Faire un geste solidaire, se montrer créatif : comment les designers de mode s’approprient le masque en tissu

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La mode s’approprie timidement le masque pour dédramatiser cet objet anxiogène, mal vu en France dont le port généralisé, lié à la pandémie de coronavirus, marquera une révolution culturelle.

Certains créateurs comme Naco Paris se sont lancés dans l’aventure dans un premier temps pour répondre aux besoins de leurs proches. D’autres comme Armine Ohanyan, Wilfried Lantoine et Louison David Grajcar ont souhaité faire en plus un geste solidaire. Dans la majorité des cas, ces designers ont réorienté leur production initiale. Leur credo : mettre en avant leur créativité pour s’approprier et réinventer ce masque en tissu qui deviendra ou non, post-confinement, un accessoire de mode !

“J’ai d’abord conçu une série de pièces uniques vendues en priorité aux ami-e-s”

Pour beaucoup de créateurs, la démarche première n’a pas été de créer une collection mais de répondre à une demande ponctuelle de leur entourage avant de passer, ensuite, en mode production et vente.

C’est le cas de Naco Paris qui admet avoir hésité avant d’en proposer à la vente : “C’est toujours délicat de savoir à quel moment on surfe ou non sur un événement comme celui que nous sommes en train de vivre. J’ai d’abord créé pour moi même, puis pour mon entourage proche, puis – après l’annonce du gouvernement que les masques alternatifs mis a disposition par celui-ci seraient vendus et non distribués gratuitement – j’ai lancé le projet. J’ai d’abord conçu une série de pièces uniques vendues en priorité aux ami-e-s via mon réseau puis organisé une collection capsule en matériaux recyclés et collectors peints à la mains. J’ai saisi l’opportunité de pouvoir continuer à faire vivre notre association Trance Rat Sisters qui a pour but de promouvoir la création textile ainsi que l’art contemporain.”

“C’est avec des petites actions que nous pouvons construire un monde nouveau, plus solidaire, plus respectueux”

Autre démarche avec la créatrice Armine Ohanyan qui prône entraide et solidarité : “C’est avec des petites actions que nous pouvons construire un monde nouveau, plus solidaire, plus respectueux, plus beau. Nous avons décidé de lancer une action solidaire via notre site internet. Un cache-visage acheté = un cache-visage donné à l’association Hirondelle de l’Avenir aidant les personnes dans le besoin.” Ses masques sont réalisés à partir de matières upcyclées issues de stock de tissus d’anciennes collections et de chutes de tissus.

Nombreux sont les créateurs solidaires : Wilfried Lantoine propose #wearegolden, une collection de masques exclusivement en denim métallique doré dont une partie des bénéfices est reversée au Secours Populaire, association pour laquelle il est bénévole. Le label Manifeste011 a mis au point un nouveau modèle (le premier était destiné à des personnes en situation d’handicap) légèrement différent du premier, puisqu’il ne comprend pas de poche à filtres anti-pollution et ne dispose pas de biais en satin. Pour chaque masque acheté, 1 euro est reversé à l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris.

Le créateur de la marque Darris Paris s’est quant à lui rapproché d’une amie de longue date, Maryam, vivant à Dakar, pour concevoir des modèles réalisés par les tailleurs de Dakar issus de quartiers difficiles. Une partie des ventes sera reversée à la Fondation des Femmes qui luttent contre les violences faites aux femmes, en hausse depuis le début du confinement. Make Me Stitch vend des masques en tissus homologués : un kit de 5 masques à coudre (24 euros) et le pack de 5 masques tout prêts (34 euros). La somme 4 euros par pack/kit est reversée à l’association Fondation des Femmes. Quant à La Môme Bijou, pour la vente d’un masque, 10% sont reversés au Fonds d’urgence pour le soutien des équipes de l’AP-HP.

“Si le masque doit devenir un accessoire de protection, autant être créatif”

Louison David Grajcar propose en ligne une collection de masques à coque et à plis. Comme beaucoup de créateurs, il les a d’abord fabriqués pour sa famille, les amis, les voisins, les commerçants du quartier. “C’est ma façon d’être solidaire. Au fil des jours, j’avais des demandes de plus en plus nombreuses, j’ai donc mis en place un système de troc : j’échangeais les masques contre des dons, souvent de la nourriture que je donnais à une association de mon quartier (dans laquelle il donne des cours, ndlr). Ils sont vendus 15 euros et nous reversons 20% des ventes à cette association d’aide aux femmes dans la précarité avec leurs enfants.” Les tissus upcycling viennent de son stock ou de stocks achetés avant le confinement pour la fabrication d’une collection de homewear. Et pour lui si le masque doit devenir un accessoire de protection (comme les parapluies, chapeaux…), autant être créatif. Il a donc réalisé des modèles livrés avec un flacon d’eau de Cologne. Le masque doit être parfumé 15 minutes avant de le porter. “Le parfum aura un effet rafraîchissant et barrière mais ce n’est pas un soin. C’est du préventif qui est utilisé dans l’aromathérapie”, explique le créateur.

Coup de cœur à voir sans modération : la vidéo très drôle de Simon Delacour et Bastien Beny, créateurs de la maroquinerie domestique. Ce tuto montre comment se cuisiner un masque à l’anguille ! Comme ce sont des “peaux d’anguilles issues de l’upcycling, puisque héritées d’une maison de couture aujourd’hui fermée, la réalisation des masques se fera dans un premier temps uniquement sur commande”, explique l’un des deux créateurs, Bastien Beny.

Force est de constater que beaucoup de créateurs réalisent des modèles lavables et réutilisables avec les stocks de tissu dont ils disposent : Claire Dartigues (polos couture), Valérie de Divine Trouvaille (carrés de soie et torchons en coton), Saint James (tissus de marinières), Saku Saku (tissus destinés pour des sacs et matériaux récupérés sur des vêtements) et Charlotte Bailas (soies vintage).

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