CONVENTION DE FINANCEMENT – Amadou Hott, Monsieur signature

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Il ne se passe presque pas une semaine sans le voir parapher des conventions par-ci, des accords de financement par-là. Ainsi, en un laps de temps, l’ancien vice-président de la BAD, ancien DG du Fonsis, le nouveau ministre de l’Economie, du Plan et de la Coopération, Amadou Hott, parvient certes à aider son gouvernement à trouver des financements, contribuant ainsi à creuser l’abcès que constitue l’endettement du Sénégal.

Décidément, le ministre de l’Economie, du Plan et de la Coopération, Amadou Hott, ne semble nullement ébranlé par les multiples critiques relatives à l’endettement galopant du Sénégal. Pendant que nombre d’observateurs tirent la sonnette d’alarme, lui semble se livrer à une véritable course contre la montre, dans la signature d’accords de financement. A quel coût ? Pour combien de temps ? Les questions foisonnent, mais sont généralement sans réponse. Sur les différents supports de communication de ce département stratégique, l’on se borne souvent à annoncer des sommes mirobolantes promises à l’Etat du Sénégal par des bailleurs, loin d’être des enfants de chœur.

Hier, vers les coups de 20 h, c’est sur leur page Facebook que les amis d’Amadou Hott ont annoncé la toute nouvelle prouesse de leur mentor. Il s’agit d’un accord de 238 millions d’euros, soit plus de 154 milliards de francs CFA, pour le financement du stade olympique de Diamniadio, conclu avec Standard Chatered Bank. Selon le post, les travaux de ce nouveau joyau vont être lancés ce 20 février et vont durer 17 mois.

Même si l’opinion s’est toujours plainte du déficit criard en infrastructures sportives, il n’en demeure pas moins que les conditions peu transparentes, dans lesquelles le gouvernement engage le Sénégal, sont sujettes à moult suspicions. Une chose semble sûre : de l’avis de l’économiste Meïssa Babou, il y a de fortes chances pour que ce soit à un coût très onéreux. ‘’La situation dans laquelle se trouve le Sénégal, prévient-il, n’est pas du tout favorable. L’Etat peut continuer à signer, mais ça risque d’être extrêmement cher, car le Sénégal a déjà un endettement très élevé qui avoisine les 65 % de son produit intérieur brut. Encore une fois, un pays peut même s’endetter à 100 %. Le problème, avec le Sénégal, est qu’il ne dispose pas de suffisamment de ressources propres pour faire face à son endettement’’.

A en croire l’économiste, si le pays pouvait créer les ressources nécessaires au remboursement de sa dette, il n’y aurait pas eu de problème. Mais, argue-t-il, ‘’nous ne vivons que de taxes et n’avons pas les moyens pour faire face à cet endettement outrancier’’.

Mais pourquoi alors prêter à un pays qui peine à trouver assez de ressources pour payer ? Pour les gens du gouvernement, c’est là une des preuves palpables que le Sénégal a encore les moyens de sa politique d’endettement. En conséquence, toutes les contestations ne seraient que l’œuvre de personnes malintentionnées qui en voudraient au régime. Meïssa Babou voit au-delà. Il s’interroge : ‘’Je me demande si on n’est pas en train de prendre des engagements sur la base du pétrole qui va venir. Si c’est le cas, nous sommes en train de bazarder les ressources de ce pays qui devraient profiter aux générations actuelles et futures, non d’apurer une dette injustement contractée à travers des accords plus que léonins.’’

D’ores et déjà, il faut savoir, rappelle le Pr. Babou, que les banques et marchés financiers ne prêtent pas à des taux concessionnels. ‘’Généralement, ce sont les banques de développement ou certains pays qui font des prêts à des taux concessionnels. Avec les banques, c’est sûr que cela risque d’être encore plus cher’’.

D’ailleurs, dans sa politique d’endettement, le Sénégal sait aussi recourir auxdites banques de développement, comme la BAD, qui est un de ses partenaires privilégiés. Il n’y a pas longtemps, justement, Amadou Hott, toujours dans sa course à la signature des conventions, paraphait un autre accord avec cette institution régionale. Intitulé ‘’Accord d’appui budgétaire’’, ce financement portait sur 40,9 milliards de francs CFA et devait être orienté dans le financement du Programme d’appui à la mobilisation des ressources et à l’efficacité des réformes stratégiques du Plan Sénégal émergent (PSE) phase 1. ‘’Ce programme est la première phase d’une série de trois opérations constituant un appui budgétaire programmatique qui couvre les exercices budgétaires de 2019, 2020 et 2021’’.

Conflit supposé avec son homologue des Finances

Dans la foulée, au mois de décembre dernier, Amadou Hott, devenu maitre dans l’art de signer des accords, concluait trois ‘’conventions de financement’’ avec les responsables du Fonds international pour le développement agricole (Fida), de l’Agence française de développement (AFD) et de l’ambassade du royaume d’Espagne au Sénégal. ‘’Avec le Fida, il s’agit du financement du Projet d’appui à l’insertion des jeunes agri-preneurs au Sénégal, dont le but est de promouvoir l’inclusion socioprofessionnelle des jeunes ruraux dans les exploitations familiales et les activités (…) créatrices de revenus et d’emplois décents et durables’’, informait le ministère.

Quant à l’accord de financement prévu avec l’AFD, il portait sur le financement d’une usine en construction à Keur Momar Sarr, dans la région de Louga. Cette usine, informait le ministère, va permettre d’‘’augmenter et de sécuriser les volumes d’eau potable dans la capitale sénégalaise et les nouvelles cités comme Diamniadio’’.

Le troisième accord de financement signé avec l’ambassade d’Espagne au Sénégal concernait le programme de coopération à mettre en œuvre par Madrid et Dakar, durant la période 2019-2023.

Loin de discuter de l’opportunité de ces contrats dont la pertinence de certains ne peut souffrir l’objet d’aucun doute, il s’agit surtout d’attirer l’attention sur la nécessité d’une plus grande transparence des conditions de signature.

Quoi qu’il en soit, malgré les nombreuses explications du gouvernement, les institutions de Bretton Woods, renseigne Meïssa Babou, surveillent de près l’endettement du Sénégal. ‘’C’est évident que le gouvernement ne peut plus prendre certaines mesures. Le FMI veille au grain. Ce qui a été à l’origine de certaines mesures d’austérité visant à appliquer la vérité des prix, à suspendre certaines subventions…’’, souligne le professeur.

Aussi, faut-il le constater, l’ancien directeur général du Fonsis, ancien vice-président de la Banque africaine de développement n’a pas du tardé à prendre ses marques à la tête du ministère de l’Economie, du Plan et de la Coopération, qu’il occupe depuis avril 2019. Avec un grand renfort communicationnel, il est en train de marquer son territoire dans le gouvernement très complexe du président Sall. Ainsi, le néo ministre ne compte pas du tout jouer les seconds rôles dans le dispositif gouvernemental.

D’ailleurs, il y a quelques jours, le journal ‘’Walf Quotidien’’ révélait une violente passe d’armes entre lui et son devancier dans le gouvernement, Abdoulaye Daouda Diallo, qui était pourtant donné comme un des grands bénéficiaires du dernier remaniement. ‘’Pendant 30 minutes, informait ‘Walf’, les deux hommes se sont disputés devant le président de la République, en Conseil des ministres, à propos de l’attribution de compétences et de prérogatives, depuis l’éclatement du ministère de l’Économie, des Finances et du Plan en deux entités’’.

Selon le journal, MM. Hott et Diallo réclamaient chacun la gestion du pilotage des opérations de levée de fonds comme les Eurobonds.

Par ailleurs, indique encore le canard de Khar Yalla, Hott conteste que Diallo siège au niveau du Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM). Une fonction qui devrait lui revenir, rapportait le journal.

MOR AMAR

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