Ce 21 juillet 2019, Je n’ai pas vu une célébration de la défaite.

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A lieu de doucher leur enthousiasme, les Sénégalais doivent bien réfléchir à ce qui s’est passé dimanche, quand les jeunes ont décidé de fêter les icônes qu’ils se sont choisis.

J’ai passé des heures devant la télévision à regarder cette extraordinaire foule déferlante, qui s’est réunie, a grossi au fil des quartiers, de l’aéroport LSS au Palais de la République, entourant de tous côtés le bus des footballeurs, trottinant sous la canicule, scandant des chansons, assurant leur propre service d’ordre, sans encadrement officiel, dans la discipline, torses nus ou parés des Emblèmes nationaux, dans un océan vert jaune et rouge. Ils ont peint leur passage de ces couleurs qui nous ont fait tant défaut, depuis si longtemps.

Hormis les femmes et les jeunes filles qui balisaient le trajet de cette gigantesque procession, pas l’ombre d’adultes. Ces jeunes avaient l’âge de mes enfants, et, une fois n’est pas coutume, je me suis mis à penser qu’ils représentent véritablement l’avenir de ce pays, pour peu qu’ils aient un idéal de ralliement, un aimant inspirationnel, une conviction qui les galvanise. Et ils scandaient : « fii gno ko moom ; pas de découragement ». J’ai compris ces slogans entonnés par des milliers de voix comme une revendication de leur appartenance inconditionnelle à notre pays, une révolte tonitruante contre le fatalisme, la résignation, l’abandon.

Dans un pays malmené par la mal gouvernance et ses relents nauséabonds, qui empoisonnent le quotidien de ces jeunes et de celles de leurs familles, chaque jour, sans relâche, sans répit, j’étais singulièrement ému devant une si belle résilience, ce cri de « jambaar » qui dit et affirme que rien, aucun direct ou uppercut, ne peut leur faire jeter l’éponge. Il y avait dans cette manifestation une sorte d’extériorisation d’un désir longtemps tu de dire un espoir en l’avenir, un optimisme irrépressible, têtu.

J’ai remarqué qu’ils ont peu ou pas scandé les noms de joueurs et encore moins de politiciens. Ils manifestaient, ensemble, devant et derrière une équipe, un collectif, une ENTITÉ dont ils ont apprécié l’esprit de combat, selon leurs critères propres et, qui à leurs yeux, méritaient cet accueil enthousiaste à l’aéroport, ce déferlement massif, cette gigantesque communion qui a pris d’assaut tous les coins et recoins de la ville et qui, pour une fois, n’était pas estampillée. Le Ministre des Sports s’est senti bien seul, assis sur le capot d’un véhicule, en train de faire des signes à ces milliers d’yeux qui n’avaient d’yeux que pour les héros du jour : la jeunesse en procession.

Mes enfants ont l’âge des jeunes que j’ai vus défiler à l’écran pendant des heures. Il ont passé la journée de ce dimanche-ai chez leur grand-mère, dans une réunion familiale. Leur participation à cette manifestation m’aurait fait grand plaisir.

Falilou Diouf
Un père de famille

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