Lous and The Yakuza: “J’ai vendu de l’herbe, la pire bêtise de ma vie”

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Non, ce ne sont pas des tatouages qui ornent le visage de Marie-Pierra, plus connue sous le nom de scène de Lous and The Yakuza. La nouvelle sensation de la scène artistique belge, très ancrée dans sa spiritualité, nous explique que chacun de ces symboles a pour elle une signification toute particulière. Rencontre avec cette artiste, cette force de la nature, qui publie aujourd’hui son troisième single, “Solo”, un titre sur lequel elle évoque ce que signifie pour elle le fait d’être une femme noire à notre époque.
Lisa Themelin 20-03-20, 07:56

Lous, vous dessinez chaque jour de nouveaux symboles sur votre visage. Que signifient-ils?

“Je suis quelqu’un de très spirituel. Chaque matin, je médite et je cristallise, sous formes de symboles, mes sentiments, mes idées, mes souvenirs et mes émotions. Je dessine sur mon visage les symboles les plus importants et je cache les plus personnels sur mes bras, sur mes jambes et même sur mon dos car, oui, j’arrive à dessiner dans mon dos (rires).”

Votre vrai prénom est Marie-Pierra. Pourquoi avoir choisi de vous faire appeler Lous and The Yakuza?

“Lous, c’est le verlan, de “Soul”, qui signifie “âme”. Je suis très croyante. Je prie cinquante fois par jour. Prier, selon moi, c’est se parler à soi-même. Je crois que Dieu est en chacun de nous. “Yakuza” signifie “perdants”, parce que j’ai toujours défendu la cause des marginalisés, des noirs, qu’on a trop souvent considérés comme des criminels.”

“Je ne suis pas épargnée par le racisme”

“Solo”, votre nouveau morceau, parle justement de la place de la femme noire dans notre société…

“Je ne suis pas épargnée par le racisme. Et, à chaque fois que quelqu’un me regarde ou qu’une petite dame cache son sac parce que je m’approche d’elle, je prends le temps de lui expliquer que je ne suis pas une voleuse.”

Vous avez grandi entre l’Afrique et la Belgique. Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance?

“Quand j’avais 2 ans, j’ai été brutalement séparée de ma mère, qui est d’origine rwandaise. Nous vivions au Congo et, à cause des tensions politiques, elle a été enfermée pendant un an. Dès qu’elle a pu, elle s’est exilée en Belgique avec ma sœur cadette. Je les ai rejoints deux ans plus tard. Je suis devenue une enfant de l’Europe. À l’âge de 9 ans, je suis retournée au Rwanda car une opportunité professionnelle se présentait pour ma mère. Cette période post-génocide a été très traumatisante. Je pensais, jusqu’ici, qu’avoir de l’eau et de l’électricité pendant plus de deux heures, c’était la base, que la misère n’existait qu’ailleurs, très loin, et j’ai découvert des enfants orphelins, estropiés, en bas de ma rue, des voisins qui me racontaient des récits de guerre, de meurtres. J’en ai fait des cauchemars et j’ai été insomniaque pendant dix ans. À 15 ans, j’ai décidé de repartir à Bruxelles pour faire de la musique parce qu’en Afrique, je n’avais pas accès à l’art, aux technologies.”

Et, une fois de plus, la vie n’a pas été tendre avec vous puisque vous avez connu la rue…

“Une fois diplômée, j’ai décidé de tenter ma chance dans la musique. Mes parents ne m’ont pas soutenue. J’étais très bonne élève, je réussissais bien à l’école, j’aimais l’école et ils avaient d’autres ambitions pour leur fille. À 18 ans, ils m’ont dit de me trouver un job et de commencer à m’assumer financièrement. Mais, je ne voyais pas comment, en travaillant de 8h à 17h, j’allais pouvoir me consacrer à la musique. J’ai fait un peu de mannequinat, mais ça me saoulait, j’ai vendu de l’herbe, la pire bêtise de ma vie, mais ça ne suffisait pas. Le 13 décembre 2015, j’étais à la rue. C’était l’hiver, je suis devenue très maigre, j’étais terrorisée à l’idée de me faire attaquer, violer et d’être incapable de me défendre. Tout l’argent que je me faisais, je l’utilisais pour aller enregistrer ma musique en studio. J’ai fini par me faire repérer et, quand “Dilemme”, mon premier single, a été diffusé pour la première fois en radio, je me suis dit que c’était la suite logique de ces années de galère.”

Votre premier album, “Gore”, dont la sortie risque d’être postposée vu le contexte actuel, devait initialement sortir au printemps 2020. Que pouvez-vous déjà nous révéler sur ce disque?

“Je l’ai appelé “Gore” parce que, dans la vie, tout est dur, violent, extrême, et ça en devient absurde. “Il vaut mieux en rire qu’en pleurer”: pour moi, ce n’est pas seulement un proverbe mais plutôt une philosophie de vie. Cet album de dix titres, c’est un condensé d’histoires, de messages de paix, de tolérance. Je me shoote à l’amour au quotidien. J’ai toujours eu envie de faire danser les gens, de les toucher, de leur faire ressentir des émotions. Parce que ressentir une émotion, même si c’est de la colère, c’est vivre.”

En concert le 30/5 au Botanique. Infos et rés. :www. botaniq

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