Bourda 2020: Le digital entretient la ferveur

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À cause de la Covid-19, le Khalife général des Tidianes, Serigne Babacar Sy Mansour, a appelé les fidèles à célébrer le Gamou chez eux. Ainsi, plusieurs fidèles se rabattent sur les réseaux sociaux et autres plateformes digitales pour vivre l’ambiance du Bourda et être en communion.

Installés dans un salon décoré des portraits de Serigne Babacar Sy, premier Khalife des Tidianes, Saër Gaye et cinq autres fidèles égrènent ardemment les chapelets. De temps en temps, ces jeunes, tous vêtus de djellaba, âgés entre 23 et 26 ans, jettent un regard sur le livre de Mouhamed Boussayri contenant les différents chapitres du Bourda (manteau qui guérit) ou chants panégyriques à la gloire du prophète de l’Islam. En face d’eux, deux téléphones trônant sur des trépieds filment la séance du dimanche 25 octobre. Leurs voix harmonisées sont projetées au-delà des quatre murs par la magie de la technologie. Ils sont en direct sur des pages Facebook, des messages vocaux sont aussi partagés via WhatsApp.

Habitués à célébrer ces instants d’incantation dans la ferveur à Keur Serigne Habib Sy de Thiaroye-sur-Mer, ces disciples tidianes sont contraints à ce format innovant par la crise sanitaire. Quel que soit le moyen, il est hors de question de ne pas perpétuer la tradition, selon l’un des leaders Saër Gaye. « Certes, les rassemblements sont interdits, mais nous suivons les recommandations de Seydi El Hadji Malick Sy. En constituant un petit groupe, nous pouvons organiser le Bourda et partager nos prières », indique le disciple de Serigne Babacar Sy Abdoul Aziz. À l’en croire, cette stratégie basée sur le numérique s’avère payante pour le moment dans la mesure où une large audience est atteinte grâce aux nombreux partages. « Nos condisciples suivent, apprécient et partagent. Nous recevons énormément d’encouragements. À quelques jours de la clôture, nous ne regrettons pas d’avoir essayé. Cette grande première est une réussite », se félicite Saër Gaye.

Facebook, YouTube…

La dahira Sopé Naby de Lansar, conformément aux recommandations du Khalife général des Tidianes, a renoncé aux Bourdas populaires. Cependant, les membres les plus jeunes font des prestations à travers des chaînes YouTube et les pages Facebook. L’objectif visé est de sacrifier à la tradition malgré le contexte particulier, selon Pape Ousmane Faye. « Nous faisons des prières que nous tenons à partager avec tous les fidèles musulmans. C’est pour cette raison que nous avons mis à contribution les réseaux sociaux. L’essai a été concluant avec plus de 100 partages par jour », se réjouit-il, en montrant des images des différentes séances.

Elhadji Malick Maodo Kébé, administrateur des pages digitales des jeunes tidianes, s’est aussi adapté à cette situation exceptionnelle. Le gérant de la boutique Tidiane est accompagné dans la célébration du Bourda par les télévisions numériques. « Des médias tels que Asfiyahi transmettent la Bourda à travers les plateformes digitales, nous en profitons compte tenu de la situation », indique M. Kébé.

Nostalgie d’une ferveur « inégalable »

Depuis plus de 100 ans, le Bourda est célébré avec ferveur dans les mosquées de Tivaouane, celles des quartiers et villages et dans les Zawiyas. Mais cette année, la Covid-19 a réduit les mouvements de foule et contraint à plus de sobriété. Une situation qui installe un grand vide chez les fidèles qui passaient les nuits sous les tentes ou dans les lieux de culte. La nostalgie de cette communion et de cette ferveur est partagée par toute une communauté. « Malgré l’apport du numérique, la célébration ne peut pas être la même. Cette grosse ambiance, cette grande ferveur et cet engouement à Tivaouane nous manquent. Ces moments sont uniques et inégalables », confie El Hadji Maodo Kébé, d’une voix émue. Un sentiment partagé par Saër Gaye. Cette année, il n’a pas la possibilité de célébrer le Bourda à côté de plusieurs centaines de condisciples. « Ces moments d’intenses prières à Thiaroye nous manquent. C’était des instants de communion religieuse, aux côtés de grands chanteurs et prêcheurs. Vivement l’année prochaine ! », s’impatiente Saër Gaye.

Membre d’un dahira depuis 2007, Baba Guèye fait partie du comité d’organisation. À pareil moment, il s’activait dans les préparatifs de la clôture du Bourda. Cette année, même s’il revisite les différents chapitres toutes les nuits, l’absence de séances populaires crée un grand vide. « La Covid-19 nous contraint à plus de sobriété. Nous nous orientons vers les plateformes digitales avec une immense nostalgie des grandes foules », témoigne Baba. La Covid-19 semble n’avoir épargné aucun univers.

Demba DIENG

LESOLEIL

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