«Siroul Akbar», l’impénétrable Secret de Baye Niass

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IGFM – «Siroul Akbar» (grand Secret)» reste incontestablement la chasse gardée des soufis de la Fayda Al Tidiania. Révélations sur l’impénétrable Secret de Baye Niass.

Sur les escaliers, les marches semblent se dérober sous les pieds. Au premier étage, un local aménagé fait office de bureau du directeur de l’école. Mbaye Thiam, historien et ancien proviseur du lycée Valdiodio Ndiaye, pianote sur son ordinateur. En grand boubou léger et un bonnet rouge, le disciple de Baye reçoit avec un calme déconcertant. Mais il a fallu qu’on expose le motif de notre visite, le «Siroul Akbar», pour qu’il se décompose littéralement. Il entonne : «On peut aborder les autres sujets. Sauf «Siroul Akbar». Nous poussons la curiosité plus loin pour tenter de percer l’objet de son refus. Mbaye Thiam se fait plus précis : «Je n’ai pas l’autorisation d’en parler.» Il conçoit tout de même de nous mettre en relation avec un nommé Baye Mar. «C’est le bras-droit de Baba Lamine Niass, il pourra vous en dire quelque chose», lâche-t-il. Malgré notre insistance, l’historien, qui a beaucoup travaillé sur la vie et l’œuvre de Baye Niass, ne veut pas en piper mot et nous renvoie à Baye Mar.

Un coup de fil plus tard, le rendez-vous avec le bras droit de Baba Lamine Niasse (fils de Baye Niasse et représentant du Khalife général de Médina Baye à Dakar) est calé. En cette veille de Gamou où Médina Baye commence déjà à accueillir du monde, il faut se démener pour se déplacer, souvent à l’aide d’une moto-Jakarta.

Serein et courtois, dans un sabador blanc, Baye Mar nous accueille dans son bureau niché sur la terrasse d’une garderie d’enfants baptisée Cheikh Al Islam. Comme Mbaye Thiam, le bras droit de Baba Lamine Niass est lui aussi catégorique. «Pour que je puisse parler de «Siroul Akbar», il faut avoir le «Ndigeul» (l’aval) de la hiérarchie. Parce que c’est un secret. Et comme le nom l’indique, un secret reste un secret». Le mot est lâché…

On en démord pas, mû par l’envie de démêler l’écheveau, on est allé voir ailleurs, rencontrer d’autres Moukhadams et Cheikhs en mesure de briser le silence. Ainsi, après quelques kilomètres, après avoir toqué à plusieurs portes à Médina Baye, interpellé des Cheikhs et Moukhadams, c’était toujours mystère et boule de gomme. Le «Sirou Akbar» est resté impénétrable. Le «Grand Secret» demeure inviolable, énigmatique…

Le sujet requiert un certain degré d’élévation pour comprendre les tenants et aboutissants, pourtant couchés noir sur blanc sur des feuilles par le fondateur de la Faydatou Al Tidiania, Cheikh Ibrahima Niass.

«Parler du «Siroul Akbar» revient à livrer des secrets d’État»

Assis dans un des moelleux salons de son domicile sis au quartier Léona Niassène de Kaolack en face de la «Zawiya» de son grand-père, El Hadji Abdoulaye Niass, Cheikh Mounhamina Niass, fils de Baye et président de «Jamhiyatu Ansarud-din» (communauté en aide à l’Islam), invite ses hôtes du jour à s’installer sur le tapis en satin bariolé, en compagnie de son frangin, Serigne Abdoul Lahat Ibrahim Niass. Et après avoir écouté religieusement les questions, le directeur adjoint de l’institut islamique El Hadji Abdoulaye Niass de Kaolack prend la parole. «Concernant le Sirou Akbar, je vous conseille d’aller voir notre grand frère, Serigne Makhi Niass. Il est à la fois philosophe et érudit. Il pourra répondre à votre question. Sans pour autant heurter les sensibilités. Sachez seulement que le Sirou Akbar, c’est la Constitution de la Fayda. Demandez à un connaisseur ce qu’est le Siroul Akbar, reviendrait à demander à Macky Sall de vous livrer des secrets d’État. C’est comme si vous demandiez à une personne de vous décrire l’intérieur, le contenu, de son ventre», explique Cheikh Mounhamina Niass.

Le marabout de rappeler : «Un Saoudien était venu étudier à Médina Baye. À la fin de son cursus, on lui a remis en guise de «adiya» un exemplaire du «Siroul Akbar» écrit par Baye Niass. Une fois de retour, il a voulu éditer l’ouvrage. Mais jusqu’au moment où je vous parle, rien n’est fait. Les rares personnes qui ont eu à jeter un coup d’œil sur le texte, n’en parlent même pas. Ils ouvrent et referment le document et sont passés à autre chose. Baye disait que «Sirou Akbar» lui est tombé dessus comme une sorte de décharge électrique qu’il a étalée sur du papier. Une sorte de «Waarid» (révélation chez les prophètes) qui lui est tombée dessus.»

À Médina Baye, il se susurre que «Siroul Akbar» cacherait en lui-même des secrets ésotériques et exotériques incommensurables. Mieux, c’est un pôle caché qui reste la chasse gardée des initiés, de cette rare race de talibés Baye qui ont fait le «tarbiya» et continuent de s’abreuver à la Faydatou al Tidiania.

Toujours est-il que parmi les Cheikhs ou Moukhadams, il n’est pas donné à tout le monde d’en parler. Il est donc «recommandé» à tout disciple de s’abstenir d’en parler, en public ou en privé, surtout devant des profanes. Qui pourraient en faire des commentaires. Sans pour autant en cerner les contours. À leurs risques et périls…

IBRAHIMA KANDE (ENVOYE SPECIAL A MEDINA BAYE)

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