Coronavirus : au Sénégal, “on est conscient qu’on n’a pas les infrastructures”, témoigne un journaliste indépendant à Dakar

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“Il y a une inquiétude, parce qu’on est conscient qu’on n’a pas les infrastructures pour être soigné”, témoigne Sylvain Cherkaoui, photo journaliste indépendant à Dakar alors que le pays vient, comme la Côte d’Ivoire, la Sierra Leone et la République démocratique du Congo, de décréter l’état d’urgence dans une Afrique gagnée progressivement par la pandémie de coronavirus Covid-19.

Le continent africain avait été jusqu’ici plutôt épargné, avec 2 137 cas déclarés, dont 62 morts, contre plus de 404 000 cas de contamination et plus de 18 000 décès au total sur la planète, selon un bilan établi par l’AFP.

franceinfo: Quelle est l’atmosphère au Sénégal, avec cet état d’urgence décrété dans le pays ?

Sylvain Cherkaoui : Cela fait un petit moment qu’à Dakar, les gens ont conscience de la situation, bien avant la déclaration de l’état d’urgence. Le premier couvre-feu hier, de 22 heures à 6 heures du matin, a été très suivi, les rues étaient désertes. Même s’il y a toujours quelques rebelles qui voulaient sortir, la police a géré ça. L’ambiance était tout de même assez bizarre. Les marchés sont fermés, les rues qui sont souvent très pleines sont vides. Il y a une sensation vraiment de confinement et il y a beaucoup d’auto-confinement. Il y a quand même une inquiétude parce qu’ici, on est conscient qu’on n’a pas les infrastructures pour être soigné, si ça venait à être plus grave. Aujourd’hui, il y a 86 cas confirmés. On n’a pas encore eu de décès, mais ça peut très vite monter.

Au-delà du couvre-feu, qu’implique l’état d’urgence au Sénégal ?

Cela veut dire que l’État et les autorités ont plus de droits, peuvent intervenir plus facilement, réquisitionner des véhicules ou empêcher les gens de circuler à leur guise. Cela veut dire aussi que les bus entre plus grandes villes du Sénégal sont interdits de circuler, que les bus intra-urbains sont limités en place. On essaye petit à petit de faire en sorte que les gens soient un peu moins proches les uns des autres.

Avez-vous les mêmes consignes face à l’épidémie, comme l’application stricte des gestes barrières ?

Oui, on a les mêmes consignes. Il y a beaucoup, beaucoup de communication sur le lavage des mains, sur la distanciation, sur le fait de rester à la maison, etc. C’est vraiment un copier-coller de ce qu’on peut trouver en Europe. On a aussi des problèmes pour les masques. Au Sénégal, ils sont assez chers et tout le monde ne peut s’en procurer. Dans la rue, on voit des gens qui en portent, d’autres pas. On va dire qu’une personne sur 20 en porte.

Est-ce que le système de santé sénégalais peut tenir le coup face à cette épidémie ?

L’Institut Pasteur de Dakar dit que oui, il a une capacité de 1 000 tests par jour. Certaines ONG appuient également le Sénégal. Pour l’instant, le discours est plutôt optimiste. Il pourrait y avoir des manques de respirateurs si les cas augmentent, même si on ne dispose pas de chiffres exacts.

L’épidémie peut-elle remettre en cause la bonne santé de l’économie sénégalaise qui affichait l’an dernier 6% de croissance ?

On anticipe une grande crise économique ici au Sénégal. Cela dépend beaucoup des importations et des exportations. Comme l’aéroport est fermé, c’est très compliqué. L’État a débloqué de l’argent, l’équivalent d’un million d’euros environ. C’est un très gros chiffre pour aider les populations qui vont être en difficulté.

Le confinement est-il la prochaine étape?

Difficile à dire, mais on a l’impression que l’État est en train de petit à petit limiter la liberté de circulation. Peut-être que oui, ce sera la prochaine étape.

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