Mokodu Fall, artiste plasticien: «L’art, une bouée de sauvetage en cette période difficile»

0
363
Vivre loin de son terroir natal est déjà source de dépaysement. Et ces mois de pandémie de la Covid-19, avec ses réalités de confinement et de semi-confinement, en rajoutent certainement au blues des expatriés. Mais, pour l’artiste peintre sénégalais Pape Mokodu Fall, natif de Mbacké et vivant entre la France et l’Italie, ces moments ont été, pour lui, propices à la création artistique. Il partage ici son expérience…

Propos recueillis par Omar DIOUF

 

En tant qu’artiste sénégalais établi entre l’Italie et la France, comment vivez-vous les contraintes liées à la pandémie de la Covid-19 ?

Comme tout le monde, la crise sanitaire liée à la Covid-19 a été surprenante et difficile à vivre. Comme le confinement était obligatoire, j’en ai profité pour vivre pleinement mon art. J’ai peint beaucoup de tableaux, chose qui était quasi difficile par manque de temps. Le confinement m’a, entre autre, permis de tenter de nouvelles techniques et une vision plus large de la peinture. L’art a été pour moi une bouée de sauvetage pendant cette période difficile, et quand je regarde le travail accompli durant cette période, je ne peux qu’en être fier.

Comment est né votre passion pour la peinture et qu’est-ce qui vous a poussé à vous installer en Italie, et maintenant en France ?

Je suis issu d’une famille de diplomates et j’ai connu beaucoup de pays au travers des déplacements professionnels de ma famille. Vers mes 21 ans, je me suis installé en Italie dans l’esprit de découvrir de nouvelles choses. L’art étant mon compagnon fidèle, m’a rattrapé ainsi dans ce pays et j’ai fini par le vivre pleinement.

Mais, vous avez fait vos débuts de dessinateur à Dakar…

Oui, à mes débuts, à Dakar, j’ai collaboré en tant que caricaturiste, avec des médias comme «Afrique Economique», «Le Débat» et «Xalima.com». C’était entre les années 1992-1994 et plus tard avec «Xalima» vers les années 2000…

Quelle est votre technique de peinture ?

Mes œuvres se composent essentiellement de toiles peintes à l’huile et d’acrylique, feuille d’or. Le canevas est un textile, une toile ou un tissu qu’on étire autour d’un cadre en bois et qu’on fixe à l’aide de clous ou d’agrafes. On doit ensuite enduire la surface ainsi obtenue.

Qu’est-ce qui vous inspire dans votre création, vous qui êtes loin de votre terroir natal ?

Bien que je sois loin de mon pays d’origine, je suis à 90 % inspiré par l’Afrique. Je n’ai jamais coupé mes relations avec ma famille au Sénégal et j’effectue fréquemment des voyages en Afrique. Les animaux d’Afrique, le baobab et surtout la femme africaine ne cesseront jamais d’inspirer mes œuvres. Je suis d’autant plus fier quand je regarde ces créations et j’y aperçois mes origines.

Parlez-nous de l’expérience de votre installation en Italie, puis en France. Comment faites-vous pour la publicisation de votre travail ?

J’ai tiré assez de leçons depuis mon installation en Italie ; y vivre c’est un combat tous les jours, un défi à relever… Dieu merci, on survit toujours. Je suis très connecté, je travaille beaucoup sur les réseaux sociaux.

A quand votre prochaine exposition à Dakar ?

Très bientôt inchallah, c’est en cours de réflexion avec un de mes collaborateurs basé au Sénégal. Mais, par le passé, j’ai déjà participé à deux expositions collectives à Dakar, en 2016.  L’une, c’était à l’espace culturel Sobo Badé à Toubab Dialaw, avec l’exposition «Conjugaison des Univers». Et l’autre, exposition collective, «Présence» organisée dans le «Off» de la Biennale Dak’Art 2016…

L’Italie demeure une terre d’accueil de bon nombre de Sénégalais. Ce pays, comme du reste l’Europe, demeure-t-il encore un «Eldorado» pour les immigrés africains ?

Cela fait des années que je vis en Italie et donc je peux affirmer que ce n’est pas cet Eldorado terrestre, comme le pensent bon nombre de Sénégalais. Il faut bosser dur pour espérer avoir un niveau de vie correct. Et je peux dire que c’est n’est pas facile pour un immigré, mais comme on dit, c’est le «diom» (la dignité) qui nous pousse à rester et à donner le meilleur de nous pour ne pas décevoir la famille au Sénégal. On reste toujours digne…

                           

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here