Chine: les enseignants étrangers incités à défendre «l’honneur de la Nation»

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Il n’y a pas qu’à Hong Kong que « l’étranger » est perçu comme une menace par le pouvoir chinois. En témoigne cette nouvelle loi en préparation à Pékin visant à renforcer le contrôle sur les écoles internationales en Chine : les professeurs étrangers jugés « nuisibles à la souveraineté nationale » seront aussitôt mis à pied.

Le nouveau projet de règlement s’intitule sobrement « mesures pour l’emploi et la gestion des enseignants étrangers ». Soumis à la consultation citoyenne depuis le 21 juillet dernier sur le site du ministère chinois de l’Éducation nationale, il comporte une série de points visant à réprimer des crimes pénaux, tels que les abus sexuels, la consommation ou la vente de stupéfiants, mais aussi des mesures plus morales concernant des comportements jugés « nocifs à la souveraineté nationale et préjudiciable à l’honneur de la Chine ». Des termes qui permettent d’englober beaucoup de choses, toute critique du pouvoir – par exemple, parler des manifestations à Hongkong à ses élèves – étant perçu comme une remise en cause de la sécurité publique. Avec en pareil cas évidemment, l’obligation pour les établissements de dénoncer ces comportements auprès de l’autorité, le coupable étant aussitôt limogé.

Ces sanctions sont les mêmes que celles qui sont appliquées à l’ensemble du corps enseignant en Chine. C’est ce que rappellent la majorité des plus de 2 000 commentaires laissés sur le site du Quotidien du Peuple, où le nouveau règlement a été « liké »près de 38 000 fois. Vu la censure chinoise, il serait difficile d’imaginer des expressions contraires s’exprimer ici. Voici ce qu’écrivent les internautes : « Peu importe d’où vient le professeur, il doit se conformer à la législation et aux règles chinoises ». Ou encore : « Que vous soyez Chinois ou étranger, vous ne pouvez adopter des vues anti-chinoises ».

400 000 professeurs étrangers en 2017

C’est un projet de loi important étant donné le poids que représentent les enseignants étrangers en Chine. Selon l’agence de presse officielle Chine Nouvelle, le système éducatif employait 400 000 professeurs venus d’ailleurs en 2017, dont un tiers de manière légale. Et selon le China Daily, en 2018, la Chine comptait 500 000 établissements dispensant des cours d’anglais pour environ 300 millions d’apprenants. Ces nouvelles mesures de la Chine du repli sur soi peuvent donc sembler surprenantes dans un pays ou l’élite rouge envoie massivement – jusqu’à présent – ses enfants étudier dans les meilleures écoles à l’étranger en Amérique du Nord ou en Europe.

Comment se traduit concrètement ce resserrage de vis dans l’éducation ? Les caméras ont d’abord fleuri dans les amphis et dans les classes de certains lycées. Donc un enseignement sous surveillance. Des élèves et des professeurs chinois ont aussi été exclus des établissements pour des comportements jugés contraires au règlement. Il y a enfin la volonté de contrôler le contenu des manuels de langues étrangères.

Écoles internationales en danger

Tout cela s’inscrit dans le cadre d’un renforcement du contrôle idéologique lancé par le président chinois. Le système éducatif doit suivre la ligne du parti et servir de bouclier aux idées libérales, nuisibles là encore, venues de l’Occident. Ces règlements pourraient selon certains experts menacer à terme la survie-même des écoles internationales en Chine.

Selon Jiang Xueqin, cité par le Globe and Mail, « le jeu final est de rendre impossible le fonctionnement d’enseignements étrangers en Chine. Cela peut être réalisé, poursuit ce chercheur basé à Pékin, en augmentant les coûts des entreprises, ou en cooptant les établissements scolaires étrangers de manière à ce qu’ils ne se distinguent plus des écoles chinoises. »

Cette nouvelle loi est en cours d’élaboration depuis plus d’un an. Elle pourrait être promulguée avant la rentrée prochaine, a indiqué le ministre de l’Éducation.
Les professeurs étrangers devront une fois le texte adopté suivre des cours sur les lois et règles chinoises. Ils seront aussi notés, comme les élèves, via le système du crédit social.

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