UNE EXPOSITION VA FAIRE DIALOGUER FREDDY TSIMBA ET OUSMANE SOW, JUSQU’AU 21 MARS PROCHAIN

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(APS) – L’abbaye de Fontfroide propose un dialogue entre les œuvres des artistes Freddy Tsimba et Ousmane Sow, du 10 octobre au 21 mars 2021, à travers une exposition comprenant notamment deux œuvres inédites du sculpteur sénégalais décédé le 1er décembre 2016, a-t-on appris de source proche des organisateurs.

“En relation avec l’exposition Distance Ardente sous le commissariat d’Hicham Daoudi qui se déroulera au Musée Régional d’Art Contemporain Languedoc Roussillon du 10 octobre 2020 au 21 mars 2021, et dans le cadre de la Saison Africa 2020-2021, l’Abbaye de Fontfroide propose un dialogue entre les œuvres des artistes Freddy Tsimba et Ousmane Sow”, peut-on lire dans un dossier de presse consacré à cette exposition.

L’abbaye de Fontfroide, une abbaye cistercienne située sur le territoire de la commune de Narbonne, est actuellement un monument privé détenu par les descendants de Gustave Fayet, un peintre et collectionneur français, proche de Paul Gauguin et d’Odilon Redon.
L’artiste congolais Freddy Tsimba, en résidence au sein de l’abbaye du 11 Septembre au 10 Octobre 2020, réalisera une œuvre in situ en écho à un ensemble de sculptures, dont deux œuvres inédites du sculpteur sénégalais, indique le communiqué, selon lequel cette exposition est organisée dans le cadre de la 9e édition de “IN SITU Patrimoine et Art Contemporain en Occitanie”, portée par l’association “Le Passe Muraille”.
A l’occasion de cette exposition, les visiteurs de l’Abbaye de Fontfroide pourront découvrir deux œuvres inédites du défunt sculpteur sénégalais, premier Africain à intégrer l’Académie des Beaux-Arts, à Paris.
“Le Nouba qui se maquille” (série Nouba) et “Saint Jean Baptiste” sont ces deux œuvres inédites à découvrir. “Cette tête de St Jean Baptiste pour lequel l’artiste avait une véritable passion et qu’il avait inscrit dans sa série intitulée +Merci+ autour des grands hommes qui marquèrent sa vie, fut en effet découverte après son décès, dans la cave de sa maison à Dakar”, renseigne le dossier de presse de l’exposition.
“Ces deux pièces, dans la matière créée par Ousmane Sow, voisineront avec une œuvre en bronze : La mère et l’enfant, issue de la série Masaï, série à laquelle répondra la création de Freddy Tsimba, puisque ce dernier travaillera autour de l’emblématique guerrier masaï d’Ousmane Sow : Le guerrier debout”, précise-t-il.
De son vivant, Ousmane Sow n’a pas cessé de soutenir le travail de son jeune collègue congolais, qui compte une cinquantaine d’expositions en Afrique, en Europe, au Canada et en Chine, avec à la clé de nombreux prix et distinctions en France et au Canada.
La rencontre entre les deux hommes remonte à 2001, lorsque Freddy Tsimba remporta les Jeux de la Francophonie pour sa sculpture “Victime malgré elle”, avec Ousmane Sow, président du jury des arts visuels.
En 2018 ensuite, pour célébrer l’anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par les Nations unies en 1948, une sculpture monumentale de Freddy Tsimba est installée dans le grand escalier du Théâtre de Chaillot, intitulée “La Porteuse de vies”.
“Porteuses de vies pourrait être le qualificatif commun aux œuvres de ces deux artistes qui firent de la lutte et de la guerre la métaphore de leur travail, pour délivrer un message de paix empreint de spiritualité. Avec, pour composantes essentielles, des matériaux de récupération, dont, en ce qui concerne Freddy Tsimba, des douilles de cartouches ramassées sur les champs de bataille”, note le document.
D’où le choix “cohérent” porté sur Freddy Tsimba pour réaliser, dans le cadre de l’Abbaye de Fontfroide, une œuvre en résonance avec celle d’Ousmane Sow, pour rendre hommage au célèbre sculpteur sénégalais.
“Je suis très heureux de participer à cet évènement qui rend hommage à Ousmane Sow, un artiste pour lequel ma considération est sans limite. J’ai beaucoup réfléchi au projet que je pourrais réaliser. Ousmane Sow a célébré le corps dans toute sa splendeur et une chose me revient à l’esprit : son œuvre forte, sa grande sculpture « Le Guerrier debout » (série Masaï). Une œuvre qui saisit le regard et dont j’aimerais m’inspirer pour ma résidence”, déclare l’artiste congolais dans des propos cités dans le dossier de presse.
Il ajoute : “J’aimerais m’inspirer en particulier de la tête que je souhaiterais réaliser en grand format (environ 250 cm) avec des matériaux de récupération (clés, cuillères, tapettes à souris…)”.
“L’histoire remonte à l’année 2001, au Canada, lorsque j’ai découvert et vu les œuvres d’Ousmane Sow, confie-t-il. Je n’oublierai jamais que j’étais un des artistes qui concouraient pour le Prix de la Francophonie et que lui était président du jury sculpture”.

“Je n’oublierai pas non plus notre première rencontre après voir gagné le second prix : au moment où moi j’étais aux anges, il est venu vers moi et m’a dit : « C’est toi qui avais gagné le premier prix, je me suis fâché avec les autres membres du jury parce que pour moi tu étais le meilleur ! »”, poursuit Freddy Tsimba.

L’artiste congolais est sorti de l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa en 1989 (option sculpture monumentale), et travaille depuis lors le bronze et le ciment.
Freddy Tsimba doit sa notoriété à plus d’une cinquantaine d’expositions en Afrique, en Europe, au Canada et en Chine. Il a obtenu de nombreux prix et distinctions en France et au Canada.
“Ma vraie école, même si j’ai fait les Beaux-Arts de Kinshasa, c’est la rue où je me fournis en abondance, Mes maîtres ont été les forgerons auprès desquels pendant 5 ans j’ai appris la technique du feu et de la soudure”, dit celui qui fut l’un des représentants de la République Démocratique du Congo à la 7ème Biennale de Dakar en 2002.
“Assemblant et soudant des matériaux de récupération – ici des douilles de cartouches, là des cuillères – il dénonce les tragédies engendrées par la guerre. Par ses sculptures expressionnistes morcelées et provocatrices, il témoigne des questions essentielles de l’humanité et de ses réponses ravageuses et universelles”, lit-on encore.
“Ma force me vient de mes œuvres. Je ne suis pas là pour séduire, je suis là pour témoigner. Pour réaliser mes sculptures, je risque ma peau et elle n’a pas de prix. J’ai récupéré dix mille cartouches dans des zones difficiles pour réaliser mes sculptures mais combien en reste-t-il ? Des tonnes !”, déclare-t-il encore.
Né le 10 octobre 1935 à Dakar, Ousmane Sow était connu pour ses sculptures monumentales de guerriers qui ont fait le tour du monde. Pourtant, il n’a accédé à la reconnaissance artistique qu’à la cinquantaine, après avoir exercé comme kinésithérapeute en France et au Sénégal.
Considéré comme une figure majeure de l’art contemporain africain, le sculpteur sénégalais a magnifié les grands peuples du continent noir à travers ses œuvres.
Jusqu’à l’âge de 50 ans, il sculptait pour son plaisir et détruisait ses œuvres par manque de place notamment. Le succès de sa première exposition au Centre culturel français de Dakar en 1987 annonçait la fulgurante carrière de celui qui avait coutume de répéter qu’il n’avait “jamais eu de patron”.
Il était notamment connu pour ses sculptures monumentales de guerriers qui ont donc fait le tour du monde depuis que le grand public l’a découvert en 1999 lors d’une rétrospective sur le pont des Arts à Paris.
Guerriers Masaï du Kenya, lutteurs de l’ethnie Nouba du Soudan du Sud, Indiens d’Amérique. Il s’agit de sculptures monumentales aux tons brun-ocre, crées à partir d’une mixture secrète, macérée pendant plusieurs années et appliquée sur des ossatures de fer, de paille et de jute.
Ousmane Sow poursuivra son exploration des peuples africains avec les Masaï, les Zoulous, puis les Peuls, avant de s’intéresser aux Indiens d’Amérique à travers la mythique bataille de Little Big Horn.
Ousmane Sow a aussi exploré la sculpture de grandes figures ayant marqué sa vie – Victor Hugo, de Gaulle, Mandela – et rêvait d’un “musée des grands hommes”.
Au côté de ces personnalités, il voulait voir figurer son père, Moctar Sow, décédé en 1956.
BK
APS

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