Orientation des bacheliers : L’État tourne le dos au privé

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Les établissements du privé étaient habitués depuis 2013 à recevoir de nouveaux bacheliers. Ce qui leur a permis de récolter de l’Etat quelque 41 milliards francs. De l’argent qui va leur filer entre les doigts puisque le ministre de l’Enseignement supérieur a décidé pour cette année d’orienter tous les bacheliers vers les universités et établissements publics du supérieur.

Aucun nouveau bachelier ne sera orienté dans le privé pour l’année académique qui s’ouvre d’ici peu. Le ministre de l’Ensei­gnement supérieur en a fait l’annonce hier lors d’une rencontre au ministère à Diam­nia­dio. «Conformément à la décision du gouvernement du Sénégal, l’ensemble des nouveaux bacheliers de 2019 vont être orientés dans les établissements publics de l’enseignement supérieur», a en effet assuré Cheikh Omar Hanne, faisant savoir qu’une réunion de coordination des recteurs, élargie à l’ensemble des responsables d’établissements publics d’enseignement supérieur, s’est tenu en ce sens dans la matinée de jeudi pour une bonne rentrée académique. Cette décision fait suite à la position des responsables du supérieur privé qui ont dit perdre toute confiance au gouvernement après une collaboration de 6 ans. «Se lever un beau jour et dire qu’on sort vos étudiants parce que vous avez fait ce que vous avez dit mais on n’est pas sûr que pour les engagements pris vous allez les respecter (…) Eux ne sont pas contents, j’ai reçu des étudiants qui ne sont pas contents, nous aussi gouvernement nous ne sommes pas contents. Comme ils avaient dit que l’année prochaine ils ne prennent plus d’étudiants, je considère que c’était la bonne démarche», a ainsi martelé le ministre. Pour contenir l’afflux dans les établissements publics suite à cette décision, un plan d’urgence compte ainsi être déployé à quelques mois de la rentrée avec pour l’heure 52 mille 200 inscriptions sur la plateforme d’orientation Campu­sen pour un total de 57 mille 130 nouveaux bacheliers. «Pour permettre à nos universités et établissements publics de recevoir l’ensemble de ces bacheliers, le gouvernement s’est engagé à mettre en œuvre dans les meilleurs délais les actions suivantes : terminer l’ensemble des infrastructures relatives au programme d’extension des universités, terminer la construction et l’équipement des 100 laboratoires scientifiques, terminer et réceptionner 7 Eno (espaces numériques ouverts», a-t-il fait savoir. Il a encore déroulé une autre batterie de mesures tendant à améliorer les conditions pédagogiques et sociales dans les universités. «Le ministère mettra 200 postes d’enseignants et courant année 2020, va construire et équiper 200 nouveaux bureaux pour les enseignants dans nos universités. L’impor­tant programme de construction de résidences universitaires en cours dans les différentes universités sera réceptionné courant 2020 pour une bonne partie. Nous allons finaliser et équiper les amphithéâtres en cours de construction à l’université Gaston Berger et à l’université Assane Seck. Nous allons finaliser et équiper le restaurant universitaire en cours de construction à l’université de Bambey», fait savoir M. Hanne. Revenant sur l’ardoise due aux établissements privés, le ministre a assuré que l’Etat va respecter ses engagements. D’après le document remis par les organisateurs, entre 2013 et 2019, l’Etat a déboursé aux profits des dits établissements, la somme de 41 milliards 961 millions 683 mille 167 francs pour la prise en charge des étudiants orientés dans ces structures. Un reliquat de 4 milliards 512 millions reste à combler. «Le gouvernement a retenu de respecter ses engagements. Les 4 milliards vont être payés sur ces deux ans», a-t-il noté, faisant savoir que les bacheliers de 2017 et 2018 vont poursuivre leurs études dans les établissements où ils les ont entamés. M. Hanne a assuré que la mesure pourrait dans le temps être levée et auquel cas le gouvernement va prendre les garanties nécessaires. «On a près de 300 filières alors que seules 69 sont accréditées par l’Anaq-Sup ; ce qui fait que certains diplômes délivrés par ces écoles sont reconnus par l’Etat tandis que d’autres ne le sont pas. Un nouveau cahier des charges beaucoup plus corsé, avec des critères beaucoup plus pédagogiques, sera mis en place», a-t-il averti.

Par Alioune Badara – NDIAYE (Correspondant) – abndiaye@lequotidien.sn

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