JO: Paris 2024 va devoir faire des économies

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C’est une certitude, les organisateurs des Jeux olympiques de Paris 2024 vont devoir trouver des pistes d’économies pour faire face aux conséquences budgétaires de la crise du coronavirus.

L’impact de la crise sanitaire sur le budget d’organisation des Jeux olympiques, lequel doit s’élever à 3,8 milliards d’euros, quasi intégralement financés par des recettes privées (sponsors, billetterie, contribution du Comité international olympique), figurait à l’ordre du jour d’un bureau exécutif de Paris 2024, initialement programmé le jeudi 2 juillet, mais finalement reporté in extremis à une date ultérieure, en raison des changements d’équipes municipales des différents prochains sites. Le conseil d’administration de Paris 2024, prévu dans une semaine, a été aussi décalé.

Ne plus se soumettre à toutes les exigences du CIO

En visite deux jours à Paris la semaine prochaine, Thomas Bach, président du CIO, ne devrait pas échapper aux discussions sur l’équilibre budgétaire de l’événement. Et on peut même envisager que Paris va demander plus de souplesse de la part de l’organisation internationale pour la réalisation des Jeux. L’époque où la ville organisatrice et le pays devaient se soumettre à toutes les exigences du CIO semble désormais révolue. « Le niveau de service lors des JO est délirant. C’est possible de réduire un peu sans toucher à la qualité, notamment pour les transports des athlètes et des officiels », décrit à l’AFP un élu dans une collectivité concernée.

Tony Estanguet, patron du comité d’organisation des JO 2024 (Cojo), a toujours martelé qu’il fallait dépenser « uniquement ce qu’il y a dans les caisses ». Et même si la recherche de sponsors avance et qu’elle est à la hauteur des espérances, selon un membre important du Cojo qui affirme que la crise « n’a pas gelé l’avancement des discussions avec les futurs partenaires », il faudra bien faire bouger les lignes du cahier des charges pour l’adapter à la situation actuelle et à la crise économique.

Si Orange devrait arriver comme partenaire Premium cet automne, certains doivent regretter encore plus le désengagement de Total (qui promettait un chèque de plus de 100 millions d’euros), sous la pression de la maire de Paris Anne Hidalgo. Ce qui avait donné lieu à un bras de fer en coulisse entre elle et Estanguet. Le président de la République Emmanuel Macron avait même commenté sur France Info : « C’est plus facile d’écarter de l’argent privé en donnant des leçons de morale que d’en trouver, donc maintenant on doit mobiliser collectivement tous les financeurs français. » Anne Hidalgo pouvait se montrer intransigeante, la ville de Paris n’est pas comptable du passif des JO. L’État reste le garant.

Les transports au cœur du débat

À quatre années de l’échéance, il va donc falloir faire preuve d’inventivité face aux problèmes budgétaires. Un des exemples les plus flagrants reste celui des retards dans le chantier des lignes de métro 16 et 17 du futur Grand Paris Express.

Après la confirmation, le 22 juin, par le secrétaire d’État aux Transports Jean-Baptiste Djebbari, que ces lignes ne seraient pas livrées à temps au Bourget, en Seine-Saint-Denis, les organisateurs vont devoir trouver des solutions alternatives pour desservir cette zone olympique, où doivent se disputer tir et volley-ball, mais qui doit surtout accueillir le centre et le « village des médias », qui ne devrait pas être sacrifié sur l’autel des économies. Mais une baisse du nombre de logements (1500 prévus dans le dossier) pourrait être envisagée. Nouveau challenge pour Paris 2024 : trouver un plan B pour acheminer les gens sur les sites. Un surcoût que les organisateurs voient d’un mauvais œil. « La réalité, c’est que le sujet est clef pour l’organisation », glisse un membre du Cojo.

Début mai, Tony Estanguet avait fixé un cap : trouver des pistes d’économies dans « les coulisses des JO » comme la restauration, la sécurité et les transports. Ces derniers ne pourront certainement plus être source d’économies, mais de lignes supplémentaires dans le budget.

Ne pas renoncer à l’« héritage » laissé aux territoires

Comme autre économie, le Cojo a déjà envisagé de réduire le nombre de lits au village olympique, de 18 000 à 15 000.

De plus, fin avril, la facture totale de l’opération pour construire le centre aquatique olympique à Saint-Denis, équipement phare des JO, a été réévaluée à 174,7 millions d’euros de fonds publics, contre 113 initialement.

Mais Paris 2024 ne veut pas renoncer à l’« héritage » laissé aux territoires. Pourtant, les organiseurs sont dans l’incapacité d’évaluer l’impact économique de la crise du coronavirus sur les quatre prochaines années en France. Il faudra donc qu’ils se donnent des marges de manœuvre pour rester dans le budget, et il y aura certainement des mécontents.

« On peut regarder s’il y a des économies à faire, laissons de côté le “bling-bling” qui caractérise parfois les Jeux olympiques, et je ne parle pas forcément de Paris 2024. Mais il est hors de question qu’on sacrifie l’héritage pour la Seine-Saint-Denis », prévient déjà Stéphane Troussel (PS), président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, l’un des départements les plus pauvres de l’Hexagone.

Pour commencer, Paris 2024 va devoir reconfigurer ou retarder certains recrutements. Et surtout, mettre d’accord toutes les parties prenantes dans ce dossier budgétaire devenu épineux en l’espace de quelques mois.

RFI

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