Afrique du Sud: un organe de presse à la conquête du public via WhatsApp

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«The Continent» paraît en anglais et en est déjà à son quatorzième numéro. Les abonnés, qui étaient dès le premier mois près de 3000, reçoivent gratuitement le document par WhatsApp, et peuvent ensuite le partager.

«The Continent» paraît en anglais et en est déjà à son quatorzième numéro. Les abonnés, qui étaient dès le premier mois près de 3000, reçoivent gratuitement le document par WhatsApp, et peuvent ensuite le partager. REUTERS/Dado Ruvic/File Photo

Pour contrer la crise, l’un des grands hebdomadaires d’Afrique du Sud, le Mail & Guardian, a décidé d’innover et d’essayer d’attirer un nouveau public en créant The Continent, une publication panafricaine diffusée sur WhatsApp.

Au Mail & Guardian, beaucoup de journalistes travaillent encore de chez eux. Simon Allison parcourt les locaux très silencieux de la rédaction. « Comme vous le voyez, c’est assez désert en ce moment, ça ressemble à une ville fantôme », nous indique-t-il.

Responsable des pages « Afrique », le journaliste n’est pas resté les bras croisés lors du confinement. De cette période de crise est née une nouvelle publication, The Continent, avec pour vocation de conquérir des lecteurs dans d’autres pays.

« Le Mail & Guardian est confronté à un étrange paradoxe : d’un côté, les annonceurs se font plus rares, car l’économie est en crise, et donc nos revenus diminuent. Mais d’autre part, on observe une forte augmentation du nombre de personnes intéressées par nos informations, notre site internet n’a jamais vu autant de trafic », constate Simon Allison.

« Prendre des risques »

L’Afrique du Sud a en effet vu la consultation de ses principaux sites d’information augmenter de 72% lors du premier mois de confinement, selon l’Organisation de la presse sud-africaine (Sanef). Simon Allison ajoute qu’avec la forte demande, « il faut que l’[on] fasse les choses différemment. C’est le bon moment pour être innovant, prendre des risques. Peut-être que cela ne marchera pas, mais si ça fonctionne, on aura réussi à se créer un petit espace dans ce secteur médiatique de plus en plus fermé », espère-t-il.

C’est une idée qui trottait déjà depuis quelque temps dans la tête des responsables du Mail & Guardian, mais le bon format s’est imposé après une erreur d’une autre rédaction, comme s’en souvient Kiri Rupiah, en charge de la diffusion. « Le fichier du journal d’un de nos concurrents a fuité et a été diffusé sur WhatsApp et il a vite été partagé sur plusieurs groupes. » Puis d’ajouter : « On s’est rendu compte qu’on répète toujours que les fausses informations tuent notre industrie, mais la plupart du temps, on ne pense pas à être plus proactif, à aller directement sur les plateformes où les genres partagent ces informations. De là, on peut leur offrir du contenu de qualité, qu’ils pourront ensuite diffuser sur leurs propres réseaux », analyse Kiri Rupiah.

Vers un modèle économique soutenable ?

The Continent paraît en anglais et en est déjà à son quatorzième numéro. Les abonnés, qui étaient dès le premier mois près de 3 000, reçoivent gratuitement le document par WhatsApp, et peuvent ensuite le partager.

David Monodanga, journaliste au Soudan du Sud, apprécie que son travail soit ainsi diffusé. « Pendant cette pandémie, les gens veulent rester chez eux et préfèrent chercher des informations en ligne », dit-il. « Moi, en tant que journaliste, je voudrais que mes reportages touchent le plus de gens possibles et le fait que The Continent soit une publication panafricaine, c’est encore mieux, car mon travail peut être diffusé dans d’autres pays qui connaissent les mêmes problématiques », justifie-t-il.

Le Mail & Guardian réfléchit à un modèle économique soutenable pour la suite et souhaite décliner la publication en plusieurs langues, pour élargir au-delà des lecteurs anglophones du continent.

La crise sanitaire et économique a durement touché le monde des médias, avec notamment la perte de revenus publicitaires. La Sanef estime que dans le pays, déjà 700 journalistes ont perdu leur emploi.

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