POSSIBILITÉ DE CONFINEMENT – La dépense quotidienne inquiète plus que la maladie Covid-19

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Le niveau de contamination va crescendo. Beaucoup voient venir le confinement, sauf que pour une frange de la population, cette mesure risque d’être insupportable.

Le Sénégal, à l’instar du reste du monde, se bat contre le coronavirus. Vu l’évolution rapide de la contamination, plusieurs voix préconisent un confinement total de tout le pays. Et l’exemple de la Chine qui, grâce à ses mesures hautement drastiques, est en train de voir le bout du tunnel, a fait le tour des forums de discussions. Sauf que l’application de cette mesure risque de porter un sacré coup à bon nombre de ménages.

Pour ce lot de Sénégalais, la dépense quotidienne est bien loin d’être une prévision mensuelle. Au contraire, elle repose sur des calculs journaliers, sur la somme récoltée chaque jour, à la fin d’un dur labeur.

Amadou Mbaye fait partie de ces ‘’gorgorlous’’. Marié, le Parcellois ne peut souvent pas prédire de quoi sera fait son lendemain, en termes de rentrée d’argent. Il est commerçant et sa marchandise varie entre vêtements, chaussures de sport, parfums, lampes, etc. Bref, il touche à presque tout, n’a pas de local de vente et est son propre livreur. L’écoulement de ses produits se fait via WhatsApp et Facebook. ‘’Franchement, cette situation, si elle finit par arriver, ne va arranger aucun commerçant. Même les fonctionnaires ne sont pas pris en charge par l’Etat. Donc, ce ne sont pas nous les commerçants qui le seront. Nous n’attendons rien à la fin du mois, on vit de ce qu’on gagne dans la journée. Ce sera une grande perte pour nous et cela va nous handicaper sérieusement. Imaginez un commerçant qui reste chez lui sans vendre, sans rien faire comme activité, pendant un mois. Il ne vend pas et l’Etat ne lui donne rien. A quoi cela va ressembler, selon vous ?’’, lance-t-il inquiet.

D’autant plus qu’il vit dans une grande maison familiale qui accueille près de 15 personnes. Il revient aux hommes de la demeure d’assurer le pain quotidien, à tour de rôle. ‘’Les prévisions mensuelles sont souvent l’apanage de ceux qui sont payés chaque mois. Eux peuvent se permettre d’acheter des provisions, se préparer et s’enfermer dans leurs maisons. Le commerçant qui te dit que cette situation est gérable, ce n’est pas grave, te raconte des histoires’’, poursuit-il.

Ce genre de situation n’a rien d’extraordinaire au Sénégal où jusqu’à ce jour, l’exemple de la famille nucléaire n’est pas accepté par tous.

‘’Si le sac de riz se vide, on sera obligé de sortir’’

À côté des commerçants, il y a ces femmes qui, chaque jour, font des mets à destination des nombreuses gargotes de la capitale. Dans ces endroits, l’hygiène laisse à désirer, mais… le repas est moins cher ! Même la multiplicité des cas confirmés de Covid-19 n’a pas fait reculer la fidèle clientèle. ‘’Ce sera vraiment difficile, si ça arrive. J’ai trois enfants en bas âge et mon époux a perdu son travail, il y a peu. C’est avec l’argent que je gagne ici que je nourris ma famille. C’est grâce à cet argent que mes enfants ont de quoi manger. Un mois, c’est très long et je ne pense pas que même mes économies tiendront pendant cette période’’, confie, pour sa part, Astou Diop, occupée à déballer ses plats.

La jeune dame est restauratrice aux abords de la direction de Dakar Dem Dikk. Le business, pour l’heure, marche bien, malgré l’équation hygiénique (verres partagés entre clients, ustensiles à peine lavés…). Il va de soi que le confinement devrait s’accompagner de mesures de soutien aux ménages, surtout les plus démunis. En Chine, l’isolement de 56 millions de personnes (Wuhan) a nécessité le déploiement de camions de provisions aux portes des populations. ‘’Ventre affamé n’a point d’oreilles’’. Ce célèbre proverbe risque de se matérialiser au Sénégal, si les populations confinées doivent faire face à la faim.

De son côté, le jeune Mamadou Ndiaye, conducteur de moto Jakarta dans la ville de Thiès, est tout simplement contre cette mesure. ‘’Quand j’ai commencé à faire ce job, des parents ont essayé de m’en dissuader, disant que c’est risqué, je peux me faire renverser et mourir. Mais je devais faire quelque chose pour subvenir à mes besoins, ceux de ma mère, ma femme et mes enfants. Juste pour dire que, de toute façon, on va mourir. Donc, rester chez soi, oui, certes ; c’est une question de vie ou de mort. Toutefois, on peut rester à la maison et mourir. Si, au bout d’un certain temps, le sac de riz se vide, on fait quoi ? On sera obligé de sortir’’, lance-t-il, en insistant sur le fait que l’Etat du Sénégal doit pouvoir prendre les bonnes décisions, au risque d’avoir à gérer d’autres problèmes que le coronavirus.

Ces travailleurs restent suspendus aux orientations étatiques et beaucoup ne veulent pas imaginer une journée enfermés chez eux à ne rien faire.

EMMANUELLA MARAME FAYE

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