UN CONSERVATEUR VEUT ARRIVER À PLACER LE PLUS GRAND NOMBRE DE SITES CULTURELS AFRICAINS SOUS ’’PROTECTION RAPPROCHÉE”

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Le conservateur des bibliothèques Hamady Gaye, nouvellement élu membre du Comité international du Bouclier bleu (CIBB), un organisme travaillant à la protection du patrimoine culturel mondial, se donne comme mission de contribuer à ce que davantage de sites culturels en Afrique soient placés sous “protection renforcée”.

La protection renforcée est un mécanisme établi par le deuxième protocole de 1999 de la Convention de La Haye de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé, par lequel un Etat partie souscrit une obligation d’assurer une protection légale élevée à un bien culturel spécifiquement désigné, en s’assurant notamment que le bien ne sera pas utilisé à des fins militaires dans le cas d’un conflit armé.

Hamady Gaye, devenu membre du comité exécutif du Bouclier bleu en même temps qu’il intègre le Comité international du Bouclier bleu, compte s’investir pour que davantage de sites culturels africains puissent bénéficier du statut de ’’protection renforcée’’, notamment “ceux de la bande sahélienne en proie à des conflits armés”.

Dans un entretien par téléphone avec l’APS, il estime que l’Afrique doit relever de nombreux autres défis pour tirer profit de son intégration au sein du comité exécutif du CIBB.

Hamady Gaye dit être fier d’avoir été le premier Africain à intégrer le comité exécutif du Bouclier bleu depuis sa création en 1996. Cette organisation est demeurée “pendant longtemps la chasse gardée des Occidentaux’’, a-t-il rappelé.

Or, “le patrimoine est universel”, même s’il y a “des disparités entre les régions du monde”, fait valoir le conservateur sénégalais des bibliothèques.

Il a souligné la nécessité d’”encourager la ratification par les pays membres du deuxième protocole de la Convention de La Haye de 1954 sur la protection de biens culturels en cas de conflits armés, lequel protocole est un “outil de défense” de la protection du patrimoine culturel mondial en cas de conflit armé.

“Vous n’êtes pas censés ignorer que l’Afrique, particulièrement sa partie ouest, notamment cette bande du Sahel, est en proie aux conflits armés. Et pendant ces conflits, le patrimoine culturel est en péril, la destruction des mausolées de Tombouctou au Mali en est une parfaite illustration”, a expliqué M. Gaye.

Il signale qu’à ce jour, en Afrique, “seul le tombeau des Askia, au Mali, bénéficie de ce statut de protection renforcée du CIBB”, en même temps qu’une “dizaine de sites culturels dans le monde”.

Selon Hamady Gaye, réussir à placer le patrimoine culturel africain sous “protection renforcée” serait très avantageux pour ces biens culturels qui accéderaient ainsi à une position d’”intouchable”, si bien que “ceux qui le mettront en péril seront passibles de la Cour pénale internationale”.

Au Sénégal, les sites classés au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco ne bénéficient pas encore de ce statut de protection renforcée du Comité international du Bouclier bleu, selon Hamady Gaye, chef du service de la conservation et de la préservation des collections à la Bibliothèque centrale de l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar.

Le Mali, qui compte quatre sites classés au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, se trouve “dans le même lot”, ainsi que “beaucoup d’autres pays du Sahel”, a signalé M. Gaye.

“Pour le moment, Dieu soit loué, le Sénégal n’a pas encore cette contrainte sécuritaire ou de guerre, mais mieux vaut prévenir que guérir. Le combat est à ce niveau, faire inscrire l’ensemble des patrimoines culturels de l’Afrique à ce statut parce que les guerres sur le continent démarrent vite, il y a aussi les catastrophes naturelles à prendre en compte”, dit-il.

Au niveau national, “la conscientisation” des populations locales sur l’importance du patrimoine culturel est le défi à relever par le Comité sénégalais du bouclier bleu.

“Vous n’êtes pas censés ignorer qu’il y a quelquefois des émeutes pendant les situations électorales en Afrique, et les populations en général ciblent tout ce qui peut représenter l’Etat, les bâtiments publics surtout et les sites, les musées, les états civils, les dépôts d’archives sont visés”, relève-t-il.

Il a rappelé l’incendie qui a emporté en 2010 les archives de la mairie de Vélingara, de même qu’il a évoqué “les émeutes de l’électricité’’ de 2009-2012, marquées par le saccage des mairies de Diamaguène, Kédougou, Tivaouane et Keur Massar.

“Les jeunes ne sont pas conscients qu’ils détruisent leur propre patrimoine, leur mémoire. Nous allons organiser des expositions itinérantes dans les centres culturels et les collectivités locales, avec des photos, pour leur dire que ce n’est pas pour l’Etat, mais pour eux-mêmes”, qu’ils doivent protéger le patrimoine, a dit Hamady Gaye.

FKS/BK/ESF

APS

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