GOUVERNANCE – Ces dossiers chauds du mandat

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Train Express régional, Building administratif, semences agricoles de mauvaise qualité : des niches à scandales selon l’ancien vice-président de l’Assemblée nationale, Moustapha Cissé Lo, qui a remis au goût du jour des «affaires» ayant terni le slogan de «gestion sobre et vertueuse», ressassé urbi et orbi par le régime en place. Ils sont pourtant florès, ces dossiers qui pointent du doigt la mal gouvernance des affaires publiques sous le deuxième mandat de Macky Sall. Monographie des dossiers les plus récents et les plus expressifs : du foncier à l’aide alimentaire d’urgence, en passant par le TER et les gaps autour de la gestion des entreprises publiques.

AIDE ALIMENTAIRE D’URGENCE : Une affaire, mille maux !

Exécuté dans le cadre de la riposte contre les effets pernicieux du nouveau coronavirus sur les populations dites vulnérables, le programme gouvernemental d’aide alimentaire d’urgence a été un autre point de distorsion de la prétendue « gestion sobre et vertueuse » tant vantée par Macky Sall et son régime. Entre des opérations tendancieuses d’attribution des marchés du riz et du transport des vivres, un ciblage embryonnaire des ayants droit, un recours à un Registre national unique à la fiabilité contestée et les nécessaires impairs dans la dotation des groupes cibles, le programme d’aide alimentaire d’urgence aura été une sorte de véritable fiasco pour le régime en place.

69 milliards d’aide alimentaire d’urgence pour atténuer les dommages collatéraux d’un virus dont la propagation au Sénégal avait fini de déstructurer les bases sociales et économiques de populations fortement impactées : tel était l’initiative du Président Macky Sall pour contenir la crise que vivaient des populations en butte à l’état d’urgence et au couvre-feu. Mais, dès le départ, les opérations généraient controverse et suspicion. La cession des marchés de riz faite en situation d’urgence se révélait en porte-à-faux avec les dispositions réglementaires de désignation des attributaires.

Dans un flou artistique, des opérateurs sans pédigrée dans le marché du riz sont bénéficiaires des contrats pilotés par le ministre du Développement communautaire. On n’avait pas fini d’épiloguer que le transport des vivres s’invitait à la polémique, avec son lot de couacs et d’impairs entre des transporteurs tantôt bénévoles tantôt opérateurs, justifiant le recours aux camions de transport de l’armée.

L’initiative gouvernementale d’aide alimentaire aux nécessiteux pour 1 million de foyers Sénégalais ou à peu près pour 8 millions des plus pauvres, soit la moitié de la population Sénégalaise estimée à 16 millions d’habitants, démarrait dans le même temps à grand renfort de reportages et de clichés du Président Macky Sall devant des montagnes de sacs de riz. Comme en une sorte de grand coup de pub devant susciter l’espoir de populations abasourdies par Covid-19 ! Ces populations dites vulnérables face aux effets du nouveau coronavirus devaient cependant, pour leur grande partie, déchanter au fil des opérations de distribution des kits alimentaires de survie (huile, sucre et savon…).

Entre un ciblage embryonnaire des ayants-droit, un recours à un Registre national unique (Rnu) parcellaire, des doublons à la pelle dans toutes les communes du Sénégal, l’implication de responsables du parti au pouvoir et de leurs alliés plus soucieux de leur clientèle politique et autres partisans que d’une répartition équitable des denrées, l’aide alimentaire se retrouvait ballotée dans les 552 communes du pays. Qui plus est, la distribution des kits (100 kg de riz, 10 litres d’huile, 10 kg de sucre, 10 kg de pâtes alimentaires) accusait un retard notoire. Prévue au départ pour une quinzaine de jours, elle avoisinait les deux mois de répartition et ne s’achevait qu’avant-hier, mercredi, en bouclant ses opérations dans la commune de Dakar Plateau.

Entretemps, beaucoup de ménages sont toujours à la recherche de leurs introuvables kits, s’ils ne sont pas laissés en marge du ciblage. Et cela, quoique le gouvernement de Macky ait senti le besoin de rajouter 100 000 personnes à la cible, histoire de prendre en charge les handicapés moteurs et autres oubliés dans le premier répertoire des…nécessiteux.

SENELEC, SDE, SAR, SNCDS, SONACOS… : Des sociétés nationales à la mal gouvernance endémique

L’embrasure du contrat Sénélec /Akilee est la partie visible de l’iceberg de la mal gouvernance des sociétés nationales et ce, au fil des régimes. En effet, chaque année, ces fleurons de l’économie nationale sortent avec un bilan d’activités négatif, voire déficitaire. Et ceci est bien vérifiable dans tous les budgets de l’Etat votés jusqu’ici. Pendant ce temps, on continue à injecter d’importantes sommes d’argent dans ces boites laissées à la merci des politiques.

Senelec, Sde, Sar, Sncds, Sonacos… Ce sont entre autres des noms de boites nationales «vandalisées», pardon, caractérisées par la mal gouvernance dans leur gestion. De mémoire, toutes ces sociétés ont toujours été gérées par des «aventuriers politiques», au détriment de technocrates aux compétences avérées. Le cas de la Senelec est révélateur. L’entreprise est clouée par un pilotage à vue depuis fort longtemps.

Pour rappel, du temps de Samuel Sarr, l’on parlait de «Plan Soukeuli Senelec». Et, la suite, nous la connaissons. Après lui, c’est Pape Dieng qui débarque, avec ses compteurs dits «numériques». Hier, Mouhamadou Makhtar Cissé avec l’entreprise Akilee pour une fourniture de compteurs dits «intelligents», avec comme prétexte d’offrir des solutions innovantes afin de permettre à l’entreprise de se rentabiliser. Demain, encore, peut-être ce sera avec les Israéliens qui manœuvrent par la complicité des lobbies tapis dans l’ombre, pour mettre la main sur nos ressources.

Selon certaines indiscrétions établies dans la boite, aujourd’hui on parle d’Akilee, mais il y a des choses plus pernicieuses et méconnues du grand public à la Senelec. Il faudra toujours attendre le départ ou l’arrivée d’un nouveau patron pour éventrer les nombreux marchés de gréà-gré signés sans appel à compétition ou en violation du Code des marchés publics.

Ainsi, on se rend compte que la Senelec, après avoir raté le virage de la privation et de la filialisation, risque de manquer celui de l’innovation, à cause d’une gouvernance tatillonne. Ce pilotage à vue était aussi noté à la défunte Sénégalaise des eaux (Sde) devenue Sen’Eau chantée urbi orbi comme étant la véritable solution aux limites de la fourniture en eau potable aux ménages sénégalais. Que dalle!

Quelques mois après son entrée en scène, Sen’Eau montre déjà ses limites face à la mission qui lui est assignée. Les laissés-pour-compte cherchent désespérément le liquide précieux, depuis des semaines, sans aucune mesure rassurante, alors que les autorités avaient pompeusement annoncé la fin des coupures d’eau. Cette même gangrène étouffe aussi la Société nationale des Conserveries du Sénégal (Sncds), repêchée par le Sud-coréen Scasa, qui bat de l’aile depuis la reprise en 2013. Sur la longue liste des sociétés nationales en mal de gouvernance victorieuse, on peut ajouter la Sonacos. Chaque année ou campagne de traite arachidière, soit ce sont des problèmes de collecte, de commercialisation ou des difficultés liées à des tensions de trésorerie, entre autres, qui secouent cette société. Quant à la Société africaine de raffinage (Sar), tantôt ce sont des problèmes de stockage, tantôt des problèmes de raffinage.

A cause d’une mal gouvernance endémique, toutes ces sociétés qui jouissent pourtant d’une capitale expérience de plusieurs années, s’éloignent des horizons devant faire d’elles des championnes nationales pour conquérir la sous-région.

Ndèye Aminata CISSE et Jean Pierre MALOU | SUDONLINE

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