Immunité croisée : le rhume pourrait-il nous protéger du Covid-19 ?

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Des infections précédentes avec d’autres coronavirus génèrent des cellules immunitaires qui réagissent au virus responsable du Covid-19. Il reste à déterminer si cette réponse immunitaire est protectrice face à ce nouveau coronavirus. Ou si, a contrario, elle peut aggraver les choses !
Protégés grâce au rhume ? Huit mois après l’apparition du nouveau coronavirus, Sars-CoV-2, en décembre 2019 en Chine, plusieurs questions restent en suspens. Notamment, pourquoi certaines personnes ne présentent pas, ou très peu, de symptômes, alors que d’autres avec les mêmes facteurs de risque peuvent se retrouver dans un lit d’hôpital, voire pire… Une des hypothèses pour expliquer ce paradoxe est celle de l’immunité croisée : des personnes ayant été exposées à d’autres coronavirus auraient développé une immunité qui serait protectrice face au nouveau virus, empêchant l’infection ou atténuant ses symptômes. Quelques études semblent aller dans ce sens, dont une recherche de l’hôpital universitaire Charité, à Berlin, publiée dans le journal Nature le 29 juillet 2020, qui montre que des personnes n’ayant pas eu de contact avec le nouveau coronavirus possèdent bien des cellules immunitaires qui réagissent à ce virus.

Une mémoire immunitaire qui reconnaît le coronavirus

Lors d’une infection, notre corps se défend en trois temps. D’abord, l’immunité innée (des cellules entraînées à attaquer tout ce qui peut paraître étranger à l’organisme) essaie de contrôler l’agent pathogène. Si cela ne suffit pas, l’immunité adaptative est activée. À ce moment, des cellules spécifiques (des lymphocytes T et B) vont s’adapter pour reconnaître spécifiquement le pathogène et diriger la réponse immunitaire contre lui. Finalement, ces cellules adaptées (ainsi que des anticorps spécifiques contre le pathogène) restent dans l’organisme après l’infection afin de protéger le corps d’une nouvelle agression. C’est le cas par exemple des coronavirus responsables de certains rhumes, auxquels nous sommes exposés régulièrement. Et cette nouvelle recherche montre que grâce à leurs similitudes avec le Sars-Cov-2, certaines de ces cellules immunitaires (les lymphocytes T) reconnaissent le nouveau coronavirus. “Nous voyons cette immunité croisée dans un tiers de personnes qui n’ont pas été infectées avec ce coronavirus, mais avec des tests plus sensibles il est probable que cette proportion soit bien plus importante. révèle à Sciences et Avenir Andreas Thiel, immunologiste à l’hôpital Charité de Berlin et auteur de l’étude. La plupart d’entre nous avons déjà été en contact avec ces coronavirus responsables du rhume ; qu’on ait encore, ou pas, une mémoire immunitaire de ces rencontres dépend de la puissance de cette infection et d’il y a combien de temps elle s’est produite”.

Selon le chercheur, cette mémoire immunitaire pourrait expliquer pourquoi certaines personnes sont plus sensibles au virus que d’autres : “Nous savons que certains groupes d’âge sont plus exposés à ces coronavirus, comme les enfants par exemple, donc ils pourraient être mieux protégés contre cette nouvelle menace, spécule-t-il. Mais ce n’est qu’une hypothèse pour le moment, on doit encore confirmer si cette réponse immunitaire peut-être protectrice ou pas”.

Protégés… ou exposés ?

Car une question clé reste encore sans réponse : cette immunité croisée nous protège-t-elle, ou au contraire, pourrait-elle faciliter l’infection par Sars-CoV-2 et aggraver les symptômes ? “Il est tout à fait possible que cette immunité aggrave l’infection, au lieu de l’empêcher, previent M. Thiel. C’est comme les anticorps, certains peuvent neutraliser les pathogènes, mais d’autres peuvent les aider à infecter les cellules”. Cette facilitation des infections par des anticorps survient quand des anticorps ne parviennent pas à neutraliser un pathogène, mais se contentent de l’accrocher. Puis, ils peuvent s’accrocher à d’autres cellules, qui vont internaliser l’anticorps et le pathogène, qui pourra ensuite se reproduire dans ces nouvelles cellules hôtes. C’est un phénomène déjà observé avec d’autres virus, comme le VIH (responsable du Sida) et certains coronavirus. “Il se peut aussi que cette immunité soit protectrice chez certains, mais qu’elle empire la situation chez d’autres, notamment les personnes âgées chez qui le système immunitaire n’est plus très efficace, nuance-t-il. On doit tester cette immunité dans des cohortes plus grandes pour vérifier si les personnes qui l’ont sont plus protégées ou pas”. Une question essentielle pour mieux connaître les personnes à risque (par exemple pour savoir si un soignant ne devrait pas traiter des patients de Covid-19) et pour le développement d’un vaccin qui protège les plus vulnérables sans les exposer davantage.

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