Hong Kong: 12 candidats démocrates aux législatives disqualifiés, quatre étudiants arrêtés

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Les candidatures aux législatives hong-kongaises de 12 militants prodémocratie, parmi lesquels Joshua Wong, figure du « mouvement des parapluies », ont été invalidées ce jeudi 30 juillet, ont annoncé les candidats recalés. Pékin a salué la disqualification des « délinquants ». Ce mercredi, quatre étudiants de Hong Kong impliqués dans un groupe indépendantiste récemment dissous avaient été arrêtés par la police dans le cadre de la nouvelle loi controversée sur la sécurité nationale.

« Je viens juste d’être disqualifié pour les élections au LegCo [Conseil législatif, le parlement local, ndlr], alors que j’étais le plus grand vainqueur des primaires », a annoncé dans un tweet Joshua Wong. Le jeune leader lycéen avait été le visage du « mouvement des parapluies » en 2014. Plus de 600 000 Hong-Kongais ont participé mi-juillet aux primaires organisées par les partis du camp pro-démocratie dans la ville de 7,5 millions d’habitants.

Car les citoyens de Hong Kong sont appelés aux urnes début septembre pour des élections au Conseil législatif cruciales, neuf mois après le triomphe du mouvement prodémocratie aux élections locales, alors que l’ex-colonie britannique a vécu en 2019 sa pire crise politique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997.

Mépris total

« Pékin fait preuve d’un mépris total à l’égard de la volonté des Hong-kongais, foule aux pieds […] l’autonomie de la ville et cherche à maintenir le parlement hong-kongais sous son joug », a ajouté Joshua Wong. Ce dernier a ainsi dénoncé « la mesure de répression la plus importante » contre le camp prodémocratie, en expliquant que les autorités avaient disqualifié « presque tous les candidats prodémocratie, depuis les groupes progressifs les plus récents aux partis modérés traditionnels ».

« Le gouvernement hong-kongais soutient la décision […] d’invalider 12 candidatures aux élections au Conseil législatif », a annoncé de son côté l’exécutif local dans un communiqué.

Plusieurs des candidats recalés ont confirmé sur les réseaux sociaux ces invalidations, et notamment certaines figures comme Gwyneth Ho, Lester Shum, Tiffany Yuen et Fergus Leung. Le Parti civique, l’une des formations les plus en vue de la mouvance prodémocratie, a annoncé que quatre de ses membres n’avaient pas été autorisés à se présenter : Alvin Yeung, Dennis Kwok, Kwok Ka-ki et Cheng Tat-hung.

Espoir de victoires des pro-démocrates

Le LegCo compte 70 membres désignés selon un système alambiqué qui garantit presque à coup sûr une majorité au bloc pro-Pékin. Seuls 35 sont en effet élus au suffrage universel direct, les autres étant principalement désignés par des groupes socio-professionnels acquis à la Chine continentale.

Mais les mouvements prodémocratie espéraient traduire à nouveau dans les urnes le succès de leur extraordinaire mobilisation de l’an passé. Hong Kong a été le théâtre pendant six mois de manifestations quasi quotidiennes pour défendre les libertés et dénoncer les ingérences de la Chine dans les affaires de sa région semi-autonome. La popularité de ces revendications s’est confirmée lors des élections locales de novembre marquées par un triomphe du camp prodémocratie, qui a pris le contrôle de 17 des 18 districts du territoire.

Terreur politique

Avant cette série de disqualifications, quatre étudiants ont été arrêtés ce mercredi, dont un âgé de 16 ans, pour des publications accusées de menacer la sécurité nationale chinoise. Ces interpellations ont été les premières réalisées par une nouvelle unité de la police hong-kongaise créée pour veiller au respect de la loi très controversée sur la sécurité nationale imposée par Pékin fin juin.

Les quatre étudiants arrêtés étaient d’anciens membres de Student Localism, une organisation prônant l’indépendance qui avait annoncé sa dissolution à la veille de l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur la sécurité.

Selon le porte-parole de la nouvelle police politique de Hong Kong, Steve Li, les quatre étudiants arrêtés, âgés de 16 à 21 ans, sont accusés d’avoir « organisé » ou « incité à des activités sécessionnistes », des crimes définis par les articles 20 et 21 de la nouvelle loi de sécurité nationale et passibles de peines de prison à perpétuité, relate notre correspondante Florence de Changy.

Des images postées en ligne montraient des policiers en civil emmenant Tony Chung, 19 ans, ancien chef de file de Student Localism. « Hong Kong est tombée dans une ère de Terreur blanche », ont dénoncé dans la nuit les Student Unions of Higher Institutions, qui chapeautent 13 syndicats étudiants. « Il est clair que de plus en plus de Hongkongais auront à endurer […] la terreur communiste. »

Faire taire les dissidents

Nathan Law, une des figures du camp pro-démocratie, qui a pris le chemin de l’exil quand la loi est entrée en vigueur, a également dénoncé ces arrestations sur Twitter. « La Terreur blanche, la politique de la peur sont à l’œuvre à Hong Kong », a-t-il dit. L’expression « Terreur blanche » renvoie en Chine aux périodes de répression politique.

« La police rappelle à la population qu’Internet n’est pas un espace virtuel au-dessus des lois, a indiqué dans la nuit la police dans un communiqué. Quiconque commet un acte illégal, que ce soit dans le monde réel ou sur Internet, s’expose à des pourquites. »

La mauvaise utilisation « de cette loi draconienne montre clairement que l’objectif est de réduire au silence la dissidence, et non de protéger la sécurité nationale », a réagi Sophie Richardson, directrice de recherches sur la Chine à Human Rights Watch, citée par l’AFP.

La loi sanctionne « la subversion, la sécession, le terrorisme et la collusion avec les forces étrangères ». Au moins 15 personnes ont été arrêtées en vertu de cette loi depuis son adoption le 30 juin.

(Avec AFP)

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