Riches ou pauvres, le calvaire des mères vénézuéliennes pour élever leurs enfants

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Judith ne veut plus voir ses enfants crier famine. La hantise d’Isabel est de manquer de médicaments pour son bébé. Elizabeth a l’impression d’élever ses enfants “dans une bulle”. La crise vénézuélienne a chamboulé la façon dont les mères élèvent leurs enfants.

-“Notre survie tient à des miracles”-

Quand elle était petite, Judith Saracual voulait devenir architecte. Mais elle est tombée enceinte très jeune. A 45 ans, elle a aujourd’hui cinq enfants.

Sa maison de Petare, un quartier pauvre de Caracas, est faite de briques, de parpaings, de tôle ondulée…

Bien sûr, Judith veut que ses enfants étudient, réussissent et se sortent de cette pauvreté qui les a vus naître et qui touche 51% des foyers vénézuéliens, selon une enquête réalisée par les principales universités du pays en 2018.

Ses filles de 9 et 11 ans ont étalé leurs uniformes (obligatoire pour les écoliers au Venezuela) sur un matelas pour les repasser.

Judith dit qu’elle les oblige à aller à l’école, qu’elle les y envoie même quand elles ont le ventre vide.

“Pour survivre, on doit faire des miracles”, souffle-t-elle.

Le réfrigérateur n’a plus de porte et il a tous les jours la mine des mauvais jours. Des bouteilles d’eau y côtoient un peu de haricots et de la farine.

Dans une cage, une poule caquette sans conviction. Avant, la poule avait une compagne, mais Judith et ses enfants lui ont fait un sort “parce qu’on avait faim”.

Elle et son mari gagnent leur vie en surveillant des motos dans un centre commercial, mais avec l’hyperinflation qui devrait atteindre les 10.000.000% cette année, selon le FMI, l’argent s’évapore. Et les subsides de l’Etat sont insuffisants pour faire vivre toute la famille.

-Partir, peut-être-

Avec l’inflation et les coupures de courant devenues fréquentes, la pénurie de médicaments est la grande préoccupation des Vénézuéliens.

Isabel Davila, 31 ans, vit avec son mari, sa fille et leur chien Orion dans un quartier de la classe moyenne de Caracas.

Quand son bébé de 12 mois est tombé malade, Isabel a dû courir de pharmacie en pharmacie pour tenter de trouver de quoi la soigner.

“Ma plus grande terreur c’est que ma fille meure parce qu’un médicament est introuvable (…), ça c’est une des choses qui nous pousserait à partir”, dit-elle. Elle rejoindrait alors ses trois millions de compatriotes qui ont quitté le Venezuela depuis 2015, selon les chiffres de l’ONU.

Isabel est comptable et maquilleuse. Des fenêtres de son appartement, elle a une vue imprenable sur l’Avila, l’imposante montagne qui surplombe Caracas.

Isabel doit bien admettre que sa ville lui fait peur. Caracas est l’une des villes les plus violentes au monde avec 89 homicides volontaires pour 100.000 habitants en 2018, selon la comptabilité tenue par des ONG. Le gouvernement de Nicolas Maduro affirme, lui, que ce chiffre est de 30 pour 100.000 habitants.

Les sorties d’Isabel se limitent au parc en bas de son immeuble où elle sort Orion. “Tu te mets à vivre dans l’angoisse permanente et ça t’affecte au plan émotionnel”, dit-elle.

-“Dans une bulle”-

Elizabeth Klar, 48 ans, est patronne d’une agence de voyages. Mais depuis cinq ans que dure la crise, elle a vu une baisse considérable du nombre de ses clients. Ce qui l’inquiète le plus, c’est la sécurité de ses enfants de 12, 14 et 16 ans qui fréquentent une école internationale et parlent italien et anglais en plus de l’espagnol.

“J’ai l’impression que je les ai élevés comme dans une bulle”, explique Elizabeth depuis sa confortable maison d’un quartier huppé de Caracas.

En général, les sorties se font dans des clubs privés où la sécurité est maximale.

L’autre espace “sûr” et “zen”, c’est la maison, dit-elle.

“J’ai peur qu’il leur arrive quelque chose dans la rue. Et à cette loterie, il y a beaucoup de gagnants”, se plaint Elizabeth.

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