. Au stade où en sont les choses, je pense que l’on doit organiser les états généraux de la musique. Les professionnels du secteur devraient être en mesure de débattre là-dessus, histoire de remettre tout le monde sur de bons rails. Il n’y a plus de qualité dans les productions. La musique est devenue une affaire de rue et de quartier, il n’y a plus de mélomanes. Les artistes comptent sur leurs voisins pour remplir les salles de spectacle et se croient doués. Tout ceci participe à expliquer mon absence. Durant tout ce temps, je ne suis pas resté inactif. Les gens n’ont pas cessé de me demander si j’avais laissé tomber la musique. Les Sénégalais ont tendance à se faire des idées ou à tirer des conclusions hâtives. S’ils restent un moment sans t’entendre, automatiquement, certains en déduisent que tu es victime de maraboutage ou que tu es en perte de vitesse. Alors qu’il n’en est rien. Je n’ai pas été marabouté et je suis en pleine possession de mes moyens. J’ai toujours ma voix et mon talent. La preuve, je suis souvent invité à me produire par des collègues artistes. Je continue à travailler ma voix. Vous aurez très bientôt l’occasion d’en savoir plus. Dieu ne retire pas ce qu’il a déjà donné. En revanche, c’est Lui qui met sur notre chemin des épreuves et nous devons les accepter. Grâce à Lui, j’ai pu voyager partout dans le monde et fréquenter les plus prestigieuses scènes. Si aujourd’hui Il en a décidé autrement, je ne peux que me plier à Sa volonté. Mais ce n’est rien d’autre. Avec mon statut, je n’ai pas d’autre choix d’ailleurs, je ne peux pas me mettre à demander de l’aide partout ou crier mon désespoir. Je suis quelqu’un de très fier et de digne.

Entre temps, vous avez créé une émission, «Fallou dans sa voiture», qui passe sur les réseaux sociaux…

Effectivement ! Au départ, j’avais l’idée de donner une tribune à mes fans d’ici et de la diaspora qui m’avaient perdu de vue. J’ai commencé par faire «Un dimanche, un son» et très vite, cela a évolué. J’ai fini par faire des sélections de mes morceaux, pendant 30mn, puis 45mn. A l’arrivée, c’est devenu une heure de Live avec plus de 150 000 personnes toutes les semaines. J’ai choisi de faire cette émission, car je suis tout d’abord un acteur culturel et je me dois de participer au développement de la musique sénégalaise en partageant l’expérience que j’ai acquise au cours de ma carrière. C’est aussi une manière de sensibiliser le peuple sénégalais. J’ai aussi fait le constat qu’avant, il y avait des animateurs de talent, incollables sur le plan de la musique. Des gens comme Ahmadou Ba et Michael Soumah, nous autres artistes appréhendions d’aller à leurs émissions. Les choses ont changé maintenant et les réseaux sociaux ont de plus en plus d’impact. Ils ont même tendance à évincer les médias traditionnels. En moins de 24 heures, les infos qui y passent font le tour du monde. Dans la première partie de l’émission, je fais passer une sélection de mes morceaux et dans la seconde partie, j’invite un artiste qui vient débattre de musique sénégalaise, parler de son album et faire un play black. Pratiquement tous ceux qui font la musique sénégalaise sont passés dans «Fallou dans sa voiture». Yoro Ndiaye a été le premier à accepter ce concept, je ne le remercierai jamais assez. Aujourd’hui, c’est devenu incontournable et cela dure depuis plus d’un an. Je touche à tous les secteurs de la musique, la semaine dernière, Bakhaw de «Da Brains» était mon invité. Ce fut une très belle émission.

N’envisgez-vous pas de rentabiliser votre émission ? Des chaînes de télévision ne vous ont- elles pas approché dans ce sens ?

Effectivement, j’ai été approché par des télés. Toutefois, je ne suis pas encore prêt pour ça. Mais je pense que le meilleur format serait une production externe. J’ai quelques idées pour ce cas de figure. Seulement, il y aura des réaménagements à faire, quitte à aménager une nouvelle voiture, avec un nouveau salon, des caméras… Actuellement, c’est moi qui filme, qui anime et interviewe les invités.

Peut-on s’attendre à votre reconversion dans l’animation ?

Tout est possible. J’ai plusieurs facettes et la musique ouvre énormément d’opportunités. N’empêche, je suis et je reste un artiste chanteur…

N’avez-vous pas l’impression d’avoir été éclipsé par la nouvelle vague de chanteurs ?

Non, pas le moins du monde. C’est Dieu qui décide de notre sort à nous tous. En plus de cela, les jeunes chanteurs ont intérêt à vouer beaucoup de respect à leurs aînés car c’est eux qui ont balisé le chemin et porté haut le flambeau de la musique sénégalaise. Les jeunes ne nous arrivent pas à la cheville. Cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas à la hauteur. Des gens comme Waly Seck, Pape Diouf et d’autres, se sont imposés et ont prouvé qu’ils étaient capables de relever le défi. Ils sont à encourager et les plus jeunes devraient s’en inspirer. Là où nous en sommes, la musique vit un conflit de génération. On voit des gens qui partagent la scène avec leurs enfants. Cela n’enlève en rien le fait que chacun sait reconnaître les qualités et le talent de l’autre. Nous autres aînés ne devons pas regarder nos cadets comme des concurrents. Nous devons plutôt les soutenir, car c’est pour le bénéfice de la musique sénégalaise. Nous sommes tous passés par là où ces jeunes artistes qui cartonnent actuellement sont aujourd’hui.

Justement, n’êtes-vous pas nostalgique de la belle époque, lorsque vous étiez au sommet de la gloire ?

«Sou yone diékhoul, wakhou meunoul diekh». (Tant qu’il y a vie, il y a espoir). Je peux être nostalgique comme je peux ne pas l’être car n’est rien encore joué. Dès mon plus jeune âge, j’ai chanté et j’ai beaucoup d’albums sur le marché. Il y a encore du chemin à faire et je n’ai rien à perdre.

Pensez-vous toujours avoir votre place dans la musique ?

Bien sûr, je suis le chef d’état-major général des ambianceurs et je garde toujours ma place. Très bientôt, vous aurez une idée de ce que je vous dis.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre prochain opus. Vous permettra-t-il de rebondir ?

Il sera disponible dans quelques deux semaines, s’il plait à Dieu. Vous aurez très bientôt de mes nouvelles. Je vous promets que les mélomanes ne seront pas déçus. L’attente a été longue certes, mais cela en valait la peine…

MARIA DOMINICA T. DIEDHIOU

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