FILM – «The Climb» : mon ami, ma chance, mon boulet

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Un film drôle et fêlé sur le mystère de l’amitié masculine, qui survit là où l’amour échoue.

« Avoir un bon copain/Voilà c’qui y a d’meilleur au monde/Oui, car, un bon copain/C’est plus fidèle qu’une blon-on-de… », chantait Henri Garat (1902-1959) en 1930 dans Le Chemin du paradis, film franco-allemand de Wilhem Thiele et Max Vaucorbeil. Ode naïve à la gloire de l’amitié masculine, la chanson fut ensuite utilisée dans le générique de l’émission d’Armand Panigel, Au cinéma ce soir, puis par Alain Resnais dans On connaît la chanson.

Il est possible que Michael Angelo Covino, qui signe cette comédie hilarante, loufoque et (un peu) amère l’a peut-être entendue, vu qu’il est fanatique de cinéma français et de la France en général. Elle aurait pu illustrer fort à propos son film : un ami, un poteau, un copain, c’est pour la vie, quand bien même se transformerait-il en boulet que l’on traîne avec soi pour le meilleur et parfois le pire. On ne peut rompre avec un ami, avance sans s’appesantir The climb. Il faut faire avec.

oit deux amis de longue date, Mike (Michael Covino) et Kyle (Kyle Marvin). Ils font du vélo ensemble dans les parages du col de Vence (Alpes-Maritimes). Ils ne se ressemblent pas : Mike, un peu sec, a tendance à déprimer, Kyle, plus boudiné dans son cuissard, aspire à la félicité conjugale. Concave et convexe, yin et yang, Laurel et Hardy, Montaigne et La Boétie… Toutefois, un fond commun d’immaturité les rassemble. Sans craindre de se tromper, on peut dire qu’ils se sont beaucoup pardonné et le feront encore. Il faut deviner pas mal de choses dans ce film frais et léger, tant le scénario ne fait que suggérer les présupposés des situations qu’il développe.

Attachés l’un à l’autre

Donc Mike et Kyle pédalent dans l’arrière-pays niçois. Le coup de jarret trahit leur quarantaine… C’est le moment que choisit le premier pour dire au second qu’il a couché avec sa future épouse (Judith Godrèche). Avantage des maigres sur les ronds : au prix d’une légère accélération, Mike largue sans peine Kyle qui cherche à rester dans sa roue pour lui casser la figure. Le destin s’en chargera finalement.

The Climb ne se raconte pas. Il sera question de mariage, de deuil, de séparation, et de vélo, de vacances à la montagne, de ski artistique, d’enterrement, de fête de famille et de pêche à la ligne sur un lac gelé. La vie quoi. Au contraire de l’amour, qui requiert un peu de variété, l’amitié se contente de peu. Pourquoi un tel mystère ? Pourquoi Mike et Kyle, devenus des adultes certes imparfaits, revenus de tout, restent-ils indéfectiblement attachés l’un à l’autre ? Covino ne répond pas, il montre. Marcel Proust, qui comparait l’amitié à « un attendrissement confus à se sentir soutenu sur des étais extérieurs, hospitalisé dans une individualité étrangère », n’aurait pas aimé.

Par Philippe Ridet
LEMONDE

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