FRANCE – Rentrée 2020 : la délicate équation de l’Éducation nationale

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« Ce ne sera pas une rentrée normale », sait déjà Dominique Nguyen. Ce proviseur d’un lycée de l’Essonne veut croire qu’il pourra accueillir dans son établissement « toutes les classes et tous les élèves, niveau par niveau, à compter du 1erseptembre ». Mais confie aussi « [se] prépare[r] au pire ».

Et pour cause, au cœur de l’été, le ministère de l’Éducation est bien obligé de travailler à différents scénarios. Mais face aux inconnues qui entourent l’évolution de l’épidémie, il n’indiquera pour lequel il optera qu’à la fin du mois d’août.

Une rentrée, trois scénarios

« L’objectif est d’avoir une rentrée normale » a, toutefois, fait savoir Jean-Michel Blanquer le 27 juillet dernier, sur France Inter. Une normalité relative : si les établissements accueillaient l’ensemble de leurs élèves, gestes barrières et port du masque, à partir du collège, seraient de rigueur.

Autre scénario que la Rue de Grenelle ne peut écarter : celui d’une circulation « active » du virus, qui nécessiterait la remise en place d’un protocole sanitaire plus strict – cette fois-ci localisé. Une situation expérimentée lors de la réouverture des écoles (entre le 11 mai et le 6 juin), qui impliquerait un accueil limité des élèves, compensé par des cours en distanciel. Et dont la présence de ces derniers dans l’établissement serait – cette fois – hebdomadaire et obligatoire.

Troisième scénario, enfin : celui d’une circulation « très active » du virus, qui nécessiterait la fermeture pure et simple des écoles, collèges et lycées sur une zone géographique précise, comme un « cluster ». Et qui impliquerait, de fait, un enseignement entièrement dispensé en distanciel, comme l’ont expérimenté élèves, professeurs et parents durant le confinement, avec les trois mois d’« école à la maison ».

Signalisations, barrières et balises

Une incertitude qui, à trois semaines de la rentrée, préoccupe fatalement les chefs d’établissement et les directeurs d’école. Moins soucieux, toutefois, de l’aspect matériel – « Nous avons un stock de masques et du gel pour tenir jusqu’en janvier », indique Dominique Nguyen – que de l’organisation pratique et du volet pédagogique.

« Le plus compliqué à gérer, pour l’établissement comme pour les élèves, c’est encore leur présence discontinue et le non-brassage des groupes sur place », se souvient Philippe Vincent, secrétaire général du Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale (SNPDEN) et proviseur de lycée à Marseille. À ce titre, Dominique Nguyen, proviseur prévoyant, a tout laissé en l’état au moment de quitter son établissement en juin : signalisations pour circuits à sens unique, barrières, balises…

Ce qui marche, ou pas

Mais c’est encore le pan pédagogique qui inquiète le plus ces chefs d’établissement et ces directeurs. « J’ai douze classes, mais aurai-je mes douze professeurs à la rentrée ? » s’interroge, avec nervosité, cette directrice d’école élémentaire dans le Val-d’Oise. En effet, « certains enseignants dits fragiles confient déjà leur inquiétude quant à leur retour en classe », ajoute, soucieuse, Frédérique Rolet, secrétaire nationale du Syndicat national des enseignants du second degré (Snes-FSU).

Chez la majorité des professeurs, ce sont encore les modalités d’enseignement à distance qui interrogent. Et pour cause, le confinement a donné lieu à un décrochage important de leurs élèves – 5 à 8 % d’entre eux, soit environ 500 000 enfants.

« Avec le confinement, on a pu observer ce qui marche et ce qui ne marche pas », se rassure Marie-Astrid, professeure d’histoire-géographie dans un collège du Val-de-Marne. Cependant, l’alternance de cours en classe et en distanciel – dans le cas où la deuxième hypothèse serait choisie – représente une charge de travail supérieure. Et se prépare.

En vacances à la montagne, la professeure en est certaine : « On ne coupera pas au distanciel ». Alors, elle anticipe, « prend une bouffée d’oxygène » et se forme sur le Web à des méthodes d’enseignement hybrides mêlant présentiel et distanciel.

Des écarts à combler

Mais cette rentrée pourrait être plus compliquée que la réouverture des écoles en mai – d’un abord pourtant plus laborieux. Septembre marque, par définition, le point de départ d’une nouvelle année. Avec une nouvelle classe et, généralement, de nouveaux professeurs. « Ce qui a minimisé les dégâts pendant le confinement, c’est qu’il est intervenu en mars, après deux trimestres lors desquels élèves et professeurs avaient appris à se connaître », note Frédérique Rolet.

« Repartir sur de l’enseignement à distance, si tel est le cas, sera d’autant plus compliqué en septembre que le confinement a pu creuser les écarts entre les élèves. Les enseignants devront aussi savoir jongler entre modes d’enseignement et écarts de niveaux ! » ajoute cette directrice d’école élémentaire dans le Val-d’Oise.

Et pour cause, lors de cette rentrée scolaire, les professeurs le savent : ils feront classe à des élèves n’ayant pas, tous, intégré les prérequis. « Cette rentrée ne sera pas comme les autres, on va retrouver des classes hétérogènes, l’impératif sera de combler les écarts de niveau », anticipe Frédérique Rolet.

« Il est crucial de faire un diagnostic personnalisé et d’y répondre rapidement », abonde Philippe Vincent du SNPDEN. Les tests de début d’année – destinés aux classes de CP, CE1, sixième et seconde – renouvelés par le ministère de l’Éducation pourraient, pour cette rentrée plus que pour les autres, trouver tout leur sens.

Aide à la carte

« Nous allons rattraper le retard pris pendant le confinement […] grâce à plusieurs centaines de milliers d’heures supplémentaires pour septembre et octobre », a par ailleurs fait savoir Jean-Michel Blanquer le 27 juillet, sur France Inter. Une aide personnalisée sous forme de renforcement scolaire de plusieurs heures par semaine pour les collégiens et de révision des fondamentaux (français et mathématiques) « sans délai » et jusqu’aux vacances d’automne, pour les plus jeunes.

Les chefs d’établissement le savent, « cette rentrée ne sera pas la plus simple », comme le résume sobrement Frédérique Rolet. « Plus que jamais, nous allons devoir faire preuve d’adaptabilité et, cette fois-ci, on ne pourra pas dire qu’on a été pris de court ». Car quel que soit le scénario qui s’impose, « les trois ont déjà été expérimentés », glisse, dans un rire, Philippe Vincent. Si on devait trouver un seul avantage au confinement…

LEPOINT.FR

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