RETROSPECTIVE SANTE 2019 – L’année des divergences

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2020 s’annonce ! 2019 a connu moult brouilles entre les deux acteurs du secteur, notamment le ministère de tutelle et le Conseil national de l’Ordre des médecins du Sénégal. Des actes forts ont aussi été posés, notamment la signature du décret portant nomination des membres du Conseil national du don et de la transplantation d’organe.

Le secteur de la santé a été jalonné de faits marquants, tout au long de l’année 2019. Des faits parfois plus hilarants les uns que les autres. Commençons par le plus récent. Le ministère de la Santé et de l’Action sociale (Msas) et les médecins du Sénégal (Onms) sont à couteaux tirés sur la question du renouvellement de l’ordre, au moment où, dans les hôpitaux, les Sénégalais peinent à se soigner convenablement.

Pourtant, ces deux institutions doivent travailler en étroite collaboration, pour le bien des populations. A la place, c’est une guerre qui ne dit pas son nom. Tout a commencé au mois d’octobre. L’Onms a lancé un appel à candidatures pour les élections de renouvellement des organes de l’ordre. Il a reçu une note de son ministère lui demandant d’annuler pour régler certains préalables. Les élections du 26 octobre sont aussitôt reportées, pour une deuxième fois, après le renvoi du 15 juin.

Malgré les multiples rencontres entre les deux parties au ministère, une solution n’est pas jusqu’ici trouvée. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase tout récemment, est le communiqué du Msas fixant la date des élections le 25 janvier 2020. Ce communiqué précise que tous les membres du bureau seront remplacés. Ce que l’Onms voit comme une violation de la loi 66-09 qui dispose qu’aucune décision concernant l’ordre ne peut être prise sans l’avis du conseil, que le renouvellement intégral pourrait déstabiliser l’ordre et n’a aucun fondement juridique (cf. décret de nomination de la commission pour un renouvellement partiel). D’autant plus que le vote par listes serait un précédent dangereux (malgré le décret de 1973 qui n’a jamais été appliqué).

Les tiraillements

Le Msas invoque la décision de la Cour d’appel pour justifier sa posture. En sa séance du 2 juillet 2015, il a été rendu l’arrêt n°1 annulant les élections de renouvellement partiel du Conseil de l’Ordre national des médecins du Sénégal, qui s’étaient tenues le 20 décembre 2014. Le conseil actuel veut, dans le processus de mise en place et de renouvellement des organes de l’ordre, se substituer au ministère de la Santé et à la commission prévue par le décret d’application de la loi portant exercice de la médecine et à l’Ordre des médecins. Cela, dit-on, va à l’encontre des dispositions du décret n°68-701 du 18 juin 1968 qui énonce qu’elle devrait être assurée à la demande du ministre de la Santé publique et des Affaires sociales par les membres d’une commission (cf. décret n° 68-349 du 22 avril 1968).

C’est précisément pour cette raison que les élections prévues le 26 octobre ont été reportées, à cause de la signature, le 15 octobre 2019, du décret n°2019-1727, portant nomination de la commission chargée de l’organisation du renouvellement des organes de l’Ordre des médecins. En tout cas, depuis 1976, l’Onms a toujours organisé ses propres élections. Le conseil est renouvelé partiellement, comme le stipule la loi. En 2019, le Msas veut changer la donne. Au profit de qui ? Au détriment de qui ? Les mois à venir seront édifiants.

Arrivée du bateau ‘’Mercy Africa’’

L’année 2019 est aussi spécialement marquée par l’arrivée du bateau-hôpital ‘’Mercy Africa’’. Une belle occasion pour les patients qui n’ont pas les moyens de se soigner. C’est le 1er octobre 2017 que le gouvernement du Sénégal et l’organisation internationale non gouvernementale Mercy Ships ont paraphé un protocole de partenariat. Celui-ci a permis l’arrivée, en 2019, du plus grand navire-hôpital du monde à Dakar, le ‘’Mercy Africa’’.

A travers ce protocole, l’organisation est tenue de mettre à la disposition de l’Etat du Sénégal son navire hospitalier pour une durée de 10 mois. Le bateau a accosté au port de Dakar, le 14 août dernier, pour apporter gratuitement divers soins médicaux à 300 patients sélectionnés dans tout le Sénégal. Tout semblait rouler comme sur des roulettes, sauf qu’un acte fondamental a été omis par les professionnels de ce bateau, pour mieux accomplir leur mission : l’inscription dans les différents ordres du Sénégal. C’est-à-dire à l’Ordre des médecins, l’Ordre des pharmaciens et celui des chirurgiens-dentistes (Inter-ordre). La brouille entre le Msas et l’Onms n’a pas commencé avec l’histoire des élections. Mais un peu plus tôt avec l’affaire du bateau ‘’Mercy Africa’’. La loi 66-69 du 4 juillet 1966 relative à l’exercice de la médecine stipule qu’un professionnel étranger dont son diplôme n’est pas homologué au Sénégal, doit obligatoirement s’inscrire dans l’ordre auquel il appartient, pour pouvoir exercer dans le pays. Des dispositions que Mercy Ships n’a pas respectées, faisant dire à l’Inter-ordre que l’Ong travaille en totale illégalité, avant de mettre le Msas et le gouvernement en face de leurs responsabilités.

Du côté du ministère de la Santé et de l’Action sociale, l’on juge que les institutions ordinales sont allées très vite en besogne. Le directeur de cabinet du ministre, Docteur Aloyse Waly Diouf, a même soutenu qu’ils étaient en train de compiler les dossiers pour les envoyer aux différents ordres. Selon Dr Diouf, ils ont écrit aux différents ordres pour leur annoncer la venue de ce bateau. Ils leur ont répondu en donnant les documents à envoyer plus un montant qui servait de cotisation par agent. Le ministre, explique-t-il, leur a réécrit pour dire que c’est une action humanitaire. Par conséquent, ils ne peuvent pas demander de l’argent. ‘’Ils ont répondu en disant que ce n’est pas grave pour les cotisations. Mais qu’on leur envoie les dossiers. Les techniciens de Mercy Ships ne sont pas arrivés en même temps que le bateau. Ce sont des gens qui viennent faire trois à quatre semaines, repartir et d’autres arrivent. Donc, nous sommes en train de recouper la liste des documents de la première équipe. Nous travaillons à les leur envoyer pour que tout se passe selon les règles de l’art’’, précise Dr Diouf.

Mais jusqu’à ce jour, ce travail n’a pas été fait.

Conseil national du don et de la transplantation

La signature du décret 2019-842 du 30 avril 2019, portant nomination des membres du Conseil national du don et de la transplantation d’organe a aussi marqué le secteur de la santé. Ce décret va rendre effective la transplantation rénale. Votée en décembre 2015, la loi n°2015-22 du 8 décembre 2015 relative au don, prélèvement et à la transplantation d’organes et aux greffes de tissus humains a tardé à être appliquée. Les malades rénaux qui font la dialyse seront bientôt soulagés. A côté de ces personnes, il y en a qui doivent faire la dialyse, mais qui sont sur la liste d’attente. Tous ces problèmes doivent être réglés par la transplantation rénale qui n’est pas toujours effective.

En effet, toutes les tranches d’âges sont touchées et les personnes âgées sont les plus exposées à la maladie rénale chronique. C’est pourquoi il urge de commencer la transplantation. Le néphrologue à l’hôpital Aristide Le Dantec, Professeur El Hadj Fary Kâ, a rassuré que sur le plan institutionnel et médical, toutes les conditions sont réunies pour effectuer cette greffe. Ainsi, le pays va vers la transplantation de donneur vivant.

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APPROVISIONNEMENT EN MEDICAMENTS

2019, l’année des ruptures

Dans le secteur de la santé, l’année 2019 a aussi été marquée par des ruptures de médicaments qui, par moments, ont constitué un véritable danger pour les malades.

VIVIANE DIATTA

En dépit des bisbilles qu’il y a eu entre le ministère de tutelle et l’Ordre national des médecins du Sénégal, 2019 a été une année stable pour le secteur de la santé. Cependant, les ruptures de médicaments ont été récurrentes, cette année. Cela, au point que la Direction de la pharmacie et du médicament (Dpm) avait sonné l’alerte. A l’origine, un différend entre les douanes et les grossistes-répartiteurs pharmaceutiques du Sénégal qui a plongé le pays dans une situation très précaire.

En effet, un contentieux sur l’introduction dans le pays de produits médicamenteux, d’une valeur de 38 milliards de F Cfa, pourrait aboutir à la fermeture de plusieurs pharmacies. Les douaniers reprochent aux grossistes d’avoir effectué des importations de médicaments sans autorisation sur le marché en vigueur. ‘’Cette situation risque de se répercuter sur les malades. À en croire le directeur de la Pharmacie et du médicament, Pr. Yérim Mbagnick Diop, si les pharmacies arrêtent leurs importations de 800 molécules, en moins d’une semaine, on verra des gens mourir dans ce pays’’, a-t-il récemment prévenu. Quand les officines de pharmacie sont frappées de pénurie au point de susciter une rupture nationale de médicaments, il y a de quoi s’inquiéter. Pour Abdoulaye Diouf Sarr, aucune procédure ne peut justifier une rupture de médicaments. ‘’La rupture, cela a été ma préoccupation. Parce que j’estime qu’entre la Dpm, la Pharmacie nationale d’approvisionnement (Pna) et les établissements publics de santé, ainsi que les districts et l’ensemble des acteurs, il doit y avoir une coordination telle qu’on ait de manière permanente des médicaments disponibles’’.

En effet, pour le ministre de la Santé, la question de la disponibilité du médicament est une obligation de résultat.

Dans le cadre de la lutte contre les maladies évitables et à soins coûteux, le pays a mis en échelle, en 2019, dans son Programme élargi de vaccination, le vaccin contre le virus du papillome humain. Ce virus est l’agent causal retrouvé dans la quasi-totalité des cas de cancer du col de l’utérus. Ce vaccin permet de lutter contre 70 % des virus incriminés dans la survenue de ce mal qui demeure bien un fardeau tant humain que socio-économique. Actuellement, plus de 150 mille filles ont été vaccinées, depuis le début de l’année, sans effets secondaires majeurs. En plus, la gratuité de la chimiothérapie pour le traitement du cancer du sein et du col de l’utérus est entrée en vigueur.

Cette année a vu également la réduction de 60 % du coût du traitement de la prostate, broncho-Orl, digestifs et de l’enfant. 2019 est aussi marquée par la signature du décret n°2019-2040 du 4 décembre 2019 portant changement de dénomination de l’hôpital général de Grand-Yoff, désormais appelé hôpital Idrissa Pouye.

VIVIANE DIATTA

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