Brusque regain de tension entre le Maroc et le Front Polisario au Sahara occidental

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Le vieux conflit du Sahara occidental, entre le Maroc et le Front Polisario qui en revendique l’indépendance, refait surface. Le cessez-le-feu qui datait de 1991 a été rompu.

Le Front Polisario a décrété “l’état de guerre” vendredi 13 novembre 2020, après une opération de l’armée marocaine dans une zone tampon de l’extrême sud du Sahara occidental pour rétablir le trafic routier sur la seule route conduisant à la Mauritanie, au niveau du poste-frontière de Guerguerat. Selon l’agence de presse marocaine MAP, citée par l’AFP, “l’armée marocaine a riposté à des tirs de harcèlement effectués par les miliciens du Polisario le long de la ligne de défense séparant les deux camps au Sahara occidental”. Pour l’heure, aucune victime n’est à signaler et chaque camp se renvoie la responsabilité de l’escalade.

Route unique

Cette brusque tension intervient alors que Rabat accuse “le Polisario et ses milices” de mener depuis trois semaines “des actes de banditisme”, de bloquer la circulation et de “harceler continuellement les observateurs militaires de la Minurso (Mission de l’Onu)” au niveau de Guerguerat. A l’extrémité sud de la région, c’est le seul lieu de passage vers la Mauritanie, essentiel pour l’économie du royaume chérifien.

Il y avait 108 routiers bloqués côté mauritanien et 78 de l’autre côté de la frontière, affirme une source diplomatique marocaine. L’armée marocaine est intervenue pour rétablir le trafic. De son côté, le front Polisario parle d’une “agression marocaine contre des Sahraouis qui manifestaient pacifiquement”.

Les tensions sont fréquentes dans ce conflit qui s’éternise depuis le départ des Espagnols en 1975. A l’époque, la revendication territoriale du Maroc sur le Sahara occidental est rejetée. Mais le roi Hassan II ne l’entend pas ainsi, et le 6 novembre 1975, il lance la “Marche verte”, longue colonne de 350 000 militants qui passe la frontière et descend vers le Sud. Le coup de force est un succès. Une semaine plus tard, les accords de Madrid partagent la région entre le Maroc et la Mauritanie.

Une ligne de défense de 2 700 km de long

Les militants indépendantistes sahraouis du Front Polisario n’ont jamais accepté cet état de fait. Le 26 février 1976, la République arabe sahraouie démocratique (RASD) est proclamée, déclenchant une insurrection armée et des combats qui ont provoqué le départ de milliers d’habitants vers des camps de réfugiés en Algérie. Au bout de trois ans, la Mauritanie jette l’éponge et cède sa partie aux rebelles, un territoire que le Maroc s’empresse d’occuper.

Le Maroc va alors entreprendre de protéger ses nouveaux territoires par une ligne de défense de 2 700 km tout le long de la frontière Est du Sahara occidental, empêchant ainsi toute intrusion des combattants du Front Polisario.

Cessez-le-feu

En 1991, un accord de cessez-le-feu a été signé entre les belligérants sous l’égide des Nations unies. Mais le référendum d’autodétermination promis à la population sahraouie n’a toujours pas été organisé. Réclamé par le Polisario et son soutien algérien, il est rejeté par Rabat qui propose à la place, une large autonomie du territoire.

Le 14 novembre 2020 à Madrid (Espagne), des manifestants réclament un référendum d'autodétermination au Sahara occidental. (OSCAR GONZALEZ / NURPHOTO)

Le mandat de la Minurso (Mission des Nations unie pour le référendum au Sahara occidental) est arrivé à expiration à la fin du mois d’octobre 2020 et a été renouvelé. Un nouveau mandat dont le représentant du Polisario dit ne rien attendre. D’autant que depuis la démission pour raison de santé de l’émissaire de l’ONU Horst Kohler, aucun successeur ne lui a encore été trouvé. Autant dire que les manifestations de Guerguerat arrivaient à point nommé pour réveiller un processus qui semblait s’enliser et conforter ainsi l’action du Maroc.

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