Débarquement de Provence : la « part d’Afrique » de la France suffisamment valorisée ?

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Emmanuel Macron s’est rendu à Saint-Raphaël, dans le Sud de la France, pour célébrer le 75ème anniversaire du Débarquement de Provence. Il a rendu hommage aux combattants africains « trop souvent oubliés », selon les auteurs d’une tribune dans laquelle les signataires réclament plus de reconnaissance de l’État français envers les combattants d’Afrique. Retour sur les moments forts de cette journée, et réactions.
« La France a une part d’Afrique en elle ». Ce sont les mots d’Emmanuel Macron lors du 75ème anniversaire du Débarquement de Provence. Des mots forts, que le président français a prononcés en hommage aux troupes coloniales qui ont participé à la Libération de la France. Des dizaines de milliers de soldats « trop souvent oubliés » qui constituent « la part de l’identité française » comme l’a assuré le romancier David Diop ce 15 août, lors d’un discours dans le cadre de la cérémonie officielle.

Lauréat du prix Goncourt des lycéens 2018, l’auteur de « Frère d’âme », un roman sur les tirailleurs sénégalais a affirmé que les soldats africains étaient « les fils de leurs vies qui ont tissé les nôtres. Notre société a été façonnée par ces jeunes gens venus d’Outre-mer ».

Une cérémonie « à la hauteur »

Il y a encore un mois, personne ne pouvait imaginer un tel hommage. Le 5 juillet 2019, 22 personnalités signaient une tribune dans le journal Le Monde pour réclamer « un geste fort et symbolique » en l’honneur des combattants venus d’Afrique. Pour l’historien Pascal Blanchard, l’un des signataires de la tribune, c’est désormais chose faite. « Très clairement, cette commémoration avait été oubliée dans le programme officiel mais elle a été réorganisée, restructurée en moins de 45 jours par la Présidence de la République. Je trouve que la cérémonie a été à la hauteur de nos attentes. »

Qu’ils [les maires de France] fassent vivre, par le nom de nos rues et de nos places, par nos monuments et nos cérémonies, la mémoire de ces hommes.

Mais au-delà des discours, Pascal Blanchard attend des actes. L’historien s’est d’ailleurs réjoui de l’appel d’Emmanuel Macron aux maires de France « pour qu’ils fassent vivre, par le nom de nos rues et de nos places, par nos monuments et nos cérémonies, la mémoire de ces hommes qui rendent fiers toute l’Afrique et disent de la France ce qu’elle est profondément : un engagement, un attachement à la liberté et à la grandeur, un esprit de résistance qui unit dans le courage ».

Aïssata Seck, maire adjointe de Bondy en région parisienne, est l’une des signataires de la tribune publiée dans le journal Le Monde. En 2017, elle se bat pour obtenir la naturalisation de vingt-huit anciens tirailleurs sénégalais. Pour l’élue, “Sans la tribune, nous n’aurions pas eu de cérémonie”.
« Recommencer chaque année » l’hommage à l’armée d’Afrique

En 2004, Jacques Chirac avait déjà rendu un hommage fort aux troupes coloniales devant 16 chefs d’État africains. Treize ans plus tard, François Hollande facilitait l’accès à la naturalisation pour les anciens tirailleurs sénégalais.

Cela doit devenir quelque chose de normal comme de raconter l’histoire coloniale, l’histoire de l’esclavage, l’histoire de la Résistance ou de la Commune.

Pour Pascal Blanchard, cet événement doit prendre davantage de place dans l’Histoire de France. « Je ne pense pas qu’un bout de l’Histoire doit en remplacer un autre, cela doit devenir quelque chose de normal comme de raconter l’histoire coloniale, l’histoire de l’esclavage, l’histoire de la Résistance ou de la Commune. »

Pascal Blanchard estime qu’il faut ” recommencer chaque année ” de telles commémorations pour notamment permettre une prise de conscience nécessaire pour les jeunes générations. “Dire aux enfants de France qu’il y a 75 ans, certains se sont battus sur les plages de Provence pour notre liberté et avaient peut-être des noms à consonance d’Algérie, du Maroc, du Sénégal, de Polynésie, c’est fondamental. Ils ne peuvent pas le savoir de manière innée.”

Entretenir la mémoire et informer les jeunes générations, des combats également menés par Aïssata Seck : “Il faut intégrer cette histoire dans les manuels scolaires”, estime t-elle. ” Une nouvelle page de l’Histoire s’écrit ” selon Pascal Blanchard, un an avant le 60ème anniversaire de l’indépendance de la plupart des anciennes colonies françaises en Afrique, comme le Gabon et la Côte d’Ivoire.

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