Mediapro: le football Français a-t-il été trop gourmand?

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Mediapro, qui a lancé cette saison en France la chaîne dédiée Téléfoot, demande un délai à la Ligue de football professionnel (LFP) pour régler son échéance du 6 octobre (172 M EUR) alors que droits fixés pour la saison 2020-2021 s’élèvent à 780 millions d’euros pour la Ligue 1 et 34 pour la Ligue 2. Dans une impasse économique assez inquiétante, le foot français tremble.

Et si le football français avait eu les yeux plus gros que le ventre ? En effet, privés des recettes de billetterie et affaiblis par un marché des transferts très calme, les clubs tricolores paient aujourd’hui l’addition. De quoi regretter amèrement de s’être laissé griser par le contrat faramineux signé en 2018 avec le groupe audiovisuel Mediapro pour plus de 800 millions d’euros par saison ?

Mediapro, détenteur de la majeure partie des droits de diffusion TV de la Ligue 1 et de la Ligue 2, s’est engagé dans un bras de fer avec les instances du foot français en réclamant de renégocier à la baisse son contrat record. Le groupe sino-espagnol n’a pas honoré le 5 octobre une échéance estimée à 172 millions, plongeant dans l’inquiétude les clubs professionnels, dont les droits TV sont la première source de revenus (36% pour la L1 en 2018-19 selon la Direction nationale du contrôle de gestion [DNCG], gendarme financier du foot français).

« Impossible pour un quelconque acteur de miser ces sommes »

La course aux droits TV de plus en plus élevés est donc revenue comme un boomerang dans la figure du foot français. Entre 1998 et 2008, les droits de la Ligue 1 ont quintuplé. Presque une décennie plus tard, la LFP a empoché 748,5 millions d’euros par saison entre 2016 et 2020. Un montant record après les 607 millions sur la période 2012-2016 et les 663 millions en 2008-2012.

Sauf que lors des dernières négociations, Canal+, diffuseur historique de la L1 pendant 34 ans, n’avait pas l’intention de dépenser aveuglément. « C’était impossible pour nous de miser ces sommes et je crois que c’est impossible pour un quelconque acteur de miser ces sommes », avait résumé sur la radio Europe 1 le patron de la chaine Maxime Saada, au lendemain de l’appel d’offres perdu par sa chaîne (en 2018). « Pour les rentabiliser, il faudrait à peu près 7 millions d’abonnés à 15 euros par mois […] Je ne vois pas comment un acteur peut rentabiliser ça. »

Selon le journal Le Canard Enchaîné, le groupe sino-espagnol, dont l’offre basique s’élève à 25 euros par mois, n’aurait attiré que 278 000 abonnés après deux mois de compétition. Juste avant d’obtenir les droits de la L1, le consortium contrôlé depuis 2018 par le fonds d’investissement chinois Orient Hontai Capital, faute de garanties financières, s’était fait écarter de la course aux droits TV en Italie.

Pour exemple, BeIn sports, avec un abonnement à 15 euros par mois, a pu parvenir à glaner un peu plus de trois millions d’abonnés en France au bout de sept années. Et toujours sans aucune rentabilité.

La vente des droits aux télévisions étrangères encore faible

Paris, Marseille, Lyon et Lille sont sans surprise les clubs les plus exposés par les télévisions étrangères, mais le football français est loin d’être le plus vu dans le monde. Si la Ligue 1 a pensé pouvoir enfin rivaliser avec les championnats anglais, espagnol, allemand et italien, sa notoriété est loin d’être acquise.

Il a fallu attendre la saison 2019-2020 pour voir la Chine et CCTV retransmettre deux matches en direct par journée sur ses différentes antennes sportives. Alors que la Liga, la Premier League, la Bundesliga et la Serie A étaient déjà accessibles aux Chinois depuis plusieurs années.

En 2015, la Liga avait vendu ses droits pour 375 millions d’euros pour six saisons alors que la Premier League avait fait presque doubler la somme avec 660 millions d’euros déboursés par la CCTV pour trois saisons. A l’époque, la vente des droits aux télévisions étrangères n’avait rapporté qu’environ 30 millions d’euros pour la France, soit un tiers du salaire annuel actuel de Neymar au PSG…

Selon la DNCG, qui a publié en mars dernier son rapport sur les comptes des clubs professionnels, la perte d’exploitation sur la saison 2018-2019 a atteint les 835 millions d’euros. Le gendarme financier du foot français précise : 10 % de ces pertes seraient dues à une exploitation des charges d’exploitation. Et 50 % de l’augmentation du déficit global est causée par une hausse de la masse salariale. Au final, grâce aux indemnités de transferts de tous les clubs (740 millions d’euros), le solde de l’ensemble des comptes de L1 et L2 affiche un déficit de 160 millions.

Mais chaque saison, il faut vendre au prix fort les meilleurs joueurs. Et le dernier marché des transferts a pâti de la crise économique qui frappe le monde depuis le début de la crise du coronavirus. Un caillou supplémentaire dans la chaussure du foot français.

Des joueurs en France trop payés ?

Les joueurs en France seraient-ils trop payés par rapport à l’attractivité du championnat ? Ce que certains avancent. Pierre Rondeau, économiste du sport, écrit dans une tribune que « s’en prendre aux prétendus salaires mirobolants des joueurs de football est un non-sens économique ». Selon lui, 25% des joueurs, en France, touchent plus de 80% du total des salaires. Et 40% des footballeurs vivent dans une grande précarité et une grande incertitude. « Plus de la moitié sont ruinés 5 à 10 ans après la fin de leur carrière », écrit-il. Dans le top 10 des joueurs les plus payés au monde, seuls deux joueurs évoluent dans l’Hexagone : le Brésilien Neymar et le Français Kilian Mbappé, tous deux au Paris Saint-Germain.

Mercredi 15 octobre, la LFP a « mis en demeure » Mediapro de régler ses échéances de droits télévisés et n’écarte pas de se tourner vers d’autres opérateurs. Le lendemain, elle se réunissait pour valider un emprunt visant à pallier les montants que Mediapro refuse de verser aux clubs, dont environ un tiers des revenus, en moyenne, dépendent de ces fameux droits TV.

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