Gadio sur l’Agenda 2063 : «L’Afrique n’a pas le temps d’attendre 50 ans»

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Cheikh Tidiane Gadio, qui reste optimiste sur l’avenir de l’Afrique, dénonce cependant le manque de stratégie de l’Afrique en dénigrant carrément l’agenda 2063. L’ancien ministre des Affaires étrangères fustige aussi avec la dernière énergie la balkanisation de l’Afrique.

Cheikh Tidiane Gadio a fortement dénigré l’agenda 2063 et tous les autres plans qui devraient permettre le développement des pays africains. L’ancien ministre des Affaires étrangères sous le régime de Wade, qui accuse les Occidentaux d’avoir causé le retard de l’Afrique, estime que l’Afrique doit penser par elle-même et pour elle-même. «… L’Afrique n’a malheureusement pas eu de stratégie de 1960 à nos jours. On a tout essayé. Une des premières grandes stratégies saluées par tout monde, c’était le plan de Lagos. A ce jour, un des meilleurs plans rédigés sur l’Afrique. Des acteurs extérieurs sont venus nous présenter un plan d’ajustement structurel. Ils nous ont demandé de tout arrêter et d’ajuster d’abord nos Etats. Nous les avons écoutés.

Et à la fin, ils ont plombé notre développement. Un pays comme la Côte d’ivoire, ils l’ont fait chuter de son piédestal de pays prospère africain. Et qu’est-ce qu’ils font ? Ils nous font un livre qu’ils appellent La décennie perdu du développement. C’est-à-dire eux-mêmes reconnaissent qu’ils nous ont fait perdre 10 ans. A ce jour, l’Afrique attend les excuses officielles …», a-t-il fortement décrié lors de la cérémonie de dédicace du livre Bienvenue en Afrique, le chantier du siècle de Jean Louis Roy. Un livre qui annonce que l’Afrique sera bénéficiaire des deux mutations en cours qui transforment radicalement notre monde : le basculement de la richesse de l’Ouest vers l’Est et le Sud de la planète et le déploiement universel de l’ère numérique. M. Gadio d’ajouter : «J’ai dit mes problèmes par rapport à l’agenda 2063. Je trouve qu’il y a un choc psychologique à écouter la formule Agenda 2063. Le monde est sous le coup de l’urgence et de la vitesse. La compétition est rude. Tout le monde va très vite pour se positionner dans ce qu’on appelle The word global players, c’est-à-dire le monde des acteurs globaux. C’est-à-dire l’Inde, la Chine, le Brésil, les Etats-Unis. L’Afrique n’a pas le temps d’attendre 50 ans pour prendre sa part dans ce monde ? Si on le fait, les gens risquent de venir prendre leur part d’Afrique. Et il est temps que les Africains comprennent qu’on est sur le coup de l’urgence.»

Contre la balkanisation de l’Afrique

Et justement, Gadio encourage la coopération Asie-Afrique qui est à ses yeux plus bénéfique puisque, comme souligné dans le livre Bienvenu en Afrique, le chantier du siècle, la coopération entre l’Occident et l’Afrique «ça n’a pas marché, ça ne marche pas et ça ne marchera pas». Et à la page 73 du livre, il est mentionné : «Le continent dispose de nouveaux partenaires financiers, économiques et commerciaux, notamment asiatiques qui le pensent à la fois comme un marché solvable en pleine expansion et aussi comme un réservoir de ressources naturelles. Cette dualité de perspectives n’a jamais été présente dans la vision européenne de l’Afrique.» Le continent bénéficie pour une première fois de conditions favorables. Il bénéficie des tarifs chinois et indiens, substantiellement inférieurs à ceux des Occidentaux et aussi de capitaux qui lui ont fait défaut ce dernier siècle.

Par ailleurs, pour Cheikh Tidiane Gadio qui réclame une union africaine, il y a un problème à souligner : la balkanisation de l’Afrique. Un problème qu’il considère comme un frein majeur à tous les rêves de grandeur et de futur radieux de l’Afrique. «En 1963, Nkrumah adressait son discours d’unité à trente-deux pays. Aujourd’hui, nous sommes 54 pays», dit-il avant de lister des pays divisés. «Et il y a des gens qui n’auront la paix que quand le Soudan sera en 3. Ils nous avaient dit que le Soudan est trop grand, ils ont détaché le Sud. Et après ça, nous avons une guerre civile qui a fait 20 millions de morts. Des intellectuels sont en train de théoriser que la Rd Congo ne marche pas depuis 1960, parce que c’est trop grand, trop gros, trop riche pour les Africains. Il faut créer au moins dix Etats en Rd Congo. D’autres qui disent que la Fédération du Nigeria peut connaître des éclaircies, mais ne sera jamais la locomotive que nous attendons de l’Afrique. Il faut casser la Fédération du Nigeria en une dizaine de pays», a-t-il dénoncé avec la dernière énergie. Il a aussi évoqué le cas du Mali qui est en train d’être divisé en deux et le cas du Sénégal qui a quand même réussi à échapper.

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