Campagne crevettière à Foundiougne: Le prix du kg chute au grand dam des pêcheurs

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À Foundiougne, la campagne de pêche crevettière, qui a débuté depuis le 1er septembre dernier, bat son plein. Si le niveau de capture est bon, le prix au kilogramme proposé par les mareyeurs pour cause de pandémie de la Covid-19 a chuté. Ce que déplorent les pêcheurs.

Dans la région de Fatick, notamment dans le département de Foundiougne, la crevette figure en bonne place dans les ressources halieutiques de la zone. Elle est pêchée aussi bien par les autochtones que par des étrangers et des saisonniers qui viennent d’autres coins du Sénégal, voire de la sous-région. Suffisant pour que le chef du Service départemental des pêches et de la surveillance maritime, Mamadou Wade, avance que c’est une pêche qui attire beaucoup de personnes. « On note même des conducteurs de motos Jakarta et des tailleurs qui se sont lancés dans ce créneau pour augmenter leurs sources de revenus », dit-il. Des étudiants et élèves, particulièrement en cette période de vacances, s’y activent également pour pouvoir préparer la prochaine rentrée des classes. « Donc, une multitude d’acteurs s’adonnent à l’activité depuis l’ouverture de la campagne », souligne-t-il.

Un secteur attractif et peu d’investissement

L’attrait de la pêche crevettière peut s’expliquer par le fait que l’activité ne nécessite pas beaucoup d’investissement. Au bas mot, indique M. Wade, un montant de 20 000 FCfa pour l’achat du filet, les deux perches, le cordage, une lampe torche, une bassine ou bac suffit pour s’y lancer. « Vous voyez donc que le coût n’est pas aussi élevé et qui plus est, le pêcheur n’a pas besoin d’une pirogue avec moteur sauf certains qui ont besoin de rejoindre certaines zones lointaines », confie-t-il.

L’engin principal utilisé à Foundiougne par la plupart des pêcheurs pour capturer cette ressource est appelé « kili ». C’est un filet drainant à pied que tirent deux pêcheurs au niveau des rives pas profondes. Il y a aussi le filet appelé « moudiass » utilisé en fonction de la zone de prédilection.

À Foundiougne donc, ils sont nombreux à vivre de cette activité. C’est le cas de Boubacar Sarr et Ndiogou Sarr, campagnards en Gambie où ils s’activent dans la pêche au poisson et qui, depuis le début de la campagne crevettière, ont élu domicile à Foundiougne. Il y a même des pêcheurs comme Abdoulaye Sarr qui sont de la localité de Soum ainsi que des femmes transformatrices comme Tening Ndoye qui tirent leurs revenus de cette activité. « Tout cela est lié à l’engouement suscité par les fortes pluies notées cet hivernage et qui ont favorisé, au tout début de la campagne, de très bonnes prises de crevettes avec de grosses tailles ; ce qui suscite beaucoup d’espoir », estime le chef du Service départemental des pêches et de la surveillance maritime.

Chute du prix du produit frais

Si les captures sont bonnes, la commercialisation inquiète les pêcheurs. Boubacar Sarr se plaint du prix très bas que les mareyeurs continuent de proposer pour se procurer le produit frais. « Ils nous achètent le kilogramme de crevette à 400 FCfa, tout au plus à 500 FCfa, pour aller revendre à plus de 800 FCfa », souligne-t-il. Un prix qu’il juge dérisoire surtout par rapport aux efforts qu’ils fournissent et le danger qu’ils bravent en pêchant la nuit. « Au final, on se retrouve avec de maigres recettes », déplore-t-il.

Les pêcheurs que nous avons interrogés sont unanimes à constater une chute drastique du prix du kilogramme de crevette. Pour eux, les mareyeurs ne font pas la différence entre la bonne qualité et le calibrage. « Ils ne payent que la quantité et, cette année, avec le contexte de la pandémie de la Covid-19, le tour est joué pour nous brandir le ralentissement, voire l’arrêt de toutes les activités », regrette Boubacar.

Jeune mareyeur, Moussa Sarr qui en est à ses débuts dans l’activité admet qu’il revend le produit à 1400 FCfa le kilogramme après l’avoir acheté auprès des pêcheurs beaucoup moins cher.

Pour Mamadou Wade, le nombre restreint de mareyeurs qui s’est présenté cette année à cause de la pandémie de coronavirus pourrait être la cause de cette situation. Mais, pour l’essentiel, les pêcheurs souhaitent une réflexion pour arriver au calibrage des différentes espèces ; ce qui leur permettrait d’opérer des prix conformes sur lesquels ils vont se retrouver.

 Assurer un contrôle régulier du littoral

Selon le chef du Service départemental des pêches de Foundiougne, « il faut assurer un contrôle régulier du littoral pour faire respecter la réglementation en vigueur ». Car, souligne Mamadou Wade, « la pêche crevettière est pratiquée par campagne et démarre, chaque année, le 1er septembre après que, sur arrêté du gouverneur de région, le repos biologique soit instauré tout au long du mois d’août sur toute l’étendue de la région de Fatick ». Il ajoute que « c’est à l’issue de cela que la pêche reprend ses droits ». Et, en cette période, la pêche crevettière qui bat son plein a favorisé le déploiement de plusieurs catégories d’acteurs à travers les zones de pêche de Foundiougne. Cela, informé M. Wade, a occasionné des difficultés liées surtout au contrôle du littoral. « Il est difficile de sillonner le littoral sans moyens humains et logistiques, car les pêcheurs partent en mer de partout surtout dans la commune de Foundiougne. Il y a également le non-respect de la réglementation en vigueur en termes de maillage du filet et du non-respect du port du gilet de sauvetage. Et il faut ajouter que certains ne s’acquittent pas de la taxe de pêche qui est de 5000 FCfa par an », regrette le technicien de la pêche.

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JOSEPH SARR, COORDONNATEUR DU COMITÉ LOCAL DE PÊCHE ARTISANALE (CLPA) DE FOUNDIOUGNE

« La campagne crevettière a motivé la reconversion de plusieurs acteurs »

En saison hivernale, les eaux fluviomaritimes deviennent très poissonneuses. C’est également une belle occasion pour la crevette de se multiplier dans les profondeurs de ces eaux. Ce faisant, le coordonnateur du Comité local de pêche artisanale (Clpa) de Foundiougne, Joseph Sarr,  note « une reconversion en pêcheurs de crevettes de plusieurs acteurs venants d’autres secteurs ». Il souligne d’ailleurs que ceci pourrait être l’une des conséquences de la rareté des espèces de poissons observée depuis le début de la campagne, le 1er septembre dernier. « On a constaté que la plupart des pêcheurs de poissons ont migré vers la crevette. Il y a même des pêcheurs qui étaient en Gambie et d’autres venant d’ailleurs qui se sont lancés dans la filière », révèle M. Sarr. Autres explications à la rareté du poisson, d’après ce dernier : le changement climatique, la surexploitation avec des filets de mauvaise qualité et la pêche industrielle en haute mer avec son lot de matériel très sophistiqué. « Tout cela concourt à la rareté des espèces de poissons qui ne trouvent plus beaucoup d’endroits de reproduction, notamment au niveau de la mangrove qui connait une destruction massive surtout dans le delta du Saloum. Conséquence, les pêcheurs se tournent vers la crevette qui connait actuellement un certain engouement dans la zone de Foundiougne », explique le coordonnateur du Clpa.

Mohamadou SAGNE

LESOLEIL

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