ORGANISATION DES ELECTIONS PAR UNE PERSONNE NEUTRE – Le nouveau point de discorde du dialogue politique

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Après la question du cumul des fonctions de chef de parti et de président de la République, le dialogue connait un nouveau point de crispation. Il s’agit du choix d’une personnalité neutre, différente du ministre de l’Intérieur, pour l’organisation des élections.

Les positions sont figées, sur la question de l’organisation des élections. Ainsi, le débat est transféré, depuis hier, sur la table de la Commission du dialogue politique. Seulement, les premières tendances qui se dégagent n’augurent pas d’un éventuel accord. En effet, l’organisation des élections par une personnalité neutre est une vieille doléance de l’opposition sénégalaise. Celle-ci a, d’ailleurs, pendant longtemps, exigé le départ d’Abdoulaye Daouda Diallo, puis celui d’Aly Ngouille Ndiaye de la tête de l’organisation des élections. Des demandes utopiques pour Macky Sall qui a été formel sur le sujet, lors de son face-à-face avec la presse, le 31 décembre 2018.

‘’Je ne récuserai jamais Aly Ngouille Ndiaye. Je ne suis pas là pour satisfaire les désirs de quelques personnes. […]. C’est un faux débat. Tant que nous respectons l’Etat de droit, je ne vois pas pourquoi on va changer l’équipe’’, avait soutenu le leader de l’Alliance pour République (APR).

Seulement, l’opposition n’avait pas dit son dernier mot sur la question. Comme disait l’écrivaine Fatou Diome : ‘’Quand le mal persiste, les remèdes varient.’’ L’opposition a voulu ainsi multiplier ses chances pour avoir gain de cause. Face à l’inefficacité des marches et autres dénonciations, elle a transféré le débat à la Commission nationale du dialogue politique, en proposant la mise en place d’une haute autorité chargée d’organiser et de gérer les élections. ‘’Nous jugeons qu’il est fondamental d’aller dans ce sens, pour redonner une confiance entre les différents acteurs politiques. Nous avons vu la partialité affichée et maintes fois constatée du ministre de l’Intérieur qui est, par ailleurs, militant et responsable du parti au pouvoir’’, rappelle le plénipotentiaire du pôle de l’opposition.

Déthié Fall évoque, à ce propos, ‘’les manquements répétés de l’actuelle Commission électorale nationale autonome (Cena), notamment dans son rapport sur les élections législatives où elle a avoué que c’est l’Administration qui, à un moment donné, avait pris sur elle la responsabilité d’envoyer en vrac et sans tri les cartes d’électeur, provoquant ainsi toutes les perturbations qui s’en sont suivies’’. Le parlementaire estime, par conséquent, que le ministre de l’Intérieur doit jouer le rôle de régulateur du processus. Il demande ainsi au chef de l’Etat, par le biais du pôle de la majorité, d’aller dans le sens de l’installation de cette haute autorité indépendante, chargée de gérer les élections.

‘’L’expérience a montré qu’en 2000, c’était une personnalité neutre et indépendante, en l’occurrence le général Lamine Cissé, qui avait organisé les élections. En 2012, également, c’était une personnalité neutre, à savoir Cheikh Guèye, Inspecteur général d’Etat. En son temps, Macky Sall était le seul candidat à ne pas se satisfaire de cette mesure qu’il jugeait améliorable, parce qu’il trouvait que même si ce ministre est neutre, il dépendait toujours du ministère de l’Intérieur. Il ne peut pas, des années après, ne pas assurer ce minimum’’, croit savoir Déthié Fall.

Le membre du parti Rewmi espère qu’il y aura un consensus sur la question, si toutefois, précise-t-il, le président de la République est dans une logique d’organiser des élections libres et transparentes, et qui ne vont souffrir d’aucune contestation. Il espère ainsi qu’il y aura une concession autour de cette question.

‘’Dans toutes les démocraties, c’est le gouvernement qui organise’’

Seulement, l’optimisme affiché par le vice-président du parti Rewmi contraste avec la position du plénipotentiaire de la majorité. Aux yeux de Cheikh Sarr, cette proposition est inopportune. ‘’A la lumière d’une analyse qu’ils ont faite sur la Présidentielle de 2019, on a considéré qu’on a un fichier électoral fiable. Les opérations se sont déroulées correctement et il n’y a pas eu de recours après les résultats. On a audité le fichier sur la base duquel les élections ont été organisées. L’opposition a été représentée à toutes les étapes de la proclamation des résultats’’, soutient Cheikh Sarr. Pour qui il est impensable de changer des choses qui marchent.

D’après son analyse, le ministre de l’Intérieur organise correctement les élections, avec une Administration électorale compétente.

‘’Dans toutes les démocraties majeures, c’est le gouvernement qui organise les élections. Avec la Présidentielle de 2019, il n’y a pas eu d’incidents majeurs et plus 66 % des Sénégalais sont allés voter. Mieux, l’opposition n’a pas jugé nécessaire de faire des recours. Si elle avait des preuves, elle allait saisir les juridictions compétentes. Ils ont juste produit un livre blanc et l’Administration a fait autant pour apporter des réponses. Si la gestion du ministre donne satisfaction, pourquoi le changer ?’’, s’interroge M. Sarr.

Sur la question de savoir si la majorité compte fléchir, pour accéder à cette vieille revendication, Cheikh Sarr reste dubitatif. ‘’Est-ce qu’il y aura évolution, d’ici la prochaine rencontre ? Je ne peux pas le dire. Est-ce que c’est nous qui allons évoluer où est-ce que c’est l’opposition qui va voir que ce n’est pas opportun de proposer une personnalité indépendante ? On va voir la prochaine fois’’, laisse-t-il entendre.

‘’Des positions pas encore convergentes’’

Dans tous les cas, le membre du pôle des non-alignés constate que les positions ne sont pas encore convergentes sur la question. Déthié Faye relève ainsi les longues heures de discussions et les nombreuses différences de points de vue. ‘’Le pôle des non-alignés a estimé qu’il faut attendre la fin de l’évaluation du processus électoral. Le travail des experts permettra de maitriser tous les dysfonctionnements, les manquements et les fautes éventuellement commises par les autorités, et cela pourrait permettre de faire des propositions susceptibles d’avoir un processus électoral beaucoup plus fiable’’, préconise-t-il.

Pour M. Faye, sur cette question, la commission politique peut, soit avoir un consensus, un désaccord où faire une recommandation. Tout dépend, dit-il, de la tournure que les débats prendront à la prochaine réunion. Déthié Faye est néanmoins convaincu que rien n’est impossible sur le terrain politique. Il pense ainsi que les choses peuvent évoluer, peut-être pas d’une façon ‘’extraordinaire, mais le débat pourrait permettre de faire bouger un peu les lignes’’.

Seulement, comme tous les sujets restés sans consensus, le plénipotentiaire des non-alignés est d’avis que cette question pourra toujours être débattue ultérieurement, après l’évaluation du processus.

La société civile propose ‘’un ministère chargé des Elections’’

Toujours dans le registre des propositions, la société civile a émis un souhait différent de celui des pôles. D’après nos sources, cette entité a proposé deux options, à savoir : ‘’Un ministère chargé des Elections, comme du temps de Wade, et dirigé par une personnalité indépendante. Une deuxième proposition qui consiste à mettre en place un système mixte tripartite, avec le ministère de l’Intérieur qui assure tout ce qui est sécurité, définition des politiques, une délégation générale aux élections qui va être dirigée par une autorité indépendante, composée de personnes indépendantes et neutres, sur proposition des acteurs, qui ne va pas être sous tutelle du ministre de l’Intérieur. Cette délégation va, en outre, diriger la Direction de l’autonomisation des fichiers et la Direction générale des élections. Elle fera également toutes les opérations électorales. Et la troisième partie sera la Cena, avec des prérogatives renforcées, pour qu’elle puisse jouer plus efficacement ses missions’’, informe nos interlocuteurs.

Pour eux, la majorité exclut une personnalité neutre, mais semble être favorable à une amélioration des organes de gestion des élections. Ce qui est considéré comme une porte ouverte à saisir pour les acteurs du dialogue politique, même si l’opposition souhaite acquérir plus.

HABIBATOU TRAORE

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