Auchan dégage : décret 2018-1888 ou la mise à mort du commerçant sénégalais

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Malgré son activisme actif et ses actions sans répit, le Mouvement «Auchan dégage», porté par le Front pour une révolution anti-impérialiste populaire et panafricaine (Frapp), ne parvient pas à freiner l’entreprise française. « Auchan dégage » plaide clairement pour une sorte de protectionnisme de l’économie sénégalaise. Mais manifestement, les autorités sénégalaises, elles, n’ont pas envie de se faire taxer d’aucune forme de protectionnisme. Même raisonnable ! D’ailleurs, pour contenir la colère de ces activités, le ministre du Commerce refuse toujours de publier les termes du contrat liant l’Etat du Sénégal à cette multinationale.
Décidé à prendre la défense des commerçants sénégalais et protéger l’économie sénégalaise, la campagne France dégage est vent debout depuis quelques mois contre l’Etat du Sénégal. Les membres demandent au gouvernement de rendre public les termes du contrat avec Auchan et de revoir comment protéger les producteurs locaux dans ce duel de David contre Goliath. Mais les autorités sont restées aphones, flegmatiques face à cette requête. Le message ne semble pas être entendu par les premiers destinataires.
Une solution qui laisse à désirer

Tout ce que l’Etat a fait récemment, c’est de dire que pour toute nouvelle boutique à ouvrir par Auchan, il faudra d’abord une concertation entre les acteurs du commerce, les représentants des consommateurs, du ministère du commerce. Cela a tout l’air d’une poudre aux yeux. C’est dans ce contexte que l’on apprend que l’autre grande enseigne française, Carrefour en l’occurrence, a acquis elle aussi sa licence pour opérer au Sénégal. Cette dernière serait encore plus redoutable en matière d’affaire. D’ailleurs, elle, n’est pas seulement dans la grande distribution, mais aussi dans d’autres secteurs comme les BTP. « Eux, ils sont plus puissants que Auchan. Auchan n’est rien face à Carrefour. J’ai même appris qu’ils ont un bâtiment ici», nous confirme une source.

Les avocats défenseurs des commerçants locaux et partisans du protectionnisme à la sénégalaise ont donc du pain sur la planche. Non seulement «FRAPP France dégage» ne parvient pas à venir à bout d’Auchan, mais devra faire face à une enseigne sœur d’Auchan, Carrefour. Selon nos informations, Carrefour a déjà signé avec l’Etat du Sénégal, «en toute discrétion» depuis quelques mois et va bientôt se déployer dans le pays. Certainement comme avec Auchan, personne ne saura les termes de ce contrat. Depuis juin 2015, le magazine panafricain Jeune Afrique annonçait l’intérêt de Carrefour pour 8 pays d’Afrique subsaharienne dont le Sénégal.

En quête de relais de croissance, ces entreprises de grande distribution ne s’interdisent rien. Pendant qu’Auchan a choisi le Sénégal, Carrefour, lui, est déjà présent en Algérie et dans des pays du golfe en attendant d’atterrir à Dakar. En vérité, Dakar sera la principale porte d’entrée pour cette autre entreprise de grande distribution dans d’autres pays ouest-africains, sachant qu’elle est aussi intéressée par l’Afrique centrale. L’on apprend que sa puissance de feu est telle qu’un port spécial serait en construction pour elle seule.

D’après le site lsa-conso.fr, Carrefour s’est joint en 2013, au Groupe CFAO déjà bien installé dans ces régions africaines ciblées, afin de développer différents formats de magasins dans 8 pays. Il s’agit du Cameroun, du Congo, de la Côte d’Ivoire, du Gabon, du Ghana, du Nigeria, de la République démocratique du Congo, en plus du Sénégal.

En 2015, Xavier Desjobert, directeur général de CFAO Retail, annonçait que son groupe ambitionnait d’ouvrir près de 100 magasins Carrefour en Afrique dont 30 dans des centres commerciaux dans les 10 années à venir. C’est dire donc que le Sénégal n’échappera pas à cette invasion de Carrefour très bientôt. Auchan, qui a actuellement pignon sur rue au pays de la teranga, redouterait même cette arrivée imminente de Carrefour au Sénégal. Ce qui expliquerait que la première venue s’empresse d’acheter des sites ici et là pour son implantation.
Le Sénégal loin d’être un Etat stratège

Reste à savoir si l’Etat, en accueillant à bras ouvert ces multinationales, négocie de sorte que les intérêts du Sénégal dans ces contras soient préservés et qu’il veille à ce que le tissu économique du pays ne soit entamé. La bonne gouvernance exige la transparence. Et puisque le régime nous a parlé d’une gouvernance transparente sobre et vertueuse, les contrats avec Auchan comme avec Carrefour devraient pouvoir être disponibles et accessibles.

Le protectionnisme n’est pas mal en soi puisque tous les grands pays occidentaux, à un moment de l’histoire, ont pratiqué le protectionnisme. Certains pendant des siècles. Pourquoi les pays africains ne le feraient-ils pas ? Aujourd’hui encore, à Bruxelles, capitale de l’Europe, combien de milliers de lobbyistes travaillent pour protéger les intérêts de l’Union européenne dans le monde ? Face à cela, les pays africains devraient être des Etats stratèges sans avoir à toujours se fier à certaines considérations de l’OMC.

On peut bel et bien protéger et réserver certains secteurs de l’économie aux nationaux. C’est ce qu’a fait l’Ethiopie et a créé des milliers de millionnaires éthiopiens. Le mouvement risque d’être surpris. Selon toute vraisemblance, Auchan semble venir que pour baliser le terrain à d’autres grande surface, notamment française. D’après une source, Carrefour se préparerait à poser lui aussi ses valises au Sénégal pour opérer aux côtés d’Auchan. Les hommes d’affaires sénégalais doivent se réveiller.

Par Noël SAMBOU

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