Second tour des municipales : cesser le jeu de dupes

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Le gouvernement souhaite que les oppositions se prononcent lors d’un vote au Parlement. Les responsables LR, en particulier, renvoient la balle à l’exécutif. Ces manœuvres ne sont ni très dignes, ni très constructives.Publié aujourd’hui à 10h36, mis à jour à 11h37 Temps deLecture 2 min.

Appelés aux urnes les 15 et 22 mars pour élire leurs nouveaux conseils municipaux, les électeurs n’ont en effet pu voter qu’au premier tour, en raison des mesures de confinement alors annoncées par Emmanuel Macron. Dans près de 5 000 communes, en général les plus peuplées, comme Paris, Lyon, Marseille, cette interruption a conduit à suspendre le processus électoral avant qu’une nouvelle majorité ait pu être choisie. Il faut donc fixer une date pour le second tour, et cela constitue une inévitable prise de risque en raison de l’incertitude qui plane sur l’évolution de l’épidémie.

Or, personne ne semble disposé à endosser ce risque. Consulté, le conseil scientifique, qui sert à éclairer les décisions de l’exécutif, est resté très prudent dans le texte qu’il a publié mardi 19 mai. Certes, il ne s’oppose pas à une éventuelle tenue de la consultation à la fin du mois de juin, mais les réserves qu’il énumère sont telles que ses recommandations ne constituent en rien un feu vert. Constatant qu’il est « difficile d’anticiper une situation incertaine pour les semaines à venir », il préconise de procéder à une nouvelle évaluation des conditions sanitaires quinze jours avant la date retenue, si celle-ci devait être fixée au 28 juin.

La demande des maires

Le mistigri échoit donc au premier ministre, qui a entamé, mercredi 20 mai, une consultation des responsables des partis politiques pour décider s’il faut valider cette date ou se résoudre à reporter le scrutin après l’été. Dans ce cas, l’intégralité de l’élection – premier et second tours – serait à refaire, ce qui n’est pas non plus sans risque sanitaire. Echaudé par les vives polémiques qui ont entouré la tenue du premier tour, Edouard Philippe voudrait cette fois obtenir un vote indicatif du Parlement. Mais ni le président du Sénat, Gérard Larcher, ni le président du groupe Les Républicains à la Haute Assemblée, Bruno Retailleau, ne veulent y participer, estimant que ce type de décision est du ressort unique du pouvoir réglementaire.

Ce jeu de dupes n’est ni très digne ni très constructif. A partir du moment où il est acquis qu’une décision de ce type ne peut se prendre que dans un contexte incertain, l’attitude la plus responsable est que chaque parlementaire acte sa position par un vote. Cela éviterait aux responsables de l’opposition de droite et de gauche de ressembler à la girouette qu’ils ont été à la mi-mars lorsque, après avoir soupçonné Emmanuel Macron de vouloir repousser le premier tour, ils lui ont reproché de l’avoir maintenu.

Aujourd’hui, plusieurs maires de gauche et de droite, Anne Hidalgo et François Baroin entre autres, plaident publiquement pour que le scrutin se tienne fin juin si les conditions le permettent. Ils jugent en effet très inconfortable de devoir gérer la crise du coronavirus dans un tel entre-deux. Le gouvernement ne semble pas opposé à leur requête. Lui aussi est pressé d’en finir avec cette séquence électorale qui a été très défavorable aux candidats de la majorité. Il a en outre besoin que les conseils municipaux soient opérationnels en septembre, lorsque sera mis en œuvre le plan de relance destiné à contrer les effets de la récession. Il reste juste un détail essentiel à régler : qui, aujourd’hui, est prêt à endosser le risque sanitaire ?

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