COVID-19 ET MILIEU CARCÉRAL – Guy Marius Sagna étale la misère des détenus

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L’ex-pensionnaire du Camp pénal et membre du Front pour une révolution anti-impérialiste populaire (Frapp), Guy Marius Sagna, a fait face à la presse, hier, pour dénoncer les conditions de vie des prisonniers, en cette période de pandémie. Les détenus, qui étaient en grève de la faim mercredi dernier, réclament l’autorisation des visites et des repas externes, interdits depuis le début de la pandémie.

Guy Marius Sagna ne fait pas dans la langue de bois, pour parler des misères dans le milieu carcéral. Les conditions de vie des détenus sont devenues plus difficiles dans ce contexte de coronavirus, avec l’interdiction des visites et des repas externes, depuis l’apparition des premiers cas. Ce qui fait que les prisonniers n’ont droit qu’aux repas servis dans ces lieux de privation. C’est pourquoi le membre du Front pour une révolution anti-impérialiste populaire (Frapp), Guy Marius Sagna, regrette que la population carcérale ne soit pas prise en compte dans l’enveloppe des 1 000 milliards de l’Etat du Sénégal visant à soutenir les populations en cette période de crise.

‘’Les prisonniers les plus chanceux reçoivent chaque mois un petit bout de savon pour leur toilette et leur linge. En ce temps de crise où la propreté est exigée, ceci est inacceptable. Pour les repas journaliers, ils reçoivent une petite portion de riz accompagnée, le plus souvent, de viande ou de poisson pourri. Et si, en cette période, les repas familiaux sont interdits, vous imaginez un peu la situation’’, s’indigne l’ancien pensionnaire du Camp pénal.

Pour l’activiste, ces repas familiaux constituaient un réconfort, car, dit-il, cela rappelait aux détenus la chaleur familiale et leur permettait de supporter les rigueurs carcérales. ‘’Il faut aussi savoir que la plupart des détenus sont issus de familles modestes et avec la pandémie, toutes les activités sont à l’arrêt. Donc, il sera difficile de leur transférer de l’argent pour satisfaire leurs besoins’’, précise-t-il.

Ainsi, face à cette situation, les détenus du Camp pénal ont, d’après Guy Marius Sagna, entamé depuis ce mercredi une grève de la faim afin de réclamer de meilleures conditions de détention. Et la médiation entreprise par le directeur de la prison n’a pas permis de les faire revenir à de meilleurs sentiments. A en croire M. Sagna, ils ont d’abord refusé de prendre leur petit-déjeuner à 9 h, avant de reconduire le même scénario à l’heure du déjeuner, à 14 h. ‘’Les détenus ont exigé la présence du ministre de la Justice, leur seul interlocuteur. Frustré, le directeur a demandé à ses gardes de les réprimer sévèrement.

Certains blessés se sont retrouvés à l’infirmerie. Il a, en outre, coupé l’électricité afin de les faire davantage souffrir, avec cette canicule’’, dénonce Guy Marius Sagna. Qui renseigne d’ailleurs que l’Administration pénitentiaire a transféré hier des gardes pénitentiaires de Rebeuss vers le Camp pénal, pour y renforcer la surveillance. Il renseigne que les prisonniers souhaitent renouer le contact avec leurs familles et recevoir des repas dans le respect des mesures barrières.

‘’Nous mettons en garde le président de la République, le ministère de la Justice et l’Administration pénitentiaire. Cette situation risque de créer des émeutes en prison et ils seront tenus pour responsables, en cas de mort d’homme’’, averti-t-il.

A entendre l’activiste, la vie dans les 37 prisons du Sénégal a toujours été déplorable. Il en veut pour preuve des statistiques de 2018 sur le nombre de détenus. A l’époque, rappelle-t-il,’’ la Maison d’arrêt et de correction de Rebeuss comptait 469 places pour 2 279 prisonniers, soit une place pour 4 personnes. La prison de Thiès 337 places pour 1 126 prisonniers, alors que Kaolack avait 270 places pour 600 prisonniers’’.

Aujourd’hui, renseigne M. Sagna, la plupart de ces détenus ne demandent qu’à être jugés afin de sortir de cette situation. ‘’Le 27 janvier 2020, on dénombrait 4 665 détenus en attente de jugement. Au Sénégal, nous avons 546 juges pour 16 millions de personnes, soit 29 000 habitants pour un juge, alors que la norme c’est un juge pour 10 000 habitants’’, dénonce M. Sagna.

HABIBATOU TRAORE
ENQUETEPLUS

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