Brexit : les discussions de la dernière chance ?

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Les négociations entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne sur leurs futures relations ont repris ce lundi, à Bruxelles. Cette semaine de discussions est présentée comme cruciale, à moins de 50 jours du 31 décembre et de la fin de la période de transition. L’heure tourne et la question de la tenue des délais se fait de plus en plus pressante.

Trois dossiers litigieux

Depuis plusieurs mois, les équipes de négociation sont restées dans l’impasse sur trois points. Premièrement, sur les garanties réclamées à Londres en matière de concurrence. L’UE veut s’assurer que le Royaume-Uni, s’il reste dans le marché unique, appliquera les normes environnementales ou sociales en vigueur et qu’il ne subventionnera pas ses entreprises à tout-va. Deuxième point de friction : les deux parties ne sont pas d’accord sur la façon de régler les différends dans le futur accord. Boris Johnson a prévenu qu’il n’accepterait aucune proposition mettant en danger la souveraineté de son pays. Le dernier point litigieux concerne la pêche, et l’accès des chalutiers européens aux eaux poissonneuses britanniques. Sur ce point, « le Premier ministre britannique maintient jusqu’à présent une ligne dure, car même si pour l’économie britannique, la pêche a un poids dérisoire, ce dossier a beaucoup pesé dans la décision des Britanniques de voter pour une sortie de l’Union européenne. Il s’agissait de retrouver le contrôle de nos mers », explique Charles Grant. « Si la France et l’Union européenne continuent d’être inflexibles sur la pêche, il n’y aura pas d’accord, parce que Boris Johnson ne pourra pas faire de concession », pronostique-t-il. Si pour le Royaume-Uni, l’UE doit renoncer à ses espoirs de maintenir un large accès permanent aux eaux britanniques pour ses pêcheurs, Bruxelles attend, pour sa part, que Londres lui offre des garanties de concurrence équitable dans les domaines tels que l’environnement, le droit du travail ou les aides d’Etat.

Sans traité commercial pour régir leur relation, Londres et Bruxelles courent le risque d’un nouveau choc économique, qui viendrait s’ajouter à l’épidémie de Covid-19. Un « no deal » serait dommageable pour les deux parties. Mais le jeu peu lisible du Premier ministre britannique ne facilite pas les choses, estime Aurélien Antoine : « on peine à voir ce que veut Boris Johnson. Si l’idée d’un accord de type canadien a vraiment sa préférence, on a vu les propositions évoluer au gré des négociations. A un moment, il voulait un type de relation proche de ce qui existe avec l’Australie, puis il a évoqué la Norvège, pour la pêche. Je ne pense pas que les choses soient très claires dans l’esprit du gouvernement britannique, qui a été tiré à hue et à dia par des courants contradictoires », note le directeur de l’Observatoire du Brexit, qui s’interroge sur l’impact du départ de deux conseillers de Boris Johnson de son cabinet et en particulier du très influent, mais aussi très controversé Dominic Cummings, l’architecte de la campagne du Brexit en 2016.

Ces départs « laissent penser que Boris Johnson est prêt à faire des concessions nécessaires pour aboutir à un accord a minima », a confié l’eurodéputé écologiste Philippe Lamberts à l’AFP. Cela pourrait aussi calmer « les ardeurs de fronde de la part des parlementaires conservateurs qui considèrent que la gestion des affaires publiques actuellement par le gouvernement Johnson n’est absolument pas satisfaisante », pronostique Aurélien Antoine. Pour autant, Dominic Cummings n’était pas très investi ces derniers temps dans le dossier du Brexit, « ce départ de change pas profondément la position des Britanniques », souligne Charles Grant.

Accord à tout prix

Reste que Boris Johnson a besoin de s’entendre avec l’Union européenne. « Nombre d’autres accords qu’il pourrait conclure avec des Etats tiers dépendront quand même de sa capacité à avoir trouvé un terrain d’entente avec l’UE. Il en ressortira beaucoup plus fort que s’il n’a pas d’accord », analyse Aurélien Antoine. « C’est d’autant plus vrai, par rapport aux Etats-Unis notamment, avec Joe Biden qui a clairement dit qu’il n’y aurait pas d’ambition très importante dans la relation avec les Britanniques si ça n’avançait pas du côté de l’Union européenne », souligne le directeur de l’Observatoire du Brexit.

Une absence d’accord constituerait un grand problème pour le gouvernement Johnson, « c’est pour cette raison que je pense qu’il fera des compromis qu’il faut au dernier moment », pronostique Charles Grant. « S’il y a no deal, il y aura d’importantes difficultés aux frontières, les magasins seraient en rupture de marchandises et les gens pourraient lui reprocher le manque de médicaments dans les pharmacies. Au sein de son cabinet, la majorité des ministres veulent un accord, et c’est aussi le cas du parlement. La pression politique va donc augmenter si personne ne voit rien venir », raconte le directeur du Centre for European Reform.

Reste à savoir si les discussions en cours à Bruxelles porteront leurs fruits suffisamment rapidement. Le négociateur européen, Michel Barnier a averti que si un accord était conclu trop tard pour que les députés puissent s’exprimer, des «  solutions créatives » seraient nécessaires. Si l’impasse se prolongeait au-delà de la fin de la semaine, « il est possible d’imaginer des diverses solutions juridiques comme la mise en œuvre anticipée de certains dispositifs ou fixer une entrée en vigueur plus tardive au bénéfice de secteurs, ce qui reviendrait à prolonger la période de transition », avance Aurélien Antoine. Le directeur de l’Observatoire du Brexit n’exclut pas un accord a minima : « il peut aussi y avoir un faux semblant, c’est-à-dire une sorte d’accord très général qui conduirait à verbaliser encore un peu plus ce qui a été décidé il y a un an, notamment dans la déclaration politique ». Une possibilité que n’exclut pas Charles Grant: « si on se rend compte, dans les jours qui viennent que la négociation peut aboutir, mais qu’il lui faut encore une ou deux semaines supplémentaires, même si la période de transition ne peut pas être étendue, les chefs d’Etat et de gouvernement pourraient charger leur services juridiques de trouver un moyen d’étendre de facto cette période. Mais ce sera très difficile ».

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