Marc Ravalomanana et l’opposition tirent à boulets rouges sur le gouvernement

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À Madagascar, lundi 10 août, le RMDM, la plateforme politique de l’opposition qui regroupe une vingtaine de partis -dont plusieurs dirigés par des candidats à la dernière élection présidentielle-, a fêté ses un an. L’occasion pour ses membres fondateurs et leurs partisans de se retrouver, pointer du doigt les dysfonctionnements du gouvernement actuel et proposer une série de résolutions à soumettre au pouvoir en place. La rencontre avait lieu au QG du TIM, le parti de Marc Ravalomanana, actuel président de la plateforme d’opposition. Une rencontre sous haute sécurité: une trentaine de gendarmes ont été déployés à l’entrée du bâtiment.

Depuis le début de la pandémie, l’opposition avait été plutôt discrète, avec pour seules interventions, quelques communiqués et des prises de parole sporadiques et individuelles. « C’est très important d’avoir eu l’audace de faire un tel rassemblement. Tous les partis politiques, les forces vives de Madagascar sont là aujourd’hui. »

Lundi, face aux participants, Marc Ravalomanana s’est positionné comme le leader de la toute jeune plateforme, déambulant d’étage en étage, écoutant les débats organisés dans les nombreuses salles de son immeuble mis à disposition pour la cause, intervenant de temps en temps. Puis au détour d’un couloir, l’ex-président de la République lâche : « La situation actuelle, les crises à Madagascar, la gestion chaotique du coronavirus. Donc c’est pour ça que je suis ici. C’est l’opportunité actuellement. »

« On est en train d’aller vraiment vers un régime dictatorial »

L’opportunité de tirer à boulets rouges sur un Président et son gouvernement jusque-là plutôt épargné par les critiques. « Les gens ont peur de dire ce qu’il se passe vraiment. Et de relater leur situation. » Alain Andriamiseza, chef du parti MCDM et vice-président de la plateforme ne mâche pas ses mots. « Parce qu’on utilise les militaires, la justice et l’administration pour coincer les Malgaches. On est en train d’aller vraiment vers un régime dictatorial. »

Un musellement et une violation du principe de séparation des pouvoirs –principe inscrit dans la Constitution-, ajoute pour sa part Luc Rakotonirina, membre du HVM, le parti de l’ex-président de la République Hery Rajaonarimampianina.

« Le problème actuel, c’est qu’on utilise l’état d’urgence comme un instrument politique. Et qu’on utilise aussi l’appareil judiciaire comme un instrument politique. Le pouvoir exécutif s’immisce dans le pouvoir judiciaire. Ça devient une oppression vis-à-vis du peuple. »

« On est à 6 mois de la pandémie. Il n’y a même pas 10% de la population qui a reçu des aides ! », renchérit Alain Andriamiseza. « On est confiné alors qu’il y a toujours des minorités qui circulent et font des affaires par-dessus la tête de la population. On a une dégradation de l’économie qui est manifeste ! Nous, on est là ; on veut travailler pour le pays et s’ils sont incapables, on va les remplacer. »

Une série de résolutions

Un grand rassemblement, finalement, pour poser les jalons des manifestations futures. Si les chefs de partis lundi ont fustigé les déplacements d’Andry Rajoelina aux 4 coins de l’île ces 2 dernières semaines pour distribuer du riz aux plus démunis, le taxant d’avoir commencé sa campagne de réélection pour 2023, l’opposition a visiblement décidé de jouer au même jeu que le président de la République.

Comme annoncé, en fin de journée, la plateforme a présenté toute une série de résolutions. Ses membres recommandent, entre autres, la multiplication des tests massifs et gratuits pour toute la population pour lutter contre la propagation du Covid-19. Ils exigent par ailleurs la transparence de la gestion des financements extérieurs, des aides sociales, et des critères de sélection des ménages bénéficiaires de ces aides ainsi que « la libération immédiate et sans conditions des personnes qui sont emprisonnées arbitrairement parce qu’ils ont exprimé des opinions critiques contre le régime actuel » et le respect de la liberté d’expression, la liberté de presse, et l’accès des opposants à la radio et la télévision publiques.

Durant la journée, certaines des voix s’étaient prononcées pour demander la démission du gouvernement et la destitution du président. Une résolution non retenue dans la version finale du document.

RFI

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