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La publication de cette vaste étude dans une revue de référence a conduit l’OMS à suspendre, par précaution, l’inclusion de nouveaux patients dans les essais cliniques avec l’hydroxychloroquine, menés avec ses partenaires dans plusieurs pays.

Le professeur Didier Raoult, principal défenseur de l’utilisation de la chloroquine en France, dénonçait une “étude foireuse”. Une semaine après la parution dans la revue de référence The Lancet d’une étude affirmant que la molécule et son dérivé, l’hydroxychloroquine, étaient inefficaces, voire dangereux, dans le traitement du Covid-19, des voix s’élèvent pour mettre en doute la méthodologie de ces travaux qui ont abouti à la suspension d’essais cliniques.

Jeudi 27 mai, des dizaines de scientifiques ont publié une lettre ouverte exprimant leurs “inquiétudes” sur les méthodes de cette vaste étude qui se fonde sur les données de quelque 96 000 patients hospitalisés entre décembre et avril dans 671 hôpitaux, et compare l’état de ceux qui ont reçu le traitement à celui des patients qui ne l’ont pas eu.

Des doutes sur “la méthodologie” et “l’intégrité des données”
Le retentissement de cette étude a “conduit de nombreux chercheurs à travers le monde à examiner minutieusement, en détail, la publication en question”, écrivent les auteurs de la lettre ouverte. Or, “cet examen a soulevé à la fois des inquiétudes liées à la méthodologie et à l’intégrité des données”, soulignent-ils avant de faire une longue liste de points problématiques, du refus des auteurs de donner accès aux données à l’absence d'”examen éthique”.

Notant que la médiatisation autour de cette étude a provoqué “une inquiétude considérable chez les patients et les participants” aux essais cliniques, ces scientifiques appellent à la mise en place par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ou une autre institution, “indépendante et respectée”, d’un groupe chargé de mener une analyse indépendante des conclusions de l’étude.

“On ne peut rien dire : on est forcément soit pro, soit anti”
Parmi les signataires se trouve le Français Philippe Parola, collaborateur du professeur Didier Raoult à Marseille, promoteur de l’hydroxychloroquine qui a largement contribué à populariser ce traitement. Toutefois, l’étude publiée dans The Lancet est également critiquée par de nombreux spécialistes qui ne défendent pas l’utilisation de la chloroquine dans le traitement du Covid-19. Parmi les signataires de cette lettre ouverte se trouvent ainsi des cliniciens, des statisticiens et autres chercheurs du monde entier, de Harvard à l’Imperial College de Londres.

“J’ai des doutes sérieux sur les bénéfices d’un traitement à la chloroquine/hydroxychloroquine contre le Covid-19 et j’ai hâte que cette histoire se termine, mais je crois que l’intégrité de la recherche ne peut pas être invoquée uniquement quand un article ne va pas dans le sens de nos préconceptions”, commente sur Twitter le professeur François Balloux, du University College de Londres. Aussi, “c’est avec le cœur lourd” qu’il a “ajouté [son] nom à la lettre ouverte”, écrit-il.

Même sentiment chez le professeur Philippe Froguel, du CHU de Lille et de l’Imperial College de Londres, qui avait fait part de ses doutes sur Twitter : “J’ai d’abord beaucoup hésité à réagir parce que je ne veux pas qu’on dise que je suis pro-Raoult. On ne peut rien dire : on est forcément soit pro, soit anti. Mais l’article de The Lancet pose de gros problèmes”, a-t-il déclaré à France 3 Hauts-de-France. “Les données sont trop bizarres, pas fiables. On ne sait même pas exactement d’où elles viennent, comment [les auteurs] se les sont procurées. Du coup, les conclusions ne peuvent pas être fiables (…) Ce papier est une merde en grande partie fabriquée par une firme inconnue qui voulait se faire de la pub.”

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