Seule entité africaine ayant collaboré avec Surgisphere : L’AFEM préoccupée par la possibilité d’avoir été roulée dans la farine.

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Surgisphere traverse présentement un moment difficile de son existence. Cette société américaine d’analyse de données en santé fait les choux gras de la presse depuis quelques jours et pour cause. Elle a fourni des données aux quatre chercheurs de l’étude publiée le 22 mai dans la revue anglaise The Lancet. Laquelle étude prospective et non clinique a « démontré » que la chloroquine et l’hydroxychloroquine administrée seule ou combinée avec un macrolide n’étaient pas efficaces contre la Covid-19.

Pire, les chercheurs ont ajouté que l’exploitation des données à portée, a établi que ces molécules connues dans le traitement du paludisme provoquent des troubles cardiaques et augmentent le risque de décès chez les malades COVID-19.

Seulement, il s’est posé un réel débat sur la fiabilité des données utilisées dans cette étude. Ses auteurs prétendent avoir exploité près de 100 000 dossiers médicaux en provenance de 671 hôpitaux sur six continents pour arriver aux conclusions qui sont les leurs.

En Afrique, ils auraient eu recours aux chiffres de 30 hôpitaux, mais c’est sans donner aucune indication permettant d’identifier ces structures sanitaires.

Dans un souci de vérification, Dakaractu a envoyé un mail à Surgisphere pour être édifié sur les hôpitaux africains qui ont été impliqués dans cette étude. Dans sa réponse, la société de Sapan Desai, lui-même co-auteur de l’étude, refuse de trahir la clause de confidentialité la liant aux hôpitaux. Plus tard, elle reconnaîtra qu’elle est même incapable de mettre un nom sur ces structures sanitaires car les données qu’elles reçoivent arrivent « anonymisées ».

Poussant la recherche, nous avons découvert qu’une structure africaine a eu à collaborer avec Surgisphere. Il s’agit de la Fédération africaine de médecine d’urgence. Sans attendre, un mail est envoyé à cette organisation qui œuvre pour assister les cliniciens africains dans leur travail. La réponse livrée par son fondateur, le Dr Lee Wallis a été on ne peut plus claire. « Nous n’avons en aucun cas participé à l’étude sur l’hydroxychloroquine. Nous n’avons pas fourni de données provenant d’hôpitaux ici – même si je dois préciser que personne n’a prétendu que nous l’avions fait. Je ne sais pas d’où vient cette impression », s’est défendu le chef de la médecine d’urgence à l’Université du Cap, située au Cap dans la province du Cap-Occidental, en Afrique du Sud.

L’AFEM travaille au moins avec différentes organisations dans 25 pays africains selon son site internet visité à Dakaractu.

L’AFEM, seule structure ayant travaillé avec Surgisphere

Le Dr Walis précisera juste que la Fédération africaine de médecine d’urgence a travaillé avec Surgisphere sur un autre projet « pour aider à informer les cliniciens de première ligne sur la gravité de la maladie à Coronavirus ».

« L’Outil de prédiction de la gravité qu’ils ont mis au point avec nous est simple à utiliser et est actuellement testé dans différents contextes. Nous espérons qu’il sera aussi précis que les premiers tests l’ont montré, car son utilisation contribuera à sauver de nombreuses vies en Afrique », ajoute le Dr Wallis.

Cependant, les nouvelles révélations sur Surgisphere suivies des demandes d’explications envoyées à cette structure par les différentes revues (The Lancet et The NJEM) dans lesquelles elle a publié ses études sur la prétendue nocivité de la chloroquine, ne laissent pas insensible notre interlocuteur.

Joint une deuxième fois par Dakaractu, Dr Wallis qui semble gêné d’être associé à Surgisphere a fait une longue mise au point sur les raisons de la collaboration de la Fédération africaine de médecine d’urgence (AFEM) avec l’équipe du Dr Sapan Desai. « La réponse à la pandémie, les données disponibles pour éclairer la prise de décision et notre compréhension de celle-ci évoluent rapidement. Nous avons reconnu le besoin d’outils destinés aux personnes disposant de faibles ressources, et nous avons été inondés de demandes d’outils de ce type de la part de nos membres/fournisseurs de première ligne. Dans ce contexte, je suis tombé sur le travail de Surgisphere il y a quelques semaines. À l’époque, j’avais mis sur pied une équipe travaillant sur une revue systématique et une méta-analyse (qui est prête à être soumise maintenant, pour publication dans une grande revue (nous l’espérons !), en examinant les caractéristiques des présentations des patients qui peuvent prédire la gravité de la maladie. Nous nous sommes particulièrement intéressés à celles qui sont disponibles dans les milieux à faibles ressources et au début du parcours du patient (ainsi, par exemple, la tomodensitométrie ne serait pas incluse car la plupart des sites n’en disposent pas ; les analyses sanguines ne seraient pas incluses car la plupart des sites mettent des heures à obtenir les résultats). Plus ou moins en même temps, nous avons demandé au Dr Desai de voir s’il pouvait utiliser la ML pour dériver un outil basé sur ce genre de paramètres. Ce qu’il a fini par recommander dans l’outil – les caractéristiques historiques, les signes vitaux et l’âge – sont ce que nous avons trouvé dans l’étude. En fait, c’est logique, car de plus en plus de travaux indiquent que ce sont ces éléments qui comptent. La seule chose que Surgisphere a vraiment faite, c’est de leur attribuer une note », renseigne-t-il.

Plus loin, il fait noter que l’outil en question « est appliqué à l’arrivée du patient, et il aide le clinicien à décider s’il doit ou non utiliser l’oxygène limité pour ce patient. Ce n’est pas une instruction, c’est un guide. Ce n’est pas une norme de soins, c’est une aide à la prise de décision, vous verrez qu’il utilise un langage comme “moins susceptible d’avoir besoin…” et “besoins probables…”, et non “le patient a besoin… » et qu’il a été testé par rapport à la base de données de Surgisphere (dérivé sur 14 000 patients et testé sur 45 000 environ).

« Première sur le marché grâce à son réseau mondial de soins de santé en temps réel, Surgisphere a exploité de manière prospective des données collectées en temps réel sur plus de 20000 patients COVID-19 pour développer quatre outils d’aide à la décision – tous validés prospectivement et utilisés en clinique dans le monde entier. L’outil d’aide à la décision diagnostique de Surgisphere est un outil de dépistage très efficace qui permet d’identifier si un patient est atteint de COVID-19. Les outils de triage rapide et de notation de la gravité aident à déterminer la gravité de l’infection. Un calculateur de risque de mortalité offre une prévision rapide de la survie des patients infectés », peut-on lire sur le site de Surgisphere.

« Il n’est clairement pas dans notre intérêt d’être associés à une organisation frauduleuse ou contraire à l’éthique »

Cependant, Dr Wallis accepte qu’à la lecture des derniers développements de l’affaire dite du « Lancetgate », « que cela puisse constituer un problème majeur et que les résultats puissent être invalides ».

Plus explicite, le Dr Walis dit être «préoccupé par la possibilité que l’ensemble des données qui a servi à la base à l’outil n’existe pas ou soit frauduleux d’une manière ou d’une autre».

En revanche, cela ne le conduirait pas à jeter le bébé avec l’eau du bain. « L’outil est actuellement en cours de validation prospective dans deux pays (…) s’il s’avère que l’outil présente de bonnes caractéristiques de performance, nous continuerons à l’utiliser, s’il doit être modifié, nous le modifierons si nécessaire. Nous serons totalement guidés par la science », philosophe le praticien sud-africain qui rappelle que l’AFEM n’a pas intérêt à se lier avec une « organisation frauduleuse ou contraire à l’éthique ». Des qualificatifs dont Surgisphere a du mal à se défaire par les temps qui courent…

DAKARACTU

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