Cemile Sancak, représentante FMI : «Le prix d’électricité est élevé au Sénégal…»

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Publié le 26 février 2020 Economie

IGFM – Le 10 janvier 2020, le FMI a approuvé un nouvel accord triennal en faveur du Sénégal au titre de l’Instrument de coordination de la politique économique (Icpe). Quels en sont les objectifs principaux ?

Le nouveau programme qui est appuyé par le nouvel accord, l’Instrument de coordination de la politique économique (Icpe), est totalement aligné sur la deuxième phase du Plan Sénégal émergent (Pse) et repose sur la réalisation d’une croissance élevée, durable et inclusive tirée par le secteur privé : la consolidation de la stabilité macroéconomique grâce à une politique budgétaire prudente, notamment en augmentant les recettes et en améliorant l’efficience des dépenses, mais également à une bonne gestion de la dette. Il s’agit aussi d’assurer une bonne gestion du secteur du pétrole et du gaz de manière durable et transparente.

Quelle est la différence par rapport à l’Instrument précédent de soutien à la politique économique (Ispe) ?

Les deux instruments sont similaires en substance. L’instrument de coordination de la politique économique créé en 2017, est un instrument non lié à un financement, comme l’instrument précédent. Les deux instruments sont destinés aux pays ayant une volonté de montrer une politique économique solide et avec une intention de recourir à d’autres sources de financement. La différence est que le nouvel instrument est à la disposition de tous les pays membres du Fmi, tandis que l’ancien est seulement destiné aux pays à faible revenu.

Quels sont les grands programmes et projets du Fmi visant à favoriser, durant les prochaines années, la croissance soutenue et inclusive du Sénégal ?

Pour le Fmi, il est important, pour une mise en œuvre réussie, de rationaliser et regrouper les multiples entités chargées d’initiatives ou de fonds destinés à soutenir le secteur privé. Les réformes appuyées par le programme Icpe pour réaliser une croissance élevée, durable et inclusive, s’articulent autour des objectifs suivants : améliorer le climat des affaires, promouvoir la numérisation des procédures administratives, investir dans la formation de capital humain afin d’accompagner la transformation structurelle et promouvoir l’accès au crédit en vue de renforcer l’inclusion financière. Le Fmi conseille à l’Etat d’opérer des réformes ciblées qui devraient améliorer le climat des affaires et créer des débouchés pour les jeunes.

Quelles sont ces réformes ?

Les réformes ciblées appuyées par le programme Icpe incluent le renforcement du système judiciaire, grâce à la création d’une Cour d’appel pour les affaires commerciales et à la numérisation des procédures du Tribunal commercial, une révision de l’administration du travail dans le but d’attirer davantage de travailleurs dans le secteur formel et de mieux répondre aux besoins des Petites et moyennes entreprises (Pme), en simplifiant les obligations d’enregistrement et de déclaration, la mise en place d’un système de gestion foncière dématérialisé, intégré et centralisé qui simplifiera l’enregistrement et l’administration, une nouvelle loi sur l’investissement destinée à renforcer la transparence pour les investisseurs potentiels. Les réformes incluent également les partenariats public-privé, les régimes incitatifs et soutiens ciblés aux start-ups et la dématérialisation des procédures. Des initiatives visant à améliorer la qualité de l’éducation et de la formation professionnelle, à accroître les opportunités et à réduire la pauvreté compléteront ces réformes. Les autorités examinent comment accroître le taux d’achèvement de l’enseignement secondaire et adopteront une loi sur la formation technique et professionnelle d’ici à juin 2020. Il s’avère que 70% des travailleurs ne sont pas qualifiés, le taux d’alphabétisation est inférieur à la moyenne de l’Afrique subsaharienne (un peu plus de 40%, contre 60%) et le système de formation professionnelle n’accueille que 7% des élèves qui achèvent l’enseignement de base. Il sera pourtant essentiel, pour une transformation structurelle de l’économie et une croissance plus inclusive, de doter la main-d’œuvre, en particulier les jeunes, des compétences et qualifications nécessaires.

«Au Sénégal, 70 % des travailleurs ne sont pas qualifiés, le taux d’alphabétisation est inférieur à la moyenne de l’Afrique subsaharienne (un peu plus de 40 %, contre 60 %) et le système de formation professionnelle n’accueille que 7 % des élèves qui achèvent l’enseignement de base»

Le Fmi avait salué les résultats économiques du pays en disant que la mise en œuvre du Pse a permis d’atteindre des taux de croissance élevés, mais malgré cela, le niveau de vie reste élevé au Sénégal et le pouvoir d’achat faible. Qu’est-ce qui l’explique ?

Pour que la majorité de la population ressente l’impact de la croissance économique, il faut une croissance inclusive tirée davantage par le secteur privé, surtout par les Petites et moyennes entreprises (Pme). Leur développement pourrait conduire à la création d’emplois et à l’augmentation des revenus. Il est important de mettre en œuvre les réformes dans le domaine des finances publiques afin d’améliorer la mobilisation des recettes, surtout en renforçant l’administration des recettes et d’accroître l’efficience des dépenses d’investissement pour qu’il y ait assez de ressources pour répondre aux besoins d’investissements dans les infrastructures et le capital humain et prendre en charge le financement des filets de sécurité sociale. Il est également important de mettre en œuvre les réformes structurelles nécessaires pour améliorer l’environnement des affaires afin de favoriser le développement du secteur privé et notamment, les Pme qui jouent un rôle important au Sénégal. L’Icpe a pour objectif de soutenir les efforts déployés par le Sénégal pour consolider la stabilité macroéconomique et favoriser une croissance soutenue et inclusive tirée par le secteur privé.

Mais aujourd’hui, beaucoup d’entreprises, surtout les (Btp), sont confrontées à de réelles difficultés pour gagner des marchés. Quelle est la solution à ce problème ?

Tout d’abord, il conviendrait de réduire le nombre des marchés publics passés sans appel à la concurrence. Une cible quantitative du programme est de plafonner les marchés publics conclus hors appels d’offres à 15% des marchés. Une nouvelle loi sur l’investissement que les autorités envisagent d’adopter en 2021, est destinée à renforcer la transparence pour les investisseurs potentiels. Il est aussi important pour le secteur privé d’avoir accès au financement afin de pouvoir s’impliquer dans la mise en œuvre des grands projets.

Pensez-vous que le secteur privé sénégalais est assez fort pour porter cette croissance ?

Le secteur privé sénégalais montre des tendances très prometteuses, notamment avec l’accroissement du nombre de start-ups et d’entreprises innovantes. Toutefois, la plupart sont encore dans le secteur informel où la productivité est faible. Il sera donc important pour l’Etat de faciliter une transition du secteur informel vers le secteur formel, notamment au travers de la simplification de la taxation des petites entreprises, de la dématérialisation des procédures de paiement des impôts et d’enregistrement des entreprises.

Ne faudrait-il pas encourager l’Etat à promouvoir la préférence nationale ou trouver des formules pour permettre aux entreprises sénégalaises de gagner des marchés ?

Pour une bonne gestion des finances publiques, il est primordial d’appliquer le code des marchés publics et de sélectionner les entreprises en s’appuyant sur le critère de l’efficacité des dépenses. En ce sens, il est essentiel de faire jouer la concurrence afin d’assurer la meilleure qualité de services au meilleur coût. Les lois sur le contenu local peuvent soutenir les entreprises sénégalaises, mais seulement si celles-ci sont mises à niveau concernant la qualification de leur main-d’œuvre et si la qualité de leurs services correspond aux normes internationales.

FINANCES PUBLIQUES

Y a-t-il réellement prudence dans la gestion de la politique budgétaire au Sénégal ?

Sur la base de données préliminaires, nous constatons que l’exécution budgétaire prudente et les efforts de mobilisation des recettes ont permis d’atteindre l’objectif de déficit de 3% du Pib en 2019. Le gouvernement entend maintenir cette cible de déficit budgétaire pour 2020 ainsi que pour les années à venir dans le cadre du programme économique appuyé par l’Icpe. A cet effet, des mesures ont été initiées en vue de continuer à accroître le rythme de recouvrement des recettes, ce qui a permis d’atteindre les objectifs de la loi de finances rectificative de juillet 2019. En parallèle, la composition des dépenses a été profondément modifiée, de manière à s’assurer le paiement de la totalité des obligations impayées des années 2017-19, y compris des obligations impayées envers le secteur de l’électricité, tout en restant dans le respect de la cible de déficit de 3% du Pib.

Dans le document de l’Ipce, il est aussi fixé un plancher des recettes fiscales à 2 595 milliards FCfa en 2020 contre 2 328 milliards en 2019. Soit un accroissement des recettes fiscales de l’ordre de 267 milliards FCfa. D’où l’Etat doit-il tirer ces nouvelles recettes fiscales ?

A compter de 2020, le gouvernement mettra en œuvre une Stratégie de mobilisation des recettes à moyen terme (Srmt). Laquelle aura pour objectif d’améliorer significativement et de manière durable, le recouvrement des recettes budgétaires pour atteindre un taux de pression fiscale de 20% à l’horizon 2023, permettant à la fois de financer des programmes de développement inscrits dans la deuxième phase du Pse et de maintenir la stabilité macro-budgétaire du Sénégal. La Srmt est essentiellement articulée autour de mesures administratives. Le diagnostic du système fiscal montre un trop faible nombre de contribuables et d’importateurs qui paient leurs impôts. Pour renverser cette situation, la Srmt vise à élargir l’assiette fiscale et douanière, en centralisant et en exploitant des données et des renseignements sur des contribuables inconnus des services en charge des recettes. Il faut aussi contrôler la cohérence des déclarations, maîtriser la valeur en douane et réduire les détournements de destination et de régimes économiques, améliorer la productivité des services de recettes par l’optimisation de leurs processus et réduire les coûts supportés par les contribuables pour se conformer à leurs obligations fiscales et douanières.

Peut-on s’attendre à une hausse des impôts ?

La priorité immédiate de la stratégie à moyen terme sera d’élargir l’assiette de l’impôt. Les taux d’imposition au Sénégal étant déjà relativement élevé en comparaison régionale, les réformes insisteront sur l’expansion de l’assiette de l’impôt, notamment en rapatriant progressivement le secteur informel dans le filet fiscal et en rationalisant les exonérations et leur application. Pour amener les contribuables à respecter leurs obligations fiscales, il est prioritaire notamment, d’améliorer l’application des règles de perception de l’impôt et les contrôles fiscaux et de renforcer les contrôles et procédures en douane.

Comment le Fmi juge-t-il les dépenses de l’Etat ?

Le programme Icpe met en place une politique budgétaire prudente conforme à l’objectif de déficit budgétaire de l’Uemoa de 3% du Pib. Avec cette approche de résultat, le programme Icpe ne définit pas une hiérarchisation des dépenses spécifiques, car la priorité des dépenses est du choix des autorités. Le principe directeur des finances publiques est une réallocation progressive des ressources de la consommation publique peu prioritaire vers l’investissement en capital humain et en infrastructures pour soutenir une croissance forte et inclusive.

L’efficacité des dépenses publiques est une des exigences du Fmi dans le programme Icpe. L’on constate que l’Etat a procédé à nombre de restrictions, comme sur le carburant, les logements et récemment les voitures. Est-ce une recommandation du Fmi ?

Afin d’aménager un espace budgétaire pour l’investissement public, les autorités ont redoublé d’efforts pour réduire les subventions énergétiques et rationaliser la consommation des administrations publiques. Ces réformes vont permettre à l’Etat de réaliser des économies sur les dépenses de fonctionnement et de réallouer ces montants aux dépenses sociales et de capital prioritaire.

En septembre dernier, quelques économistes mettaient la visite de la mission du Fmi sous le signe d’un ajustement structurel imposé à l’Etat du Sénégal. Le Fmi pressait alors le Président de supprimer ou fusionner des agences, de réduire le train de vie de l’Etat et surtout de supprimer les subventions. Quelque temps après, il y a eu la hausse du prix de l’électricité. Etait-ce aussi une recommandation du Fmi ?

La hausse du prix de l’électricité n’est pas une condition du programme Icpe. Comme expliqué tantôt, la priorisation des dépenses relève du choix des autorités. Le principe directeur est une réallocation progressive des ressources de la consommation publique peu prioritaire vers l’investissement en capital humain et en infrastructures pour soutenir une croissance forte et inclusive.

Quel est le raisonnement de la hausse du prix de l’électricité ?

La hausse du prix de l’électricité permettra à la Senelec, la compagnie d’électricité de l’Etat, d’investir dans l’électrification rurale. Aujourd’hui, plus de la moitié de la population en milieu rural n’a toujours pas accès à l’électricité. Les autorités devaient décider entre continuer de subventionner une grande frange de la population qui a accès à l’électricité ou diminuer la subvention et créer l’espace budgétaire pour mieux renforcer l’électrification rurale. C’est une décision qui devrait faciliter l’extension des réseaux d’électrification pour une croissance inclusive. Par ailleurs, pour renforcer la politique de protection sociale, la hausse n’a pas touché la première tranche, qui consomme peu d’électricité. Bien entendu le prix d’électricité est élevé au Senegal à cause des couts élevés des facteurs de production. Dans les prochaines années, il devrait baisser à la faveur de la production d’électricité à partir du gaz, à travers le «gas-to-power ».

DETTE

Depuis janvier, le Sénégal est passé d’un risque faible à un risque modéré de surendettement. Qu’est-ce qui l’explique ?

La croissance économique récente du Sénégal a été forte. La mise en œuvre de la première phase du Plan Sénégal émergent a vu la construction d’infrastructures modernes dans le domaine du transport et de l’énergie, et la croissance s’est accélérée, atteignant en moyenne 6,5% entre 2014 et 2018. Ces investissements importants ont déjà visiblement contribué à améliorer les conditions de vie de la population sénégalaise (l’offre d’électricité a augmenté de 60 à environ 70%, la pauvreté a diminué entre 4 et 7 points de pourcentage depuis 2011). Toutefois, le financement de ces investissements a conduit à une augmentation rapide de l’endettement public, notamment de la dette extérieure. Cette augmentation de la dette publique est également due à l’élargissement du champ de couverture de la dette publique aux entreprises publiques en vue de permettre un meilleur suivi de l’endettement public au sens large. Globalement, le ratio de la dette publique par rapport au Pib est passé de 20% du Pib en 2008 à plus de 60% à fin 2018, mais devrait se stabiliser et commencer à décroître de façon significative dès 2022, consécutivement à la fin de la majeure partie des investissements liés au développement des projets pétro-gaziers et le début de la production de gaz. A cela s’ajoute que les investissements visant à développer la production de gaz et de pétrole devront permettre un accroissement du niveau du Pib d’environ 5% et des recettes fiscales d’environ 1½% du Pib en moyenne annuelle à partir de 2022 et ceci durant toute la période d’exploitation.

On a constaté que la dette du Sénégal a beaucoup gonflé ces dernières années. Le Fmi a-t-il des craintes particulières par rapport à cela ?

Malgré le passage à un risque de surendettement modéré, la dette publique du Sénégal reste soutenable. Les perspectives de l’économie sénégalaise à court et à moyen terme sont également favorables, en particulier avec le développement de la production de gaz et du pétrole. Les projections font ressortir un taux de croissance annuel moyen de près de 8½% d’ici entre 2020 et 2024. Avec l’augmentation rapide de la dette publique et, en particulier, la dette extérieure au cours des dernières années, l’analyse technique des services du Fmi et de la Banque mondiale révèle un risque de surendettement modéré (comparé à un risque faible, mais à la limite de «modéré», dans l’analyse de viabilité de dette précédente, conclu début 2019). En résumé, l’exercice de l’analyse de la viabilité de la dette du Fmi et de la Banque mondiale a clairement montré que la dette du Sénégal reste soutenable. Le stock de dette publique devrait culminer en 2019 pour se stabiliser et décroître à partir de 2020.

Des économistes sénégalais et certains opposants parlent d’une dette publique qui dépasse l’entendement, quel est l’état d’endettement de notre pays, est-il dans les normes ?

Le pays devrait renouer assez vite avec un risque faible de surendettement, étant donné la stabilisation et la trajectoire décroissante des ratios d’endettement prévus, sur la base des efforts en cours et des engagements des autorités.

L’ancien Premier ministre et actuel ministre d’Etat, secrétaire général de la Présidence de la République, Mahammad Boun Abdallah Dionne a déclaré, dans une interview que le Fmi n’a pas à fixer un plafond de dettes au Sénégal. Comment vous analysez cette sortie?

Le Sénégal continue de garder sa capacité d’endettement dans le cadre du programme avec le Fmi et n’est soumise à aucune restriction en dehors du respect de la cible de déficit budgétaire de l’Uemoa et des mesures de gestion prudente de la dette que les autorités mettent déjà en œuvre, en particulier maintenir un niveau total d’endettement qui assure la soutenabilité de la dette à moyen terme. La limite qu’inclut le programme et qui est relative au stock de la dette publique ne fait que refléter ce niveau d’endettement total des autorités et est cohérente avec le maintien de la soutenabilité de la dette. Cette limite n’a pas de conséquences contraignantes pour le Sénégal parce qu’elle prend en compte les plans d’investissement des autorités.

Comment le Senegal peut-il arriver à ses objectifs de développement définis dans le Pse, si le Fmi freine la dette ?

Le programme inclut une limite du niveau d’endettement qui est basée sur les intentions du gouvernement en termes de nouveaux emprunts dans le cadre du Pse et qui permet également de maintenir la soutenabilité de la dette à moyen terme. Le Fmi met également l’accent sur cinq domaines en vue de permettre aux pays d’Afrique subsaharienne de satisfaire leurs besoins de développement tout en préservant la viabilité de la dette. Toutes les parties prenantes ont un rôle à jouer dans cinq domaines prioritaires : l’amélioration de la mobilisation des recettes, l’amélioration de l’efficience des investissements, l’accroissement de la capacité de gestion de la dette et la transparence de la dette pour les partenaires au développement, l’atteinte des objectifs de l’aide au développement au profit des pays bénéficiaires et l’augmentation des financements…

Le service de la dette a connu une hausse sensible. Y a-t-il une justification à cette situation ?

Avec l’augmentation de la dette, le service de la dette a aussi augmenté, mais il commencera à se stabiliser à partir de 2019. En particulier, le service de la dette devrait passer d’environ 39,5% du total des recettes fiscales en 2018 à environ 28% en 2019 suite à l’amélioration de la performance du recouvrement des recettes. Il devrait continuer à baisser pour atteindre une moyenne d’environ 23% en 2020-2028, à condition que la tendance de l’amélioration de la collecte des recettes se poursuive et que les besoins de financement diminuent en ligne avec les hypothèses retenues dans l’analyse de viabilité de la dette.

La gestion du pétrole et du gaz alimente une polémique déjà. Le cadre légal et le contenu local peuvent-ils favoriser une gestion transparente de ces ressources naturelles ?

Il est important de mettre en place un cadre légal pour favoriser la gestion transparente des ressources naturelles. Les ressources pétrolières et gazières devraient être déclarées dans leur totalité et de manière transparente et intégrées correctement dans le budget. La part des recettes qui va dans le budget chaque année devrait être utilisée efficacement par exemple, en s’assurant que les investissements financés sont des investissements dont la rentabilité économique est forte. La loi sur le contenu local peut favoriser l’émergence d’un secteur national d’entreprises fournissant des biens et services à l’industrie du pétrole et du gaz, mais pour la réussite de cette initiative, il faudra assurer la bonne formation de la main-d’œuvre et que les entreprises fournissent des services de qualité sur la base de standards en vigueur dans cette industrie.

Quel sera l’apport du Fmi au Sénégal dans l’exploitation du pétrole et du gaz ?

Le Fmi fournit de l’assistance technique et des conseils stratégiques sur divers aspects de la gestion du secteur pétrolier et gazier. Les recommandations principales du Fmi visant à préparer le Sénégal à devenir un pays producteur se concentrent sur trois piliers. Premièrement, le régime fiscal doit d’abord trouver un équilibre entre garantir une part équitable des ressources à l’Etat et fournir aux investisseurs des incitations appropriées. Deuxièmement, les revenus issus de l’exploitation des ressources doivent être gérés de manière responsable afin que les générations futures puissent en bénéficier et pas seulement la génération actuelle et que le pays puisse faire face sans difficultés financières majeures à la volatilité des prix de l’énergie sur le moyen terme. Le troisième pilier est la gestion transparente des finances publiques.

Comment évaluez-vous les politiques du Sénégal de lutte contre les inégalités entre les sexes et les inégalités, quand on sait qu’elles contribueraient à la réduction de la pauvreté et à une croissance bien répartie ?

Le Sénégal dispose d’une Stratégie nationale pour l’autonomisation économique des femmes (Snaef) pour 2020-24 qui inclut deux axes. Le premier est que les femmes ont accès aux filières et aux ressources productives, accès aux financements, aux ressources productives, au marché et aux compétences. Le deuxième est que les modèles sociaux évoluent en faveur de la parité de genre. Le Fmi, comme les autres partenaires techniques et financiers, soutient la mise en place du plan d’actions de la Snaef. Récemment des analyses du Fmi ont montré que les gains économiques d’une autonomisation économique des femmes tournent autour de 10% du Pib en Afrique subsaharienne.

NDIAGA NDIAYE

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