ABSENCE DE POSTE DE SANTE, D’INFIRMIERS, DE SAGES-FEMMES… Les misères des populations de Diougop

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Situé dans la commune rurale de Gandon, dans le département de Saint-Louis, le site de recasement des sinistrés de la langue de Barbarie du village de Diougop est dépourvu de presque toutes infrastructures de base. Hormis l’eau, les toilettes et l’électricité mis à la disposition des 580 sinistrés, il n’y a aucune structure sanitaire et ou scolaire à même de prendre en charge les besoins des populations. Une visite de terrain organisée hier par le Fonds des Nations Unies pour la population (Unfpa) a permis de découvrir les mille et un maux de ce site de recasement.

Une ruelle sablonneuse mène au village de Diougop, dans la commune rurale de Gandon. Dans ce grand désert où il manque presque de tout, seuls les arbustes parsemés tout au long de la route, ornent de décor. Situé à 12 km de Saint-Louis, ce village abrite le site de recasement des sinistrés de la langue de Barbarie. Ils sont 580 sinistrés vivant dans cet endroit qui peut abriter jusqu’à 800 personnes. Ils logent sous des tentes provisoires qui abritent chacune 5 personnes.

Ce site dispose, en effet, de 15 abris provisoires et de 8 salles de classe qui ne le sont que de nom. Il n’y a pas de tables-bancs, encore moins de tableau. Les enfants sont assis à même le sol pour étudier. Les grandes feuilles blanches étalées sur les tentes leur servent de tableau. ‘’Nous voulons des tables-bancs. Nous avons besoin d’appui pour aider ces enfants’’, formule d’emblée le chef du village, El Hadj Babacar Bâ.

En plus de ce manque criard d’infrastructures de base, la prise en charge des femmes en âge de reproduction fait défaut dans cette localité qui ne dispose pas, jusqu’ici, de poste de santé, encore moins de personnel soignant. Ici, les femmes enceintes sont obligées d’aller jusqu’à Ngalèle ou de parcourir 16 km pour rallier le centre de santé Ousmane Ngom, pour leur visite prénatale ou pour accoucher. Cela, à défaut de rallier l’université Gaston Berger. ‘’Le site est enclavé. Pour faire les visites prénatales, c’est la croix et la bannière pour les femmes enceintes. Elles peinent à se déplacer, parce qu’il faut aller jusqu’à la route principale pour trouver un véhicule. Déjà, pour sortir de ce site, la route est impraticable. On peut passer des heures avant d’atteindre la route principale. Elles sont aidées parfois par le président du site qui a un véhicule. Mais quand il est en déplacement, c’est le calvaire total’’, déplore la secrétaire générale du site, Michelle Guèye.

Cette situation fait que, souvent, beaucoup de femmes enceintes accouchent à domicile avec tous les risques que cela comporte. ‘’Cela fait 4 mois que nous sommes sur les lieux. Nous avons déjà enregistré deux accouchements à domicile. L’autre cas malheureux que nous avons eu, c’est une fille qui a une grossesse précoce. Elle a eu des contractions la nuit et a commencé le travail. Nous étions incapables de l’évacuer au poste de santé à cette heure. Il n’y avait personne pour l’aider. Le lendemain, quand nous sommes arrivés à l’hôpital, l’enfant était déjà mort dans le ventre de sa maman. Heureusement, la fille a pu être sauvée’’, relate Michelle Guèye.

Des situations déplorables qui en disent long sur le calvaire de ces sinistrés, qui n’en réclament pas moins l’érection d’un poste de santé provisoire dans ce site de recasement. Et la mise à leur disposition d’une ambulance pour l’évacuation des malades. ‘’C’est une urgence. Nous sommes vraiment à bout de souffle. Nous ne voulons plus voir certains d’entre nous souffrir à cause de ces impairs. L’urgence, c’est le poste de santé provisoire, une sage-femme, une ambulance ou une voiture à notre disposition. Le temps que le projet finisse. Nous savons que le kit santé est inclus dans son programme, mais nous ne pouvons pas attendre’’, rumine Mme Guèye.

Confrontés également à un défaut d’éclairage public, les sinistrés de Diougop invitent les autorités compétentes à se saisir de cette question. Dans ce village, il est risqué, pour les populations, de se déplacer la nuit. ‘’Même quand nous allons en ville pour le travail, nous sommes obligées de rentrer très tôt. Nous abandonnons notre gagne-pain pour ne pas arriver la nuit. Dans ce cas, il vaut mieux passer la nuit à Saint-Louis’’, explique la chargée de l’information et de la communication du site. Seynabou Diouf demande ainsi aux autorités l’installation de lampadaires pour permettre aux populations de pouvoir se déplacer la nuit, en cas d’urgence.

Issus de familles le plus souvent démunies, les relogés de la langue de Barbarie font également face à un problème de subsistance. Les seules activités génératrices de revenus auxquelles s’activent les femmes du village, c’est la vente de poisson et la transformation des produits halieutiques. Or, ces activités ne sont que saisonnières. ‘’Nous avons d’énormes difficultés pour joindre les deux bouts. Les hommes n’ayant d’autre activité que la pêche, passent la plupart de l’année à croiser les bras. Nous sommes obligés de nous prendre en charge et de subvenir aux besoins de la famille. Nous nous occupons même de la scolarité des enfants. Le site ne disposant pas de lycée, nous sommes obligées de garder nos enfants chez nos parents à Saint-Louis. C’est difficile, mais nous n’avons pas le choix’’, se résigne la chargée de l’information.

Installé il y a quatre mois de cela, ce village de recasement croule déjà sous le poids des ordures. Les populations n’ayant pas de système de ramassage et de traitement des ordures ménagères, n’ont d’autres choix que de les jeter. ‘’Nous ne disposons pas de bacs à ordures. Il faut qu’une solution puisse être trouvée dans les brefs délais. Ces ordures sont sources de maladies. Parce que les habitants du village versent leurs ordures derrières leurs logements. Dès que le vent souffle, tout se disperse dans l’enceinte du site. C’est anormal. Nous respirons également l’odeur nauséabonde de ces ordures. Qu’on nous trouve des bacs à ordures’’, réclame Yago Ndiaye, la ‘’bajenu gox’’ du site.

Chassés de la langue de Barbarie par la furie des vagues qui ont démoli leurs maisons, ces sinistrés ont été relogés dans ce village le 25 juillet dernier. Ceci, avec l’aide de l’Agence de développement municipale (Adm). Ces familles, explique l’environnementaliste Insa Fall, n’habiteront pas ad vitam æternam dans ces unités mobiles dont la durée de vie est estimée à trois ans, tout au plus. Elles y résideront le temps que les logements sociaux soient construits à proximité.

En effet, sur le site de Diougop, le projet prévoit la construction de maisons en dur avec toutes les commodités nécessaires, pour permettre à ces familles de bénéficier d’un cadre de vie propice, viable, sécurisé, moderne et agréable. Insa Fall assure que les sinistrés seront tous relogés de façon définitive, dès que les travaux d’aménagement et de construction des logements sociaux seront terminés. Au total, précise-t-il, 600 maisons en dur seront construites et leur seront attribuées. Et l’environnementaliste de préciser que l’appel d’offres sera lancé prochainement pour sélectionner l’entreprise qui va démarrer les travaux pour le relogement définitif, l’aménagement de routes et l’électrification.

Ce site est susceptible d’accueillir au moins 10 000 personnes, souligne-t-il. Mais, précise-t-il, le relogement définitif ne prendra pas seulement en compte les sinistrés se trouvant actuellement sur le site. Le projet prévoit de reloger à Diougop tous les habitants dont les maisons se trouvent sur la bande de sécurité de 20 mètres de large longeant le littoral de la langue de Barbarie. Pour accompagner les sinistrés qui ont presque tout perdu, le projet prévoit également des activités génératrices de revenus (Agr) et autres projets d’investissements communautaires comme les kits d’éducation et de santé ‘’Ces populations vivaient essentiellement de la pêche. On les a amenées sur la terre ferme, très loin de leur activité. C’est pourquoi le projet a prévu de les encadrer et d’initier des Agr’’, indique Insa Fall.

3 QUESTIONS A

SEYNABOU NDIAYE, MEDECIN-CHEF DE REGION

‘’Ces populations ont besoin d’une prise en charge continue’’

L’urgence, pour les sinistrés, c’est une meilleure prise en charge des femmes en âge de reproduction. Que comptez-vous faire ?

Quand on parle d’urgence, c’est des mesures à très court terme. Il y a des prévisions pour les populations déplacées à moyen et long terme. Il y a la création du poste de santé qui est prévue. Mais c’est des populations qui sont déjà là et vraiment, on doit faire en sorte que ces besoins soient satisfaits. Surtout pour cette composition qui est la santé de la reproduction et de l’enfant.

C’est vrai que nous allons inscrire des actions dans le Bta 2020 avec l’Unfpa. Mais il y a des stratégies avancées effectuées au niveau de cette zone. Nous allons les intégrer dans l’équipe mobile. Parce que nous avons 3 équipes mobiles pour mailler toute la région et qui offrent justement ces services de santé de la reproduction dans le cadre du suivi Sr des femmes pour les consultations prénatales et tout ce qui concerne la planification familiale avec la méthode de longue durée. Nous allons procéder à la gratuité de tous ces soins, dans un premier temps. Je pense qu’en urgence, nous allons inscrire la visite auprès de ces populations.

C’est vrai que ces équipes ont besoin d’une prise en charge continue, pour ce qui concerne le transport. A Saint-Louis, nous avons l’antenne régionale. Nous allons mobiliser l’antenne régionale Samu pour cette localité. Quand on appelle le 1515, c’est l’antenne régionale qui répond pour pouvoir suppléer aux transferts et aux références de nos patients. Donc, nous allons sensibiliser les populations à travers ce que nous allons faire, pour les inciter à utiliser ce numéro et sensibiliser l’antenne de l’équipe régionale pour une prise en charge rapide. Bien vrai qu’il y a un coût, mais nous allons le mettre dans le volet prise en charge de personnes vulnérables pour pallier, en attendant ce problème de transport.

Ils veulent également une ambulance. Est-ce que la région médicale est dans les dispositions de satisfaire cette demande ?

Nous allons essayer aussi de sensibiliser les collectivités territoriales. Je sais qu’à de la mairie de Saint-Louis, il y a des ambulances disponibles. Nous allons voir avec le maire pour qu’il y ait une ambulance de façon continue au niveau de cette zone, pour pallier les urgences. Nous allons aussi sensibiliser les postes de poche en poche pour leur permettre d’utiliser leur ambulance en cas de besoin.

Donc, nous allons instruire au médecin-chef de district d’intégrer des références, pour qu’il y ait un point focal de la population. Celui-ci est chargé d’appeler l’infirmier chef de poste le plus proche pour pouvoir bénéficier d’une ambulance, mais aussi des références pour les patients qui auraient besoin d’aller rapidement aux structures de santé. Parce que satisfaire les besoins en Sr, c’est une urgence pour ces populations.

Donc, nous allons tout faire, en attendant de planifier avec le partenaire pour voir des mesures beaucoup plus pérennes dans cette zone. Maintenant, on a une nouvelle approche, c’est d’être à l’écoute des communautés. La dernière fois, nous avons eu à restituer une étude sur le profil type de la femme qui utilise les services Sr dans le département de Saint-Louis. Nous avons pu mettre des déterminants à partir de ces profils. Cela va nous permettre d’avoir une idée.

Vous avez lancé une approche à Saint-Louis qui est de changer la perception que la population a des sages-femmes. Comment comptez-vous y arriver, sachant qu’elles n’ont pas toujours bonne presse ?

Pour pouvoir recueillir toutes ces informations, nous allons à la rencontre des personnes qui utilisent les services. Parce que sur le plan de la technique, il n’y a pas de problème. Mais c’est plutôt sur le plan accueil, prise en charge, connaissance des services que nous avons des difficultés. Donc, pour répondre au client, il nous faut l’écouter pour savoir réellement son besoin. C’est une nouvelle approche, pour nous. C’est sur cette base que nous avons élaboré un plan de communication. Nous avons fait une enquête avec un autre partenaire pour voir comment les populations perçoivent nos informations et comment elles comprennent les choses pour délivrer des messages. Parce qu’on se rend compte que c’est de plus en plus difficile.

D’ailleurs, on a une grande recommandation au niveau de la région : on voudrait vraiment que cette perception de la sage-femme puisse changer. Donc, nous allons voir comment professionnaliser cette profession et faire en sorte que les femmes puissent accepter d’aller vers les sages-femmes sans préjugés. Parce que c’est extrêmement important. Nous allons travailler avec les sages-femmes afin qu’elles puissent mieux comprendre comment approcher nos populations et faire tomber ces barrières. Je pense que nous devons, de plus en plus, aller vers l’efficience. Nous n’avons pas beaucoup de moyens ; nous allons utiliser le peu dont nous disposons pour avoir les meilleurs résultats. Il est temps, parce que les ressources se font rares. On va prendre les initiatives et voir avec l’Unfpa afin de trouver une expérience qu’on peut mettre à l’échelle pour les autres régions où nous trouvons des populations vulnérables et déplacées.

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