Incendies dans l’Ouest américain: des sinistrés partagés en pleine campagne présidentielle

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Alors que la côte ouest des États-Unis brûle toujours et étouffe sous les fumées d’incendies de forêts gigantesques, Donald Trump, en visite éclair ce lundi 14 septembre en Californie, a une nouvelle fois nié le réchauffement climatique. Mais qu’en pensent les sinistrés dans les zones incendiées de l’Oregon ? Éléments de réponse.

C’est la première fois que Rebecca revient sur sa propriété depuis son évacuation. Quand elle a fui la semaine dernière, les flammes dévoraient les arbres de son jardin. De retour aujourd’hui, cette mère de famille découvre un paysage de désolation. Son petit village, perdu dans la forêt du comté de Clackamas, en Oregon, est largement réduit en cendres. Partout, ce sont des voitures calcinées et des arbres encore fumants. Seules les cheminées sont encore debout. Devant ce désastre, Rebecca a du mal à contenir son émotion.

« Je suis triste, confie-t-elle. Partout autour, des gens ont perdu leur maison. L’église, à côté, a disparu. Au moins une dizaine de maisons dans la rue ont disparu. On est une communauté très soudée. Revenir ici et découvrir tout cela, c’est vraiment triste ! » Mais Rebecca s’estime heureuse. Son jardin est détruit, mais sa maison reste intacte. Il demeure, pour autant, impossible d’y passer la nuit car les fumées toxiques et dangereuses sont encore trop denses. Elles empêchent de respirer et même de voir correctement.

« On a un enfant en bas âge et l’air est vraiment mauvais. J’ai vécu ici toute ma vie et je n’ai jamais rien vu de pareil. Jamais. On a le goût du feu dans la bouche. C’est vraiment dur de respirer. On n’arrive pas à voir bien loin devant nous. Entre la pandémie et maintenant ça, on va essayer de revenir à la normale, mais j’ai quand même du mal à le croire ! On va essayer d’oublier 2020 ! On va essayer d’annuler 2020 ! », rit-elle, nerveusement.

Les feux, un enjeu politique

« Du jamais vu ! » C’est ce que disent tous les sinistrés en Oregon. Et en pleine campagne présidentielle, ces méga-incendies deviennent un enjeu politique. D’un côté, les démocrates pointent l’effet du réchauffement climatique. De l’autre, les partisans de Donald Trump le nient, préférant dénoncer la mauvaise gestion des forêts. Dans cet Oregon rural et conservateur, la plupart des habitants ont choisi leur camp.

À Mill City, autre ville plus au sud en grande partie dévastée, nous avons rencontré John. Cet électricien à la retraite est fervent partisan de Donald Trump. Un drapeau « Trump 2020 » flotte d’ailleurs encore sur son toit. Mais il s’en est fallu de peu pour que sa maison parte en fumée : le feu s’est arrêté au bout de son jardin.

Comme son président, John refuse de croire que ces incendies soient liés au changement climatique :« Le réchauffement climatique ? Oui d’accord, peut-être… En attendant, je ne suis pas scientifique, mais on a toujours eu des années plus chaudes que d’autres. Non, je crois surtout qu’il faut mieux entretenir les forêts pour qu’elles ne s’embrasent plus comme ça, au lieu de fermer toute l’industrie pétrolière, d’interdire les avions, les pets de vaches et je ne sais quoi encore. Allons, allons… »

Ironie de l’histoire, depuis quelques jours, John accueille chez lui Éric, un voisin évacué qui ne partage pas vraiment ses idées politiques. « J’aime Trump, lui le déteste », résume John sur le ton de la boutade. L’autre jour, pour le taquiner, Éric est allé jusqu’à vandaliser son drapeau Donald Trump. « Nous ne sommes jamais d’accord, mais je le considère comme l’un de mes meilleurs amis », conclut Éric. Un exemple à suivre, peut-être, pour une Amérique aussi sinistrée que divisée à un mois et demi de la présidentielle.

source RFI

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