Opinion I L’après Covid-19 : enfin la période de revanche du vélo à Dakar ?

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Baye Cheikh Sow et Cheikh Cissé de « Sama Velo », « une association qui promeut la mobilité à vélo au Sénégal » exposent, dans cette tribune, les bienfaits du vélo et la place que ce mode de transport devrait avoir au Sénégal dans l’après Covid-19.

En cette période de pandémie, la promiscuité dans les transports en commun et les scènes de bousculade dans les différents lieux de transport de la ville de Dakar en heure de pointe – gares routières permanentes et points de stationnement temporaires des véhicules – sont des facteurs non négligeables de la propagation de la COVID-19.

Ces services publics et privés de transport en commun sont marqués par une vétusté sans précédent en plus d’une offre insuffisante par rapport à la demande croissante de mobilité des personnes. Même en temps normal, ils sont des facteurs dégradants de l’environnement et de la santé publique, à fortiori cette période de crise qui exige une distanciation sociale entre les usagers.

Depuis le début de la crise de la COVID-19, nombreux sont les citadins impactés par les mesures prises par le ministère des transports, notamment la limitation de la capacité de transport des véhicules motorisés, obligeant ainsi plusieurs citadins à marcher des kilomètres pour rejoindre leur domicile.

Par ailleurs, d’un point de vue sanitaire, les maladies non transmissibles telles que le diabète, l’asthme, l’hypertension directement liées au mode de vie de la population en général et plus récemment l’apparition de la COVID-19 sont entre autres des pathologies qui nuisent à la santé publique. Si pour les premiers types de maladies cités les professionnels de santé recommandent de pratiquer une activité physique régulière ; avec la COVID-19, c’est se tenir à l’écart des autres qu’est préconisé pour réduire les risques de contamination. L’expérience montre que le sport et les activités ne vont pas de pair pour bon nombre d’actifs sénégalais.

A l’heure de la réflexion de la vie de l’après COVID-19, l’occasion est donnée aux acteurs institutionnels et la société civile de réfléchir ensemble à une politique de mobilité plus sûre, responsable, durable et peu coûteux. Il semble que c’est le moment propice de se tourner vers le seul mode de transport qui allie à la fois la fonction de transport, de sport et de loisir : le vélo.

En effet, le vélo présente de nombreux avantages pour relever les défis posés par les transports publics, la mobilité et la crise sanitaire actuelle.

D’abord, le vélo a une efficacité incontournable : pour les déplacements urbains entre 5 et 10 km, le vélo est le moyen le plus efficace. En effet, selon l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME) : «pour les trajets de moins de 5 km, le vélo est plus rapide que les autres modes de transport […] Un cycliste roule à 15 km/h en ville, alors que la vitesse moyenne des véhicules est de 14 km/h». Avec une superficie raisonnable, un relief plat et une configuration globalement compacte, la ville de Dakar et son hinterland ont la possibilité d’expérimenter le concept de la ville « du quart-heure » théorisée par Carlos Moreno[1]. En effet, c’est un « chrono-urbanisme » qui permet de relier toutes les parties de la ville en quinze minutes. La ville du quart d’heure, configurée essentiellement avec la mobilité à vélo et à pied, a des externalités positives sur l’économie et l’environnement, car elle permet de réduire les déplacements motorisés polluants et la congestion urbaine.

Ensuite, sur le plan économique, le vélo génère moins de frais pour l’utilisateur à l’achat et pour la maintenance. Egalement, pour la ville, les investissements pour les infrastructures cyclables sont moins coûteux. En effet, à débit identique, une piste cyclable est environ 200 fois moins chère qu’une autoroute urbaine, 50 fois moins chère qu’un métro lourd et 25 fois moins chère qu’un tramway.[2] Les vertus qu’apporte le vélo constituent une forme d’urbanisme tactique[3] théorisé par l’américain Mike Lydon. C’est une intervention efficace, peu couteux, dans une petite échelle de l’espace qui permet de répondre à des besoins considérables. Ainsi, le tarissement des finances dans le secteur des transports publics est un prétexte solide pour inciter fortement la population à adopter le vélo.

Enfin, faire du vélo est bon pour la santé, car cela permet de pratiquer une activité physique régulière. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande de faire une activité physique régulière. Contrairement aux autres moyens de déplacement, à vélo on est en mobilité active. « La santé est une préoccupation qui pousse de plus en plus de personnes à passer au vélo», observe Geneviève Laferrière [4]– 2015 (ancienne présidente de la Fédération des Usagers de la Bicyclette FUB France). De plus, le cycliste est moins exposé à la pollution que les autres usagers.

En outre, le besoin de pédaler, de se démarquer des véhicules motorisés puants un carburant de mauvaise qualité [5]et nocifs pour les poumons, de respecter la distanciation sociale préconisée par les professionnels de santé, n’a jamais été aussi probant. Le vélo semble être un outil stratégique. Il est souple, accessible et permet d’être distant des autres tout en contribuant positivement à la préservation de l’environnement. De même, nous rappelons que le vélo est un moyen de déplacement au même titre que les autres modes existants et mieux il travaille les muscles et le cerveau. Ainsi la période du « dé-confinement », du retour à la vie « normale » devrait-être celle l’enracinement des dakarois à la culture du vélo. En effet, 60% de l’usage du vélo à Dakar, est destiné au loisir.[6] Ce moment de crise sanitaire ponctuel est, à jamais, l’occasion de la revanche du vélo sur les autres modes de déplacement.

D’un point de vue géomorphologique (relief plat) et financier (coût très raisonnable), une ruée massive vers le vélo à Dakar est faisable. La volonté pourrait venir « du bas », de la société civile, puis soutenue par les acteurs institutionnels. En effet, selon 39% des dakarois interrogés dans une étude réalisée par l’association SAMA-VELO, la création d’infrastructures cyclables facilitera le développement de la mobilité à vélo à Dakar. Le besoin est donc exprimé, la balle est dans le camp des décideurs.

En définitive, nous sommes dans un moment propice pour donner une place au vélo dans la mobilité urbaine à Dakar. Très peu coûteux et bon pour la santé et l’environnement, il est un moyen de transport stratégique pour supplanter les véhicules motorisés, ne serait-ce que pour les petites distances. Les véhicules motorisés, comme nous l’avons démontré, sont des sources intarissables de pollution pouvant impacter négativement sur la santé publique. Que les décideurs publics et les citadins proposent et osent pour enfin pédaler le développement urbain durable tant clamé dans les discours politiques.

Cheikh CISSE, urbaniste-chercheur chez SAMA VELO et ACRESA

Email : cheikh.cisse@acresa.org

Baye Cheikh SOW, Président-Fondateur (SAMA VELO)

Bibliographie

BOITEUX Marcel (dir.), 2001, Transports : choix des investissements et coût des nuisances, rapport pour le Commissariat général du Plan, La Documentation Française, Paris, 325 p.

MORENO C., la ville du quart d’heure : https://www.latribune.fr/regions/smart-cities/la-tribune-de-carlos-moreno/la-ville-du-quart-d-heure-pour-un-nouveau-chrono-urbanisme-604358.html

SAMA VELO (2019), Enquête sur la mobilité à vélo à Dakar

Sitographie : ressources et données scientifiques

https://www.demainlaville.com/essor-urbanisme-tactique/ https://www.liberation.fr/futurs/2015/06/02/cinq-raisons-de-se-mettre-au-velo-en-ville_1321285

Https://www.unenvironment.org/fr/actualites-et-recits/recit/les-ministres-ouest-africains-adoptent-des-normes-pour-des-carburants-et

[1] https://www.latribune.fr/regions/smart-cities/la-tribune-de-carlos-moreno/la-ville-du-quart-d-heure-pour-un-nouveau-chrono-urbanisme-604358.html

[2] BOITEUX Marcel (dir.), 2001, Transports : choix des investissements et coût des nuisances, rapport pour le Commissariat général du Plan, La Documentation Française, Paris, 325 p.

[3] https://www.demainlaville.com/essor-urbanisme-tactique/

[4] https://www.liberation.fr/futurs/2015/06/02/cinq-raisons-de-se-mettre-au-velo-en-ville_1321285

[5] Https://www.unenvironment.org/fr/actualites-et-recits/recit/les-ministres-ouest-africains-adoptent-des-normes-pour-des-carburants-et

[6] Enquête sur la mobilité à vélo à Dakar par SAMA VELO – 2019

LESOLEIL

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