SITUATION DE L’ECOLE PUBLIQUE, RÉORIENTATION DES POLITIQUES ÉDUCATIVES, ODD… Les enseignants face à l’équation de l’unité syndicale

0
384

Pour faire face à l’État et pour une école publique sénégalaise de qualité, six syndicats d’enseignants ont décidé de se réunir et, pendant deux jours, discuter de la question cruciale de l’unité syndicale. Cette rencontre, dite de Thiès, va permettre aux acteurs d’échanger sur une possible création d’une fédération syndicale ‘’forte et puissante’’.

L’union fait la force. Six syndicats d’enseignants ont bien compris cet adage. Le Syndicat unique et démocratique des enseignants du Sénégal (Sudes), l’Union démocratique des enseignantes et enseignants du Sénégal (Uden), le Syndicat autonome de l’enseignement supérieur (Saes), le Syndicat des enseignants libres du Sénégal (Sels), le Syndicat national de l’enseignement élémentaire (Sneel/CNTS) et le Syndicat des professeurs du Sénégal (Sypros) veulent créer un seul syndicat appartenant à tous les enseignants du pays.

Les secrétaires généraux et représentants de ces syndicats réfléchissent, depuis hier, à Thiès, sur les possibilités de sa création. Cette initiative, si elle aboutit, vise à fédérer tout le corps enseignant sénégalais autour d’une seule entité plus forte, afin de pousser l’État à réagir à leurs revendications, mais aussi à défendre les intérêts de l’école publique.

Selon le coordonnateur national de l’Union syndicale pour une éducation de qualité (Useq), seule l’unité syndicale reste la condition primordiale pouvant aider à résoudre tous les problèmes dans le secteur de l’éducation. ‘’Il nous faut œuvrer à réaliser l’unité syndicale au niveau du secteur de l’éducation au Sénégal. Pour ce faire, nous allons réfléchir sur des stratégies aptes à nous mener vers la réunification du monde syndical enseignant qui, aujourd’hui, est confronté à des problèmes énormes de divisions profondes, de rivalités, de surenchère dans les luttes revendicatives. Tout cela ne peut se faire au détriment de l’école publique. Pour nous, le monde syndical doit être uni et fort pour pouvoir aider à la réalisation d’une école publique de qualité. Nous pensons que si l’unité est réalisée, ça règlera beaucoup de problèmes, notamment la promotion de l’école publique sénégalaise. Parce que ça sera une force puissante capable de proposer et de lutter pour que l’État oriente les politiques publiques vers la réalisation des objectifs attendus par la nation’’, affirme Amadou Diaouné.

Cependant, l’unité voulue par les six syndicats d’enseignants qui se réunissent à Thiès pour deux jours, semble être compliquée quant à sa réalisation. A ce conclave, on note l’absence des coordonnateurs du G20 et du G7, Dame Mbodj et Saourou Sène.

Mais, d’après l’ancien secrétaire général du Syndicat unique et démocratique des enseignants du Sénégal (Sudes), l’heure a sonné pour dépasser cette situation pour le bien de l’école publique sénégalaise. ‘’Aujourd’hui, il y a le G7 et le G20. Nous, au niveau de l’Useq, nous avons, à la fois, les syndicats du G7 et du G20. Nous voulons travailler à réaliser l’unité. L’unité d’action, dans un premier temps, entre les syndicats d’enseignants pour pouvoir mener victorieusement les luttes. Les gens parlent de syndicats représentatifs. Mais pour nous, au-delà de cela, c’est de travailler à ce que tout le monde tire dans la même direction. Notre stratégie, au niveau de l’Useq, c’est que, demain – ça peut être dans deux, trois ou cinq ans – que l’essentiel des syndicats d’enseignants se trouvent dans une sorte de fédération syndicale forte, puissante et capable d’infléchir les politiques éducatives qui sont en cours dans le pays’’, préconise le M. Sène devant ses collègues secrétaires généraux.

Aussi, rappelle-t-il, l’exigence de l’heure, c’est de créer une dynamique unitaire, de sorte que tous les enseignants puissent se retrouver dans un seul syndical ‘’fort’’.

‘’L’école publique est au bord du gouffre’’

Des grèves incessantes, des quantums horaires jamais atteints, des classes multigrades, la persistance de la présence des abris provisoires, des taux de réussite aux examens toujours en deçà des atteintes, etc. Voilà la situation à laquelle fait face l’école publique sénégalaise. Jadis lieu d’excellence où étaient formés des cadres de la nation, l’école est en train de perdre cette empreinte fondamentale. Cette chute brutale et endémique interpelle les acteurs au premier plan. Protagoniste averti du système éducatif sénégalais, Amadou Diaouné indique que l’école publique est ‘’au bord du gouffre’’. Pour la sortir de ce trou, le patron de l’Useq trouve utile que tous les acteurs conjuguent leurs efforts pour l’atteinte des Objectifs du développement durable (ODD) dans le secteur de l’éducation.

Dans ce dessein, il rappelle qu’il faut, tout d’abord, penser à résorber le gap en déficit d’enseignants. ‘’L’école publique sénégalaise est au bord du gouffre. Aujourd’hui, ce que nous constatons, c’est qu’il y a une accumulation de beaucoup de déficits, notamment un déficit en enseignants, aussi bien dans le préscolaire, dans l’élémentaire, dans le moyen, le secondaire que dans l’enseignement supérieur. Et cela ne crée pas les conditions pour réaliser une éducation de qualité, et encore moins, créer les conditions pour l’atteinte des ODD n°4, à savoir une scolarisation universelle pour dix ans, pour chaque enfant de ce pays. Nous pensons que les politiques éducatives qui sont en cours sont dans l’incapacité de pouvoir réaliser cet objectif-là’’, analyse l’ex-SG du Sudes, appelant à une réorientation des changements de toutes les politiques éducatives entreprises dans ce pays.

‘’Il faut investir plus dans l’éducation et recruter beaucoup d’enseignants, parce que le déficit est énorme. Et sans les enseignants qui sont la cheville ouvrière de la construction de la qualité, mais aussi de l’accès à l’éducation, il est illusoire de vouloir atteindre l’ODD n°4’’, ajoute Amadou Diaouné.

Pour sa part, le secrétaire général du Syndicat autonome de l’enseignement supérieur (Saes) n’y va pas par quatre chemins. Pour lui, si l’État ne veut pas que l’école sénégalaise demeure dans la situation actuelle, il suffira qu’il crée toutes les conditions pouvant permettre aux enseignants de dispenser leurs cours dans un environnement sain. ‘’On ne peut pas demander à un enseignant de se mettre sous un arbre et d’y dispenser des cours pendant des mois et attendre de lui qu’il fasse des résultats probants. C’est impensable. Cela dit, il faut que l’État accepte de mettre les enseignants dans de bonnes conditions. Nous voyons aussi des enseignants qui gèrent des classes multigrades. Ça aussi, c’est inadmissible. Une seule personne ne peut pas gérer deux à trois classes’’, fustige Malick Fall, invitant le gouvernement à se mobiliser davantage pour la cause des enseignants et de l’école publique sénégalaise.

GAUSTIN DIATTA (THIES

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here