L’hymne au patriotisme économique

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Minoterie, concurrence déloyale des multinationales, faiblesse des entreprises sénégalaises, Babacar Ngom crache ses vérités.

‘’Un pays ne peut être construit que par ses enfants. Aujourd’hui, la guerre est surtout économique. Contrairement à ce que l’on peut penser, les politiques n’ont pas le pouvoir. Ceux qui ont le pouvoir, c’est ceux qui ont le contrôle de l’économie. Malheureusement, ce sont les multinationales qui viennent d’ailleurs’’, regrette le PDG de la Sedima. Très amer, il déplore le fait que les Sénégalais ne disent rien, quand ces dernières bénéficient d’affectations de terres. ‘’Il faut qu’on arrête de s’entretuer. Nous avons connu la colonisation ; nous avons connu la traite négrière ; il est temps que l’on ouvre nos yeux ; que l’on utilise notre esprit pour pouvoir aller de l’avant. Mon combat est que la majorité des richesses créées dans ce pays reste dans le pays. C’est encore loin d’être le cas. Nous sommes très en retard’’.

Selon lui, les entreprises sénégalaises sont très faibles. Même celles qui sont prises pour des championnes dont Sedima ne sont pas aussi fortes. ‘’Si on va au Nigeria, nous ne ferions même pas partie de la classe moyenne. C’est cela notre maladie. Il faut qu’on la soigne. Et le chef d’entreprise, seul, ne peut le faire. Il faut travailler en toute complicité avec les pouvoirs publics’’, argue-t-il.

Du Club des investisseurs (Cis) il explique que tous les pays disposent de structures de ce genre. ‘’L’idée était juste de mettre en place une plateforme d’échanges pour bâtir une économie solide. Le Cis est une structure qui appartient aux Sénégalais. Nous ambitionnons de le laisser à nos enfants, à nos petits-enfants. Les étrangers qui sont là ont leurs organisations depuis 1993, mais personne n’en parle. Quand il s’agit de Sénégalais, il y a du bruit’’.

A en croire Babacar Ngom, ce club a été mis en place avec d’autres amis dont feu Ameth Amar. Aussi, cela lui importerait peu d’être à la tête ou non. ‘’J’avais été désigné par mes pairs pour diriger cette organisation. C’était pour un mandat de 3 ans renouvelable une fois. Il me reste 1 an pour ce mandat. Peut-être je vais me décharger à la fin. Ce qui nous intéresse, ce n’est pas d’être à la tête d’une association. Cela ne fait que nous prendre du temps’’, a-t-il souligné.

Sedima, un miraculé

Par ailleurs, le fondateur du Groupe Sedima est revenu sur les difficultés qui ont failli emporter sa société. Avant 2012, signale-t-il, pendant 10 ans, le sac de farine coûtait jusqu’à 20 600 F. Pendant 10 ans, tout a été fait pour faire baisser le prix. Mais en vain. C’est dans ces conditions que Sedima a dit qu’elle va investir dans la minoterie avec une technologie de dernière génération. Ce qui n’a pas plu à certains. Sans donner de nom, il affirme : ‘’Quand j’ai commencé le projet, on m’a appelé dans un bureau ici, près du port. Je n’avais qu’une alternative : dire oui ou non. J’ai pris un mois et demi pour leur faire parvenir ma réponse. Et c’était non. Si on avait accepté le compromis, aujourd’hui, le sac de farine serait à 20 000 F. Mais je serai un homme très riche. J’aurais gagné beaucoup d’argent. Mais j’ai dit non par amour pour mon pays.’’

En fonçant sur leur objectif d’investir dans la minoterie, Ngom avait choisi de faire face à plus puissant que lui. Et Sedima a failli disparaitre à cause de cet entêtement qu’il explique par le patriotisme. ‘’On a commencé à nous combattre. On a fait du dumping en baissant le prix jusqu’à 12 000 F. C’était difficile. On a tenu sans aucun bruit. Cela a duré presque trois ans. On perdait entre 60, 80 jusqu’à 100 millions par mois. Toutes nos économies sont passées par là. A un moment, on n’en pouvait plus et on a arrêté l’usine. Cela pouvait être la fin de Sedima’’.

Et de regretter : ‘’On allait dire que c’est parce que les Africains sont des incapables. Alors que nous n’avons rien fait. Si on m’avait mis dans les mêmes conditions que certains de nos adversaires, aujourd’hui, vous auriez vu des universités, des hôpitaux construits par Babacar Ngom. Mais ceux à qui on donne ces privilèges ne réinvestissent pas les retombées dans notre pays. Ils vont les investir ailleurs.’’

Parlant de l’impact de la Covid-19 sur l’activité du groupe, il annonce : ‘’Nous nous sommes retrouvés avec des milliers de tonnes invendues. Car tous les marchés sont fermés. Actuellement, nous sommes dans de très grandes difficultés.’’

M. AMAR

ENQUETEPLUS

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