Il y a 50 ans, Hollywood se réveillait sous le choc: le bain de sang que personne n’a oublié

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C’était il y a 50 ans. Hollywood se réveillait sous le choc. Le corps d’une des actrices les plus en vogue du moment était retrouvé lardé de coups de couteaux, chez elle. Sharon Tate a été tuée par les membres de la secte de Charles Manson alors qu’elle était enceinte de plus de huit mois du réalisateur Roman Polanski. Quentin Tarantino s’approprie cette histoire tragique dans son nouveau film, “Once Upon a Time… in Hollywood”, au cinéma. Retour sur ce drame qui a marqué un tournant à Hollywood et interview de Margot Robbie, interprète de Sharon Tate, en fin d’article.
Déborah Laurent 09-08-19, 07:00

Le 9 août 1969, Roman Polanski avait dû s’absenter pour un tournage et avait laissé sa jeune épouse Sharon Tate, enceinte de 8 mois, entre les mains de quelques bons amis. La soirée a viré au cauchemar. Charles Watson, Susan Atkins, Patricia Krenwinkel et Linda Kasabian, membres de la secte de Charles Manson, ont pénétré dans la maison de El Cielo Drive où ils se trouvaient. Ils ont tous été tués. Sharon Tate a pris 16 coups de couteau. Dans un documentaire baptisé “Manson: The Women”, l’auteure Deborah Herman expliquait: “Il n’y avait aucune empathie, aucun intérêt. C’était un bain de sang.”

À l’époque, les procureurs avaient déclaré que Charles Manson rêvait d’être une rock star. Ils expliquaient que, vexé, il avait ordonné le meurtre de Terry Melcher, un producteur de musique qui avait refusé de faire un disque avec lui. Terry Melcher n’habitait cependant plus à l’adresse donnée à ses disciples. La maison avait été reprise par Roman Polanski et Sharon Tate. C’est elle qui a payé pour la frustration de Charles Manson.
© Instagram

Cette version des faits, la plus connue, n’est peut-être pas la vraie. Selon James Buddy Day, auteur du livre “Hippie Cult Leader: The Last Words of Charles Manson”, les assassins ont tous une vision légèrement différente des meurtres. James Buddy Day est le dernier à avoir interrogé Charles Manson avant sa mort en prison le 19 novembre 2017 à l’âge de 83 ans. Il expliquait: “Il y a tellement de gens impliqués dans cette histoire qu’aucun ne peut dire ce qui s’est réellement passé. Personne ne prenait de décisions pour l’ensemble du groupe”, raconte James Day. Charles Manson a maintenu son innocence jusqu’au bout.

Si nous commettons tous un acte violent, cela nous rapproche­ra et personne ne le dira à personne

Selon James Day, l’histoire serait différente de celle que tout le monde a retenue. Tout aurait débuté en juillet 1969 par un trafic de drogues bâclé impliquant un membre de la Manson Family, Charles Watson. Waston avait volé de la drogue à un dealer, Bernard Crowe. Celui-ci a appelé le ranch Spahn et a menacé de venir tuer tout le monde s’il ne récupérait son argent. Inquiet, Manson s’est rendu chez Crowe à Hollywood et lui a tiré dessus. Il a cru l’avoir tué. Charles Manson est alors devenu parano. Il avait peur des représailles et craignait, en prime, qu’un membre de sa “famille” le dénonce aux autorités. Il a alors présenté sa théorie: “Si nous commettons tous un acte violent, cela nous rapprochera et personne ne le dira à personne.” La maison de Cielo Drive a été visée simplement parce que Watson y était déjà allée pour faire la fête lorsqu’elle était celle de Melcher. Il connaissait les lieux.

Dans l’imaginaire collectif, Sharon Tate est devenue malgré elle non pas une jeune actrice prometteuse mais la jolie victime de l’incarnation du diable. Un rôle éternel qu’elle aurait détesté avoir. Un an avant son décès, dans une interview accordée à Ciné Télé Revue, Sharon Tate expliquait qu’on essayait de l’ériger en sex-symbol. “Hollywood n’a que quelques studios et ils sont dirigés par des vieux. Ils sont certains que pour divertir le public, il suffit de créer une star blonde aux lèvres brillantes, aux hanches rondes et sans cerveau.”

Sharon Tate jouait le jeu mais elle espérait plus. Elle aurait pu avoir plus. Dans “Once Upon a Time… in Hollywood”, cependant, Quentin Tarantino entretient la légende en faisant d’elle une icône un peu floue, un rêve silencieux. On lui a d’ailleurs reproché de ne pas donner de répliques à Margot Robbie. Il s’est défendu avec ces mots: “Sharon Tate est un fantôme angélique sur la terre. Elle n’est pas dans le film, elle est dans nos coeurs”.
© AFP

3 questions à Margot Robbie: “En jouant dans un Tarantino, je m’imaginais plutôt botter des fesses”

Margot Robbie, vue dans “Le loup de Wall Street” et “I, Tonya”, interprète Sharon Tate dans “Once Upon a Time… in Hollywood”. Nous l’avons rencontrée à Los Angeles et elle nous racontait avec une excitation non-feinte sa joie d’avoir été choisie dans un film de Quentin Tarantino. “J’ai passé des années à imaginer le rôle que je pourrais avoir dans un film de Tarantino et à chaque fois dans ma tête, j’étais armée, couverte de sang et je bottais des fesses. C’était du coup plutôt hilarant de passer des heures à faire du shopping ou à parler de trucs de bébé.”

Quentin Tarantino raconte: “Quand on négociait avec les agents de Margot Robbie, ils nous ont demandé de tourner toutes ses scènes en six semaines avant de la libérer pour qu’elle puisse faire d’autres projets. Ce sont des choses que les agents demandent. Un jour, Margot est venue me trouver et m’a dit: Qu’est-ce qui se passe? Pourquoi tu me vires? Quand je lui ai expliqué, elle m’a répondu: Non, non, non, ce n’est pas l’idée. Je veux être sur le plateau même quand je ne travaille pas. Je fais ça pour voir comment tu travailles. Je serai là jusqu’au dernier jour.”

Votre personnage évolue dans les années 1960. Hollywood était très différent d’aujourd’hui. C’était mieux?

C’est assez facile de se dire après coup: Oh, c’était plus simple à l’époque. Mais je ne suis pas sûre que ça l’était tant que ça pour ceux qui vivaient à ce moment-là. Disons que j’ai l’impression qu’à l’époque, tout le monde n’essayait pas d’être multi-tâches. Tu faisais un film, tu restais sur ce tournage-là, jusqu’au bout. Dans les 1960, j’ai l’impression que tout le monde allait au cinéma voir les films qui sortaient. Aujourd’hui, il y a un tel afflux de contenu et d’information… Il y a moins d’attente pour un film qui sort sur grand écran.

Vous vous sentez proche de Sharon Tate?

J’ai vraiment aimé jouer le rôle d’une personne qui regarde Hollywood en y voyant toutes les possibilités, toutes les merveilles qui y sont possibles. Je me souviens avoir ressenti ça. Je me souviens m’être dit: “C’est tellement excitant. Je fais ce que j’aime, tout est tellement incroyable.” J’ai vécu la première fois de Raf, l’acteur polonais qui joue Roman Polanski, avec lui. C’était sa première fois à Los Angeles, sa première fois en Amérique. Et il était en train de tourner un film de Tarantino. J’ai eu ça quand j’ai fait “Le Loup de Wall Street”. C’était ma première fois en Amérique. C’était magique.

Dans une scène du film, vous jouez Sharon Tate qui découvre le film “Wrecking Crew” dont elle est l’héroïne au cinéma. Vous aussi vous êtes heureuse de vous voir à l’écran?

C’était étrange parce que j’ai vu “Once Upon a Time… in Hollywood” pour la première fois au Festival de Cannes. Je n’avais pas pensé en filmant la scène du cinéma dans le film qu’un jour, je serais probablement assise là et j’aurais exactement le même regard qu’elle. Ce n’est qu’en étant à Cannes, en écoutant les réactions des gens, en étant excitée, rassurée, nerveuse, que j’ai réalisé que je faisais exactement la même chose que Sharon qui se regardait jouer dans “Wrecking Crew”. C’était un moment surréaliste et bizarre.

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