[A vrai dire] En Afrique, la Chine s’en tient-elle vraiment à sa doctrine de non-ingérence ?

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Ce n’est un secret pour personne : Pékin investit massivement en Afrique. Le géant asiatique finance à grands coups de milliards les infrastructures du continent et assure que son soutien se limite à l’économie. Mais la Chine envoie aussi de plus en plus de soldats sur le continent.

C’est un principe érigé en dogme par le pouvoir chinois : la non-ingérence dans les affaires intérieures d’autres Etats souverains. En témoigne le discours de Xi Jinping, le président chinois, lors de l’ouverture du dernier sommet Chine-Afrique le 3 septembre 2018 :

“Nous poursuivons toujours la pratique des “cinq non” dans nos relations avec l’Afrique, à savoir : ne pas s’ingérer dans la recherche par les pays africains d’une voie de développement adaptée à leurs conditions nationales, ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures africaines, ne pas imposer notre volonté à l’Afrique, ne pas assortir nos aides à l’Afrique de condition politique quelconque, et ne pas poursuivre des intérêts politiques égoïstes dans notre coopération en matière d’investissement et de financement avec l’Afrique.”

Quelle est la présence économique de la Chine en Afrique ?

En Afrique, la Chine multiplie depuis longtemps déjà ses aides à différents pays pour construire routes, barrages autres gares. Au total, 136 milliards de dollars auraient été prêtés par Pékin entre 2000 et 2017. “Sans aucune condition politique”, précise le pouvoir chinois.

Des investissements qui ont indéniablement fait avancer l’économie des pays concernés. Et que saluent les Africains eux-mêmes. Un sondage réalisé en 2015 montrait que 63% des sondés considéraient comme positive l’influence de la Chine dans leur pays.

La Chine limite-t-elle sa présence à l’économie ?

Depuis quelques années, la Chine est poussée à s’investir un peu plus sur le plan politique et militaire en Afrique. Malgré elle parfois. Comme quand elle a été soupconnée d’avoir soutenu la chute de Robert Mugabe au Zimbabwe. L’homme qui avait initié le coup d’Etat en 2017 venait de passer quelques jours à Pékin.

Ce qui est certain, c’est que la Chine renforce sa présence militaire, par l’intermédiaire de l’ONU.

Le nombre de “casques bleus” chinois impliqués dans des opérations de maintien de la paix en Afrique augmente. Il est en août 2018 de 1876 soldats, essentiellement au Soudan du Sud. C’est un chiffre plus important que n’importe quel autre pays membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies.

La Chine offre aussi un programme de formation des militaires africains.

Et puis surtout, c’est l’Afrique que Pékin a choisi pour ouvrir sa première base militaire à l’étranger. A Djibouti, un complexe abriterait plusieurs milliers de soldats chinois.

Une manière pour la Chine de sécuriser ses lourds investissements africains, ce qui lui vaut parfois des accusations de néo-colonialisme. Une présence qui reste malgré tout bien mieux tolérée en Afrique que celle des anciens colons français et britanniques.

Antoine Fonteneau
Mise à jour 13.09.2018 à 13:10

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